Sa Majesté

L’éducation d’un prince

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Prince-héritier-Alexandre-de-Serbie

Les princes savent tout et sont parfaits en tout, chacun sait çà. Le jeune roi Alexandre de Serbie, tout jeune qu’il est encore (il n’a  que 15 ans), est déjà arrivé à cet état de perfection idéale et royale. En effet le Journal officiel de Belgrade vient de publier la note ci-après, laquelle ne laisse aucun doute à ce sujet :

S. M. le roi Alexandre a été examiné le 20 juin sur les matières suivantes : religion, géométrie, algèbre, physique, chimie, science des armes, histoire serbe, tactique, histoire universelle, langue latine, langue allemande, langue française, langue anglaise. Sa Majesté a mérité dans toutes les questions la note parfaitement bien.

Étaient présents : MM. les régents du royaume, S. S. le métropolite, M. le président du Conseil, le ministre de la guerre, le président du Conseil d’État, le ministre de l’instruction publique et le gouverneur de Sa Majesté.

Cela ne rappelle-t-il pas le Pancrace du Mariage forcé de Molière, lequel Pancrace  possède « superlative » fables, mythologie et histoire; grammaire, poésie, rhétorique, dialectique et sophistique; mathématiques, arithmétique, optique, onirocritique, physique et métaphysique, etc. ?

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1891.
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Familiarité intempestive

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le-Temple-de-la-Gloire

Voltaire, pour complaire à Madame de Pompadour, avait composé, en l’honneur des victoires de Louis XV, au retour de la guerre des Pays-Bas, un ballet intitulé le Temple de la Gloire.

Ce ballet héroïque où le roi était désigné sous le nom de Trajan fut exécuté par des seigneurs et dames de la cour. Les rangs étaient confondus, et dans ce jour l’on semblait avoir banni toute étiquette. Voltaire se trouvait placé dans la logo royale, derrière Sa Majesté. Sur la fin de la pièce, et dans un moment d’enthousiasme provoqué en lui par son propre ouvrage, l’auteur du ballet saisit dans ses bras celui qui on était le héros, en s’écriant :

« Eh bien ! Trajan, vous reconnaissez-vous là ? » 

A l’instant le spectacle est interrompu, des gardes s’emparent de l’irrévérent et le conduisent en lieu de sûreté. Mais le mouvement était trop flatteur pour que celui qui en avait été l’objet ne fit pas grâce à celui qui avait pu croire que la composition d’un ballet était un brevet de familiarité auprès d’un puissant roi.

« Musée des familles. »  Paris, 1897.

Les mollusques de Sa Majesté

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Rappelons que le Vert-Galant était, pour le moins, un aussi intrépide avaleur d’huîtres, qu’un rude jouteur au jeu de l’amour et du hasard. Il y a là-dessus une bien savoureuse anecdote, rapportée dans le journal de l’Estoile, et que vous voudrez bien me laisser vous conter.

Chassant un jour vers Gros-Bois, Sa Majesté se déroba de sa compagnie et revint sans escorte à Créteil sur l’heure du dîner. Il descend à l’hôtellerie et demande à manger, mais il ne reste plus rien. Avisant alors une magnifique bourriche d’huîtres, le roi s’informe pour quel mortel heureux est ce précieux régal. L’hôtesse répond brusquement que c’est pour des procureurs qui se trouvent en haut.

Henri IV, que l’hôtesse prend pour un simple gentilhomme, charge celle-ci de dire aux procureurs qu’un honnête gentilhomme les prie de lui céder une seule douzaine d’huîtres pour de l’argent, et de vouloir bien l’accommoder du bout de leur table, ce qu’ils refusèrent tout à plat, disant que pour le regard des huîtres, il n’y en a pas trop pour eux . Le roi, continue l’Estoile, en son langage d’un charme archaïque, ayant entendu cette réponse, envoie quérir le sieur de Vitry, qui arrive avec dix autres seigneurs. Après avoir conté sa déconvenue et la vilenie de ces messieurs procureurs, Sa Majesté ordonna qu’ils fussent saisis, menés à Gros-Bois, et là très bien étrillés et fouettés, pour apprendre à être plus courtois à l’avenir à l’endroit des gentilshommes.

Le Vert-Galant put ainsi à loisir satisfaire son caprice.

« La Médecine internationale. »  Paris, 1906.
Illustration : Willem Claeszoon Heda.

Charles X et la routine

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 roi-charles-X

Le roi de France est un homme remarquable, pour son âge. Sa Majesté se lève tous les jours à 7 heures, en hiver comme en été; elle entend la messe à 7 heures et demie, et déjeûne à 8 heures précises : ce repas consiste en viandes, végétaux, et en une bouteille de vin…

A neuf heures, le roi vaque aux affaires; à 10, il donne audience aux ministres et aux gens de cour. Tous ses jours sont invariablement consacrés aux affaires de l’État; il sait tout ce qui se passe aussi bien que ses ministres; il lit les journaux de toutes les couleurs, de toutes les opinions, et même les journaux anglais, et le Standard n’est pas oublié. Il dîne à cinq heures et demie ou six heures, se lève immédiatement après le dîner, fait tous les soirs sa partie de whist, et se retire à dix heures et demie.

Il est rarement indisposé; sa vie régulière et sa sobriété soutiennent sa santé. Il monte à cheval comme un homme de 30 ans, et avec beaucoup de grâce et d’aisance. Il est infatigable à la chasse et joue le whist dans la perfection; c’est presque le seul jeu auquel il s’adonne. Il est très beau joueur, mais il ne met jamais plus d’un louis à la partie. Beaucoup de personnes le croient catholique fanatique, mais on se trompe : le roi serre la main à un protestant avec cordialité. Ses soirées ne sont pas brillantes. Sa Majesté ne parle pas beaucoup; mais quand elle parle, elle a toujours quelque chose d’agréable à dire.

 » Le Pirate : revue hebdomadaire de la littérature et des journaux. » Paris, 1830.
Illustration : Baron François Gérard.