Sainte-Vierge

Les aboyeurs

Publié le Mis à jour le

bretons

Si les faits n’étaient pas là pour le prouver, on aurait peine à croire que les superstitions aient encore d’aussi profondes racines dans certaines contrées. En pleine France, par exemple, on constate sous l’influence des sentiments religieux, des faits tellement hors de raison, qu’on est presque tenté de les attribuer à la folie. La fête des aboyeurs, en Bretagne, en est un exemple.

Pour étayer leur superstition, les Bretons ont une légende qui se perd dans la nuit des temps.

Un jour, raconte-t-on, la Vierge descendit sur la terre; elle s’arrêta près d’une fontaine. Là se trouvaient trois lavandières qui se montrèrent à ce point malhonnêtes avec la sainte visiteuse qu’elles en arrivèrent à exciter un chien qui les accompagnait à mordre sa tunique.

Pour les punir, celle-ci les condamna, ainsi que tous leurs descendants, à aboyer chaque année, à pareil jour, et cela, depuis le lever de l’aurore jusqu’au moment où l’immersion forcée de la tête dans la fontaine mettrait fin à leur supplice.

Les laveuses eurent sans doute une nombreuse postérité, car les aboyeurs se comptent par milliers.

Au jour dit, dans un rayon de plusieurs lieues autour de Josselin, on voit s’acheminer à pied, par tous les bas chemins qui conduisent à la fontaine expiatoire, hommes, femmes, enfants et vieillards; tous aboyant à se tordre les mâchoires.

D’abord, les groupes sont isolés, puis la foule, en approchant du but, se fait de plus en plus compacte; alors les cris deviennent des hurlements; la meute humaine, au gosier éraillé, au visage convulsionné par la douleur et l’effort, ne pousse plus que des sons rauques. La scène est horrible; pas un geste, pas une plainte, pas un sourire même chez les spectateurs pour venir interrompre cetle manifestation d’une troupe affolée par la superstition.

La contagion de l’aboiement gagne jusqu’aux enfants. Par contre, tous les chiens de la commune s’enfuient la queue basse, effrayés et sans voix.

Enfin, on est arrivé : deux vigoureux Bretons, placés sur les côtés de la fontaine, plongent chacun des aboyeurs, la tête la première, dans l’eau, et le charme est rompu. Tous y passent, jusqu’aux enfants à la mamelle.

Après l’opération, l’eau de la fontaine a perdu sa limpidité pour une quinzaine de jours.

Le second acte du drame se passe au cabaret : la soif est inextinguible pour ces gorges en feu; les premiers débarrassés sont les premiers ivres, ivresse singulière parce qu’elle est silencieuse : ils ont désappris la parole; la langue est gonflée, les
mâchoires sont agitées d’un tremblement convulsif, dernier vestige de l’effort aboyant, mais le contentement est sur tous les visages, l’épreuve est finie et la superstition repose jusqu’à son réveil de l’année suivante.

La fête des aboyeurs a lieu la veille de la Pentecôte.

Les voilà redevenus paysans calmes et laboureurs durs à la fatigue : huit à dix mois de tranquillité, au moins. Puis, un triste jour, l’idée fausse reparaît à la suite de ces veillées d’hiver, pleines de terreurs, lorsque les bergers racontent les histoires des fées et des Mary-Morgan (sirènes), lorsque, réunis devant un feu de genêts, à la lueur crépitante d’une chandelle de résine fixée dans la haute cheminée, les Bretons se serrent les uns contre les autres, et jettent des regards effarés vers la porte ébranlée par le vent, croyant qu’un poulpican curieux et malfaisant vient demander l’hospitalité. Les imaginations ont beau jeu.

