russe

Une bonne soupe au foin

Publié le

repine-nordman

Ilya Efimovitch Répine (à vos souhaits), célèbre peintre russe, vit à la campagne, près de la station de Kuokkala (aujourd’hui Répino). Dans cette intimité avec la nature, il est revenu aux mœurs alimentaires de nos premiers parents.

Il s’en trouve si bien qu’il voudrait convertir tout le monde à son régime. On en parle beaucoup à Pétersbourg, où il exerce en ce moment un véritable apostolat. Selon M. Répine, tout le secret d’une robuste santé consiste à se nourrir exclusivement de chou, d’herbes et de soupe aux herbes. On peut même, en été, ruminer du foin frais. L’artiste et sa famille ne mangent pas autre chose depuis plusieurs années que de la soupe au foin, du chou et du pain mêlé d’herbe. Toute sa maison s’en déclare, comme lui, extrêmement satisfaite. Ses invités le sont moins.

Avec l’enthousiasme tyrannique qui distingue les apôtres, Ilya Répine n’admet point à sa table d’autre cuisine que la sienne. Il faut que ses hôtes s’en accommodent. Tant pis pour eux si leurs préjugés de carnivores rendent leur estomac réfractaire à ces menus ultra-végétariens.

« La Chronique médicale. » n°18, Paris, 1911.
Illustration : autoportrait d’Ilya Répine avec Natalia Nordman. 1903.

Potemkin

Publié le

général-Potemkin

La triste aventure de ce cuirassé russe au nom célèbre remet en lumière la figure très curieuse du général Potemkin, qui fut le favori de l’impératrice Catherine II.

Il était très beau, très brave, mais non moins adroit. Et, dès que Catherine eût arraché la couronne à la faiblesse de son époux Pierre III, il devint… ou feignit de devenir éperdument amoureux de sa souveraine. Le comte Orloff, qui régnait alors sur elle, crut s’en débarrasser en l’envoyant guerroyer contre les Turcs. Il se battit bravement, revint couvert de gloire, et, dès lors, sa faveur fut considérable. Il fut nommé prince, feld-maréchal, commandant en chef de toutes les armées, grand amiral, premier ministre, gouverneur de ceci, de cela, grand hetman des cosaques, etc. Il avait la puissance d’un souverain.

Il s’en montra digne par son ambition pour l’empire russe, accomplit la conquête de la Crimée, provoqua la guerre contre les Turcs à laquelle il s’était préparé longuement par l’organisation d’une puissante armée… Que nous sommes loin de ce temps-là !…

Il était devenu si puissant qu’un nouveau favori, Zoubof, essaya de le détruire auprès de Catherine. On le gêna alors beaucoup dans ses entreprises contre les Turcs, et il dut revenir à la Cour pour défendre ses projets. Comme il regagnait son armée, il fut pris en route d’un mal foudroyant : il expira au pied d’un arbre dans une vaste solitude. On supposa qu’il avait dû être empoisonné.

Si on a pu lui reprocher une vie de barbare, un goût effroyable pour le luxe et le désordre sous toutes ses formes, ainsi qu’un caractère passionnément sanguinaire, on ne saurait oublier qu’il fut un homme d’Etat remarquable, un général hardi et qu’il contribua considérablement à la grandeur du règne de Catherine II.

« Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire. »  Paris, 1905.

Obus russe

Publié le

pierre-1er-de-russieC’est d’obus anciens que je veux parler, mais, il est probable que l’on doit en trouver encore quelques-uns de ce genre dans les armements russes. La chose se passait au siège de Varsovie.

Le maréchal prince Paszkiewicz avait ordonné de couvrir d’une grêle d’obus une batterie qui gênait ses opérations, et comme, malgré la grêle d’obus, la batterie continuait de tirer bien tranquillement sur ses troupes, il se précipita vers la batterie russe en demandant :

Quel est l’imbécile qui commande ici ?
Moi, mon général, répondit un capitaine.
Eh ! bien, capitaine, vous ne savez pas votre métier. Vos obus n’agissent pas. Je vais être forcé de vous dégrader !

Le capitaine ne se troubla pas (les Russes ne se troublant jamais), il se contenta de répondre :

Mes obus ne produisent aucun effet, mon général, parce qu’ils sont mauvais et qu’ils n’éclatent pas ; je ne demanderais pas mieux que d’en avoir de meilleurs !
Allons donc, monsieur ! Je vous demande un peu si l’on vous a envoyé des obus qui n’éclateraient pas !

Alors le capitaine fait apporter un obus en allume la mèche, puis, le présentant, au général :

Voulez-vous constater vous-même, monsieur le maréchal ?

Le maréchal ne bronche pas plus que l’officier et les bras derrière le dos regarde bien tranquillement l’obus, qui n’éclate pas, en effet.

C’est vrai ! dit le prince, vous avez raison.

Et « l’imbécile » ne fut pas dégradé !

« Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire de la famille. » Paris, 1905.
Image d’illustration : Alexander Kotzebue.