Samuel Rogers

Le croissant de Lord Rothschild

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banquier

Enfin ! la banque d’Angleterre vient de se décider à émettre des billets de… vingt-cinq millions ! Ce n’est pas trop tôt, car, vraiment, on ne sait rien de plus désagréable que de se promener avec vingt-cinq millions en petite monnaie dans sa poche. C’est incommode, et ça grossit les poches. Fi ! Les vingt-cinq millions réunis en un seul billet, on pourra sortir.

Seulement, hélas ! la banque susdite n’a émis que quatre billets de cette sorte et a détruit aussitôt après les planches sur lesquelles ces humbles banknotes avaient été gravées (toujours des injustices !). Lord Rothschild, de Londres, en possède un; M. Coutts, le grand banquier, en détient un autre; M, Samuel Rogers, le poète millionnaire, a fait encadrer le troisième qui orne sa bibliothèque (voilà ce qu’on appelle « une riche bibliothèque ! »); enfin, le quatrième appartient à la Banque d’Angleterre elle-même…

Du reste, si ces morceaux de papier sont précieux en ce qu’ils permettent de porter sur soi, sans fatigue sensible, une somme, hum ! relativement considérable, ils offrent aussi un inconvénient assez fâcheux. Quelqu’un s’est laissé dire que Lord Rothschild, étant entré récemment chez un boulanger pour acheter un petit pain et n’ayant pas un penny de monnaie, tendit négligemment son billet de vingt-cinq millions au patron de l’établissement. Celui-ci très digne, répondit qu’il n’avait pas de monnaie, et Lord Rothschild dut restituer le croissant.

Ce n’est pas toujours drôle d’être riche !

« Musée des familles. »  Charles Delagrave, Paris, 1897.