La première, la femme prend peur ; elle descend des aboyeurs, pense-t-elle, et le jour de l’expiation approche; par elle l’enfant et l’homme travaillés n’ont qu’une seule pensée : la tache originelle,  la malédiction de la Sainte-Vierge.  D’où viendra le secours et le soulagement contre l’épouvante qui gagne ? les amis, les parents n’ont de raisonnement que pour fortifier l’erreur. L’église, le prêtre ? Celle-là offre ses reliques pour la fête, celui-ci justifie par sa présence la foi dans l’implacable vengeance de la mère de Dieu.

Bientôt, chez ces pauvres d’esprit, l’exaltation cérébrale est arrivée à son comble : ils en parlent tout le jour, ils en rêvent la nuit. La folie est proche; comme une épidémie, elle s’étend sur toute une population admirablement prédisposée à subir son influence.

Un premier aboiement se fait entendre : c’est le signal et la fête commence !

Elle vient d’avoir lieu en l’an de grâce 1868 !

« Paris-Magazine. » 1868.

Publicités

Les apparitions de Tilly-sur-Seulles

Publié le Mis à jour le

Tilly-sur-Seulles

Le Calvados est fort agité en ce moment, et c’est à qui se précipitera vers une petite commune des environs de Caen, où des faits que l’on n’ose encore qualifier de miraculeux se sont produits depuis quelques mois.

Un certain après-midi, comme une soeur de l’école gourmandait pour sa distraction durant la classe, une de ses élèves fort occupée à regarder par la fenêtre, celle-ci clama subitement qu’elle voyait la sainte Vierge, et l’on prétend qu’en même temps qu’elle, plusieurs de ses petites compagnes furent favorisées de la même vision.

Par une bizarrerie que l’on s’explique mal, chaque visionnaire percevait une image excessivement vague, mais toujours très différente.

C’est au bout d’un champ, non loin de l’école, que l’apparition se manifestait tout proche d’un certain arbre. On s’imagine aisément le bruit que l’aventure fit dans le village. Le propriétaire du champ s’avisa d’y faire apposer un placard, sur lequel on lisait : « On ne blasphème pas ici », et quelques jours après, tous les gens des environs, puis ceux des villes avoisinantes, se mirent à processionner vers Tilly, au point que de toutes parts on organisa des caravanes, composées de foules sans cesse renouvelées de curieux ou de croyants attirés par l’espoir de voir eux aussi quelque chose.

L’étoile de Mlle Couesdon en a pâti, et l’on a oublié l’ange Gabriel pour s’intéresser à ce nouveau phénomène, certes plus extraordinaire que les prophéties mirlitonesques de la voyante de la rue de Paradis.

Jusqu’à nouvel ordre, le clergé fait des réserves, et le curé du village ne semblait pas disposé à favoriser le mouvement qui s’accentuait vers sa petite paroisse.

Il y a eu un peu de ralentissement dans l’élan des premiers jours, et pendant quelque temps les apparitions sont devenues beaucoup plus rares. Néanmoins, tel est l’attrait de notre fin de siècle vers le surnaturel et le merveilleux, que des gens parlent d’élever un sanctuaire, sous l’invocation de Notre-Dame de Tilly.

Lorsqu’on en sera là, il se peut qu’il y ait des difficultés au sujet de la façon dont on devra représenter la sainte image de la nouvelle madone, car jusqu’à nouvel ordre, ainsi que nous le disions plus haut, personne ne tombe d’accord sur la forme sous laquelle elle s’est montrée.

Mais qu’importe, si les coeurs simples et fervents trouvent dans cette foi nouvelle un allègement, et s’ils puisent au pied des nouveaux autels la consolation et l’espoir qu’ils y viendront chercher !

« La Science illustrée. » Paris, 1896.

La faute réparée

Publié le Mis à jour le

peintre

Un jour que Rubens était sorti pour aller prendre l’air, selon sa coutume, Van Dyck et ses compagnons entrèrent secrètement dans le cabinet de leur maître, pour y observer sa manière d’ébaucher et de finir. En s’approchant trop près pour mieux examiner, un d’entre eux frotta le tableau qui était l’objet de leur curiosité, et effaça le bras de la Madeleine, la joue et le menton de la sainte Vierge, que Rubens venait de finir.

