Saint-Pétersbourg

Baptême arrosé

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bapteme ortodoxeOn mande de Saint-Pétersbourg qu’une nouvelle secte vient de se fonder dans certaines provinces du Sud-Ouest de la Russie.

Se prévalant d’un mot de saint Jean-Baptiste, qu’ils interprètent à leur façon, les adeptes du nouveau culte remplacent pour le baptême l’eau par l’alcool. Il faut ajouter que le baptême s’accomplit en faisant absorber le liquide au néophyte qui doit boire autant de petits verres qu’il peut en supporter.

Les conversions à la nouvelle religion ne sont plus à compter.

« L’Aurore. » Paris, 1902.

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Un petit encouragement…

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anton-rubinsteinDe ses pérégrinations artistiques en Russie, Mlle Nikita a rapporté une jolie anecdote sur les premiers concerts de Rubinstein, anecdote qui a le mérite d’être absolument authentique et confirmée par M. le général Smirnoff à Saint-Pétersbourg, lequel a joué un rôle dans cette historiette.

Antoine (Anton) Rubinstein avait treize ans à peine et étudiait à Nijni Novgorod, où le fils du gouverneur, actuellement M. le général Smirnoff, de quelques années plus âgé que le petit artiste, s’était lié intimement avec lui et le protégeait. Rubinstein était très pauvre et le jeune Smirnoff, pour lui venir en aide, imagina d’organiser un concert. Grâce à l’influence de son père,il obtint la salle de spectacles de la ville moyennant sept roubles argent, qui représentaient les frais d’éclairage, et le concert, dont Rubinstein remplissait tout seul le programme, rapporta un bénéfice net de 4 roubles 75 kopecks.

Ce résultat mirifique invitait naturellement à une nouvelle tentative le futur auteur de Néron. Mais son second concert n’attira qu’un seul amateur qui loua, moyennant 75 kopecks, un fauteuil des premières.

Le petit Rubinstein, pour récompenser ce noble dilettante, se surpassa. Toutes les primeurs de Mendelssohn et de Chopin, alors encore vivants,furent jouées par lui sans provoquer un seul applaudissement. Après deux heures d’une course prodigieuse sur le clavecin, Rubinstein s’arrêta, et s’adressant poliment à son « public », lui demanda humblement si son jeu ne méritait pas un petit encouragement. Le dilettante présent tendit l’oreille d’une façon significative pour saisir les paroles du petit artiste.

Anton Rubinstein constata alors, avec stupéfaction, que son unique auditeur était… sourd comme un pot. Ce singulier dilettante, fonctionnaire en retraite, fréquentait les concerts pour masquer son infirmité !

« Le Ménestrel. » Paris, 1894.
Peinture : Ilia Répine.

Brouille et paix

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tolstoï-tourguenievA défaut d’un grade supérieur, Tolstoï gagna à la guerre une réputation définitive de grand écrivain. Ses trois récits de Sébastopol sont en effet de pures merveilles. Toutes les qualités de Guerre et Paix se trouvent là en raccourci. La littérature de guerre n’a jamais  rien produit de plus beau. 

Tourgueniev, était déjà très illustre, quand il les lut : « L’article de Tolstoï est extraordinaire, s’écria-t-il. Les larmes me sont venues aux yeux et j’ai poussé un vigoureux hourrah ! » 

Les rapports de Tourgueniev avec Tolstoï offrent aussi de curieuses anecdotes. Les deux hommes se rencontrèrent à Saint-Pétersbourg, puis à Paris, quand Tolstoï y vint. Ils firent même tous les deux un voyage jusqu’à Dijon. Puis une brouille, une furieuse brouille survint. Elle est intéressante à raconter en ce qu’elle illustre fort bien le caractère de Tolstoï. 

C’était, non loin d’Iasnaïa, dans la propriété de son ami, le poète Fet. Tourgueniev était parmi les invités. La maîtresse de maison lui demanda des nouvelles de sa fille naturelle qui était élevée en France. Tourgueniev fit grand éloge de sa gouvernante anglaise :

Avec une exactitude toute britannique, ajouta-t-il, elle m’a prié de fixer moi-même la somme que ma fille peut dépenser pour ses charités. Et maintenant elle accoutume son élève à raccommoder elle-même les vêtements déguenillés des pauvres. 

Et vous considérez cela comme une bonne chose ? s’écria Tolstoï. 

Certainement, répliqua l’autre cela met le bienfaiteur en contact direct avec les personnes qu’il oblige. 

Je considère, moi, qu’une enfant bien habillée, qui tient en mains des haillons sales et puants, accomplit une farce hypocrite et théâtrale. 

Je vous prie de ne pas parler ainsi, s’exclame Tourgueniev avec des regards menaçants. 

Pourquoi ne dirais-je point ce que je suis convaincu être la vérité ? répond Tolstoï. 

Vous estimez alors que j’éduque mal ma fille. Si vous parlez de la sorte, je vous frotterai les oreilles ! 

