saint Pierre

La liberté de la saignée

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saignée

Entre beaucoup de libertés qui se trouvaient gênées au moyen âge, il faut compter assurément la liberté de la saignée, une de celles dont on a peut-être le plus abusé en France à d’autres époques.

Les ordonnances royales prescrivaient aux barbiers de ne saigner qu’en bonne lune. Trois mois étaient exclus : avril, mai et septembre. Défense à celui qui faisait métier de saigner de tenir devant sa maison ou aux environs, les jours de mauvaise lune, des écuelles ou autres ustensiles pour l’usage de sa profession, à peine de dix sols d’amende. La saignée était de plus proscrite les dimanches, aux cinq fêtes de Notre-Dame, les jours de l’An, de Noël, des Rois, de la Toussaint, de l’Ascension, du Saint-Sacrement et de Saint-Jean-Baptiste.

Le barbier ne pouvait non plus mettre bassins pendant les jours de Noël, Pâques, Pentecôte, de Saint-Jean-Baptiste, de Saint-Pierre et des Morts, ni mettre sang en écuelle hors de la salle de son hôtel, ni le garder au delà de l’heure de None. S’il avait opéré le matin, il devait jeter le sang à une heure après midi. S’il saignait après midi, il était tenu aussi de le jeter deux heures après, sous peine d’une amende de cinq sols par contravention.

A Reims il existait un puits destiné à recevoir le sang des saignées, où il devait toujours y avoir un vase avec de l’eau claire pour laver avec soin le bassin dont on s’était servi. Il y a même encore aujourd’hui dans cette ville une rue qui porte le nom de Puits au Sang, parce qu’elle conduisait à cette espèce de trou perdu.

« Almanach de France et du Musée des familles. »Paris, 1865.

Acqua alle corde !

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obelisque

En se plaçant sur l’escalier de Saint-Pierre au Vatican, on a devant soi l’obélisque égyptien, tiré du cirque de Néron. Il a cent vingt-quatre pieds de hauteur, à partir du pavé jusqu’à l’extrémité de la croix dont il est surmonté. On sait que Sixte-Quint fit placer ici cet obélisque en 1586, presqu’un siècle avant la construction de la colonnade. Mais peu de personnes connaissent une anecdote intéressante à laquelle cette opération donna lieu.

Le transport de l’obélisque de l’emplacement où est maintenant la sacristie de Saint-Pierre, et son élévation sur le piédestal eurent lieu sous la direction de Fontana, à l’aide de huit cents hommes, de cent soixante chevaux et de nombreuses mécaniques, et occasionnèrent une dépense de 300.000 francs.

Sixte-Quint s’était fait détailler, par Fontana, les moyens qu’il comptait employer pour élever sans accident, une masse aussi considérable. L’architecte exigeait le plus grand silence, de manière à ce que l’on pût entendre distinctement ses ordres. Sixte-Quint prononça la peine de mort contre le premier spectateur, de quelque rang, de quelque condition qu’il fût qui proférerait un cri.

Le 1o septembre 1586, la place se remplit de bonne heure d’une foule considérable qui connaissait l’édit et avait la ferme résolution d’y obéir. Ce peuple, si sensible aux arts, prenait un vif intérêt à l’opération, et gardait le plus religieux silence. Le travail commence. Un mécanisme admirable, des cordes habilement distribuées et mises en mouvement, soulèvent l’obélisque, le portent comme par enchantement vers la base disposée pour le recevoir. Le pape, qui était présent, encourageait les ouvriers par des signes de tête. On allait atteindre le but. Fontana parlait seul il commandait une dernière manoeuvre tout-à-coup un homme s’écrie du milieu de la foule et d’une voix retentissante

« Acqua alle corde ! (de l’eau aux cordes). »

II s’avance aussitôt et va se livrer aux gardes placés près de l’instrument du supplice dressé sur la place même. Fontana regarde avec attention les cordes, voit qu’effectivement elles sont tendues, qu’elles vont se rompre. Il ordonne qu’on les mouille; à l’instant elles se desserrent, et l’opération s’achève au milieu des applaudissements universels.

Fontana court à l’homme qui avait crié Acqua alle corde, l’embrasse, le conduit au pape, à qui il demande sa grâce. Elle lui est accordée avec une pension considérable, et le lendemain le Saint-Père lui conféra de plus le privilége dont jouit encore sa famille, de fournir les palmes qu’on distribue dans les églises le jour des Rameaux. Une fresque des chambres de la bibliothèque du Vatican représente cette scène extraordinaire.

« Journal d’un voyage en Italie et en Suisse pendant l’année 1828. »  Romain Colomb, Paris, 1833.

La fête des fous et de l’âne

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fete-des-fous
Saint Augustin, qui avait pourtant quelques peccadilles sur la conscience, s’indignait quand on parlait devant lui de la Fête des Fous, et il voulait qu’on châtiât avec rigueur tous ceux qui se rendaient coupables de ce qu’il était bien près de considérer comme une impiété.

Le Concile de Tolède, tenu en l’an 633, était également opposé à ces saturnales, renouvelées des orgies païennes. Mais, de même que, chez les Latins, l’esclave jouissait pendant un jour de toute liberté en souvenir du règne de Saturne, l’Eglise voulut de même consacrer le triomphe éphémère de ceux qui, durant toute l’année, se prosternaient humblement au pied de ses autels. Aussi, dans la Fête des Fous, l’office était-il célébré par le bas clergé qui entonnait le choeur de circonstance : Deposuit potentes de sede

Ni les plaintes de l’évêque Eudes, au XIIe siècle, ni les protestations de Gerson, ni les bulles pontificales d’Innocent III ne réussirent à porter atteinte à ces traditions du paganisme, qui furent d’autant plus vivaces qu’elles étaient plus persécutées. Elles persistèrent néanmoins jusqu’au milieu du XVIIe siècle, célébrées avec plus ou moins d’éclat selon les endroits.