On pâlit à cet accident. Un d’eux, prenant la parole, dit:

Il faut, sans perdre de temps, risquer le tout pour le tout. Nous avons encore environ trois heures de jour, que le plus capable de nous prenne la palette, et  tâche de réparer ce qui est effacé: pour moi, je donne ma voix à Van Dyck.

Tous applaudirent à ce choix. Van Dyck seul douta de la réussite. Pressé par leurs prières, et craignant lui-même la colère de Rubens, il se mit à l’ouvrage, et peignit si bien, que, le lendemain, le maître, examinant son travail de la veille, dit, en présence de ses élèves, qui tremblaient de peur:

Voilà un bras et une tête qui ne sont pas ce que j’ai fait hier de moins bien.

« Almanach facétieux, récréatif, comique & proverbial … »  Hilaire Le Gai, Passard, Paris, 1852.

Illustration atrocement mutilée de mes mains expertes… 🙄

La merveilleuse légende de Notre-Dame du Bon Conseil

Publié le Mis à jour le

mutien_nd-bon-conseil350

La béatification du Vénérable Bellesini, curé de Genazzano, qui a eu lieu le mardi 27 décembre 1904, remet en mémoire la célèbre histoire de l’image miraculeuse de la Mère de Dieu, honorée en cette localité voisine de Tivoli, patrie des deux cardinaux frères, Séraphin et Vincent Vannutelli.

Cette image était vénérée autrefois, de temps immémorial, dans une petite chapelle voisine de Scutari, en Albanie. En l’année 1467, peu de temps avant la conquête de cette malheureuse province par les Turcs, elle fut transportée par les Anges à Genazzano, pour la soustraire aux profanations des infidèles. Deux fidèles serviteurs de Marie, l’Albanais Georges et l’esclavon Desclavis, tous deux attachés à la garde du sanctuaire, furent choisis par l’Auguste Vierge pour être témoins du prodige.

Avertis en songe et invités à suivre la sainte Image dans son voyage miraculeux, ils se rendirent au jour indiqué dans le sanctuaire, prêts à obéir aux indications du Ciel. Agenouillés aux pieds de la sainte Image, ils priaient avec ferveur, lorsque tout à coup ils la virent se détacher de la muraille sur laquelle elle était peinte, s’élever dans les airs, sur une nuée transparente, et se diriger vers l’Occident. Frappés de la nouveauté du prodige, et animés d’une ardeur indicible, ils se mirent à la suivre sans hésiter. Arrivés sur les bords de la mer, ils posèrent sans crainte le pied sur les flots, qui les portèrent par miracle aussi bien que le sable du rivage.

Ils traversèrent ainsi l’Adriatique, poursuivirent leur route par des chemins impraticables, sans cependant éprouver aucune fatigue, et arrivèrent, enfin, aux portes de Rome. Là, hélas ! la sainte Image disparut à leurs yeux. C’était le 25 avril 1467.

Ce même jour, sur le soir, à Genazzano, les cloches de l’église Sainte-Marie, mues soudain par une force invisible, répandaient dans les airs les sons les plus joyeux. Le peuple, attiré par le prodige, accourut en foule. Quelle n’est pas la surprise, générale, lorsqu’on aperçoit contre la muraille grossièrement construite de la chapelle de Saint-Biage, une gracieuse peinture que jamais on n’avait vue jusqu’alors ! Elle représentait la Mère de Dieu portant sur ces bras l’Enfant Jésus qu’elle contemplait avec amour. Tous venaient; admirer cette merveille. C’était une immense joie. La nouvelle de cette apparition et de plusieurs miracles qui l’accompagnèrent arriva bientôt à Rome, où nos deux pèlerins étaient demeurés en proie à une vive affliction. Ils volent aussitôt à Genazzano dans l’espoir de retrouver l’Imagé qu’ils avaient perdue. L’Image qui venait d’apparaître dans la chapelle de Saint-Biage était bien celle qu’ils avaient suivie de Scutari à Rome, et qui. avait disparu ensuite à leurs yeux.