Puis il disparut de la chambre, en priant ses hôtes d’excuser sa violente sortie.  Tolstoï partit, lui aussi. De la station voisine, il écrivit à Tourgueniev pour lui demander des excuses. Il fit chercher des pistolets et provoqua en duel son rival. La réponse de Tourgueniev, d’ailleurs fort digne, apportait les excuses demandées elle se terminait par la constatation qu’il valait mieux pour les deux hommes, étant donnée l’opposition de leurs natures, cesser désormais toutes relations. Tolstoï, emporté par la colère (c’était en 1861), ne se contenta point d’une telle réponse. Il estimait avoir été gravement offensé. Il exigeait une réparation par les armes. Il réitéra donc ses provocations. 

Son ami Fet, en essayant de le calmer, ne réussit qu’à s’attirer de lui cette verte réplique : « Je vous prie dorénavant de ne plus m’écrire, je vous retournerais vos lettres, ainsi que je fais à Tourgueniev, sans les ouvrir ! »

Sur ces entrefaites, Tourgueniev revint en France où il passait la majeure partie de son temps. Quelques mois s’écoulèrent, Tolstoï, à la réflexion, se repentit de sa violence. Le remords s’empara de lui. il expédia à Tourgueniev un billet pour demander son pardon :

« Je trouve, disait-il, extraordinairement pénible la pensée que je me suis fait de vous un
ennemi ! » 

Tourgueniev pardonna, comme on pense. Mais ce fut bien plus tard seulement que la réconciliation complète et définitive survint.

Raymond Recouly. « Le Figaro. Supplément littéraire du dimanche. » Paris, 1910.

Les artistes et les princes

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L’illustre pianiste Paderewski, nous raconte Comoedia, venait de jouer, au Palais d’Hiver, à Saint-Pétersbourg, devant un auditoire composé des plus hautes, personnalités de la cour. 

L’enthousiasme était immense. A l’issue du concert, le tsar Nicolas II fit mander dans sa loge le virtuose, désirant le féliciter lui-même :

Monsieur, lui dit-il vous êtes un admirable artiste, et la Russie s’honore de vous compter au nombre de ses enfants !  

Ignacy Paderewski se redressa et, regardant dans les yeux l’empereur de toutes les Russies :

Pardon, sire, dit-il, je ne suis pas Russe, je suis Polonais !  

Le lendemain, Paderewski était reconduit à la frontière allemande…

« Ma revue. » Paris, 1908.

 

La chapelle de Voltaire

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Oui ! Voltaire lui-même construisit une chapelle à Ferney et y entretint un curé de ses deniers, dont pourtant il était fort ménager. Un mémoire autographe de l’auteur du Dictionnaire philosophique est conservé à la Bibliothèque de Saint-Pétersbourg, il se rattache à la construction de l’église. Il comprend les plans, devis, et jusqu’au contrat avec l’entrepreneur, passé le 6 août 1760, avec maître Guillot et maître Desplaces, entrepreneur.

Sur la porte, Voltaire avait fait peindre cette inscription : Soli Deo et sur le frontispice, graver cette autre en lettres d’or sur marbre noir : Deo erexit Voltaire. Quand l’église fut bâtie, il s’enquit d’un curé et il en trouva deux : l’un en payant, l’autre qui payait pour avoir l’honneur d’être de la suite du philosophe. Aussi écrit-il à d’Alembert : « J’ai deux curés dont je suis assez content, je ruine l’un et je fais l’aumône à l’autre. »

Le desservant rétribué touchait huit cents livres de traitement par an, comme nous l’apprennent les comptes de Voltaire, très bien tenus par le philosophe lui-même par « Doit » et « Avoir » comme ceux d’un petit commerçant. Huit cents livres étaient une assez jolie somme pour l’époque et au prix où étaient les congruistes, celui de Ferney pouvait s’estimer heureux.

Ces détails connus du temps de Voltaire sont généralement ignorés du nôtre : ils expliquent bien des actes du patriarche et cette phrase célèbre : « Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer ». Voltaire assistait du reste de temps à autre aux offices en compagnie de sa nièce Mme Denis, qui était dévote, et il exigeait les honneurs dus à un seigneur justicier qu’il était à Ferney. Il ne faisait grâce à son curé ni d’un coup de goupillon, ni d’un coup d’encensoir.

Etranges contradictions de l’esprit humain, même quand il s’élève jusqu’au génie.

« Journal littéraire et bibliographique. »  Paris, 1890.  
Illustration : bidouillage maison.

Les pérégrinations d’une carte d’invitation

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Valadimir-Fyodorovich-von-der-Launitz

Lorsque le général Launitz, le préfet de Saint-Pétersbourg, fut assassiné, voici quelques mois, on découvrit que la carte d’invitation qui servit au meurtrier était celle… du premier ministre, M. Stolypine.

M. Stolypine n’avait pas utilisé sa carte qui était tombée entre les mains d’un agent de la sûreté spécialement « affecté à sa personne ». Cet agent l’avait offerte au meurtrier.

Il y a des auteurs qui ont écrit pour les enfants l’histoire d’une pièce de deux sous. On pourrait faire un conte tragique avec l’histoire de cette carte d’invitation.

« Ma revue. Hebdomadaire. »   Paris, 1907.