C’est à Sens que la cérémonie avait le plus d’apparat, mais dans d’autres villes existaient des coutumes, dont originalité n’était pas le moindre charme.

A Beauvais, par exemple l’âne portait sur son dos, jusqu’à la porte une jeune et jolie fille, qui figurait la Vierge Marie, tenant le petit Jésus entre ses bras. On couvrait le modeste animal d’une belle chape, depuis l’église cathédrale jusqu’à Saint-Etienne. On faisait entrer la jeune fille dans le sanctuaire, et on la plaçait avec son âne du côté de l’Evangile. On commençait ensuite la messe solennelle et après l’épître, on entonnait la célèbre prose qui a été publiée tant de fois et toujours avec des variantes, parce qu’elle se chantait différemment dans les églises de France. 

A Autun, on recouvrait un âne d’un drap tissé d’or dont les principaux chanoines portaient les quatre coins ; le reste du chapitre escortait en grande pompe maître Aliboron.

A Besançon, la fête des fous présentait cette particularité qu’elle était suivie de plusieurs cavalcades qui s’accablaient d’injures mutuellement, et poussaient parfois si loin la ressemblance avec la réalité que les parties adverses en venaient aux mains.

A Amiens, la fête des fous était célébrée après Noël, par quatre danses auxquelles on se livrait dans l’intérieur de l’église : la première troupe de danseurs était composée de diacres ; la seconde, de prêtres ; la troisième, d’enfants de choeur, et la quatrième de sous-diacres. Après les divertissements chorégraphiques venait la saturnale, ce qui fit donner à la fête le nom de fête des saouls-diacres ou diacres saouls.  

La Fête des Innocents, qui se rapproche beaucoup de la Fête des Fous et constitue, avec celle-ci, ce qu’on a appelé le carnaval religieux, était encore célébrée en 1648, à Sens. Voici à la suite de quelles citconstances elle fut définitivement abolie ; le récit est emprunté à l’auteur des Fêtes populaires de l’Ancienne France :

En 1648, la jeune fille qui représentait la Vierge fut prise subitement d’un pressant besoin de s’isoler ; les apôtres la cachèrent derrière un puits et firent bravement face aux plaisanteries de la foule mise en gaieté.

La fête faillit être interrompue, mais, grâce à la diplomatie de saint Pierre et de saint Paul la jeune fille consentit à remonter sur l’âne. Par malheur, dans la soirée, saint Jean qui avait trop caressé la bouteille « rossa » sa femme en rentrant chez lui. La malheureuse courut tout en larmes s’informer si les coups faisaient partie du cérémonial !…

Les Sénonais pensèrent mourir de rire, mais la fête ne s’en releva pas.

« Fête des fous et de l’âne. »  Dr Cabanes, Paris, 1898.

Les potiers de Savignies

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https://gavroche60.com/2014/11/02/les-potiers-de-savignies/

Au seizième siècle, un maître potier de Savignies fabriquait des plats de terre si beaux, que les échevins de Beauvais ne croyaient pouvoir mieux offrir aux rois et aux princes qui passaient dans la ville.

François 1er reçut en hommage un plat représentant la Passion avec les divers instruments du supplice: l’échelle, la lance, l’éponge à vinaigre, les clous, les tenailles, le tout entouré de sept écussons, dont le premier contenait la couronne ouverte de France, fleurdelisée, le second les armes de France, parti de Bretagne, le troisième, les armes écartelées de France et, de Dauphiné, avec couronne fermée, sans fleurs de lis, le quatrième, les armes de la ville de Beauvais, c’est-à-dire deux étoiles à huit pointes et un pal.

Sur les autres écussons de ce beau plat, on voyait, avec le monogramme du Christ, les inscriptions de Jésus et d’Ave Maria. De telles poteries étaient l’orgueil du Beauvaisis, par leur merveilleuse réussite, leur parfaite ondulation, l’harmonie des courbes et leurs brillants, émaux verts. Il est vrai que le maître potier, pour mettre sa fournée sous la garde de Dieu, dessinait une croix sous chacune de ses poteries, à l’endroit réservé habituellement à la marque.

Jésus-Christ, touché de la beauté de ces ouvrages et de l’hommage que lui rendait l’artisan, emmena un jour saint Pierre pour visiter la fabrique de Savignies. L’atelier était en plein travail : c’était merveille que de voir la glaise passer informe dans les mains des ouvriers pour se transformer en élégants profils de plats, de salières, de gobelets. Curieux d’en faire autant, Jésus-Christ monta sur le tour, prit un morceau de terre, et de ses mains sortit un vase merveilleusement réussi. Saint Pierre, pour imiter son maître, monta sur le tour et prit de la glaise, voulant, lui aussi, laisser quelque ouvrage en souvenir de sa visite. Sous les doigts de saint Pierre, la terre s’allongea démesurément et sans forme; cependant, saint Pierre s’appliquait de ses pieds à faire tourner le tour. Abaissant de la main le cône bizarre de glaise, qui prenait la figure d’une haute aiguille, pour retomber lâche et bavocheuse sur la table, saint Pierre suait à grosses gouttes, et était blessé dans sa vanité, car les regards railleurs de tout l’atelier se portaient sur ses essais.

— Mouille la terre, saint Pierre, lui dit doucement le Christ, mouille la terre, tu réussiras.

Depuis cette époque, telle est la recommandation qu’on fait aux apprentis de mouiller la glaise, en leur racontant ce qu’il advint à saint Pierre pour avoir négligé ce premier principe de l’art de terre.

Champfleury. Tradition du Beauvaisis.