Transportés de joie, ils se mirent aussitôt à raconter les merveilles dont ils avaient été les heureux spectateurs. Ils s’établirent ensuite à Genazzano avec leurs familles, pour y être comme un perpétuel témoignage du miraculeux événement. Le mur de la chapelle de Saint-Biage appartenait à une très antique église paroissiale des religieux Augustins, dédiée à Notre-Dame du Bon Conseil. Ce titré fut donné dès lors à l’Image miraculeuse.

Une tertiaire augustinienne, la B. Petruccia de. Gemazzano, avait quelque temps auparavant reçu de la Sainte Vierge elle-même, l’ordre de reconstruire dans de plus grandes proportions cette église qui commençait à tomber en ruines. A cet effet, elle destina sa maison contiguë au sanctuaire, et commença aussitôt la restauration des murs de la chapelle; mais le manque de ressources, l’obligea à suspendre les travaux, qui ne furent repris que plus tard grâce aux aumônes de pieux pèlerins, c’est à dire l’année d’après, comme la Bienheureuse Petruccia l’avait elle-même prédit.

Benoît XIV, Pie VIII, Pie IX et Léon XIII ont été, entre tous les papes depuis lors, très dévots à Notre-Dame du Bon Conseil. 

Notre-Dame de Campitello

Publié le Mis à jour le

Campitello église St-Pierre

On écrit de Corse que Notre-Dame de Campitello ne cesse d’attirer les fidèles. Plusieurs pécheurs se sont convertis. Des jeunes gens, à la suite d’un pèlerinage, sont devenus des modèles de piété et font la sainte communion plusieurs fois par semaine.

Le 29 juin, vers cinq heures du soir, Mlle Thérèse Pancrazi envoya sa petite nièce, âgée de neuf ans, avec une autre fillette, Jeanne Guidoni, du même âge, aux champs des apparitions et leur commanda d’apporter des feuilles du châtaignier, qu’elle désirait avoir par dévotion. 

Les deux fillettes, habituées à une grande liberté el plus agiles que des garçons, n’hésitèrent pas à grimper sur l’arbre qui se trouve à côté du quatrième rocher des apparitions. Jeanne Guidoni s’éleva à une hauteur de 15 à 20 mètres.

Tout à coup, elle perd l’équilibre, tombe et vient s’aplatir sur le ventre au milieu des cailloux. Sa compagne, effrayée par le bruit de cette chute, la croit morte et court appeler les gens de Panicale.

Tous dégringolent, en quelques instants, à travers les roches, vers le lieu de l’accident. Ils trouvent la petite Jeanne étendue sur le ventre et ne donnant plus signe de vie.

M. le curé vient la voir, après qu’on l’a déposée dans son lit. II constate qu’elle respire encore, mais qu’elle ne passera pas la nuit. Le lendemain, elle est toujours dans le même état ; elle ne parle pas, ne remue pas, ne prend aucune nourriture, ni breuvage.

Lellena Parsi, en religion soeur Catherine, qui est très souffrante, descend aux champs des apparitions et supplie la Très Sainte Vierge de faire un miracle et de sauver l’enfant. La prostation reste complète pendant trois jours, et la désolation de la famille est grande.

Le quatrième jour, Jeanne semble s’éveiller, demande à boire et à manger, puis se lève et court jouer sur la place avec ses compagnes.

On l’examine ; elle n’a pas une égratignure. On l’interroge. Elle répond :

« Au sommet du châtaignier, j’ai vu la Sainte Vierge habillée de blanc… Je ne me rappelle plus rien ! »

Ce prodige a fermé la bouche aux incrédules qui profitaient de l’accident pour déblatérer contre les prétendues apparitions.

« L’Echo du merveilleux. » (Extrait de la Revue Mariale), Paris 1907.