Santos Dumont

Flegme

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aviateur

Les aviateurs et les aéronautes, mais principalement les premiers, ont le culte de la mise en scène.

Lorsqu’il leur arrive un accident et que par bonheur ils ne se cassent pas le cou, ils ont aussitôt un geste, qui, au demeurant est assez crâne : ils cherchent avant tout à montrer à tous qu’ils n’ont pas eu peur. Et… ils allument une cigarette !biplanSantos-Dumont, au début du dirigeable n’y manquait jamais, lui qui tombait régulièrement toutes les fois que son appareil s’envolait. Cet été, le lieutenant de vaisseau Beaumont, en voulant quitter Boulogne-sur-Mer à bord d’un hydro-aéroplane pour aller à Londres, capota et s’engloutit dans la mer par dix mètres de profondeur.

Il réapparut au bout de quelques secondes et s’installa placidement sur un des flotteurs qui allait à la dérive. Lorsque le canot de secours arriva, son premier soin fut de demander des cigarettes à l’un des mécaniciens.hydravionEt lorsqu’il rentra au port, les spectateurs, qui nombreux étaient massés sur la jetée de Capécure, purent le voir assis négligemment à l’arrière du canot automobile, tout mouillé et fumant une cigarette… doucement, doucement… à petites bouffées.

« Le Monde contemporain. » Paris, 1912.

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Aurons-nous des ailes ?

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aéroplaneL’homme, de par son génie, a déjà réussi à plonger dans les eaux (le sous-marin) et à s’élever dans les airs (le ballon). Mais cette dernière conquête est encore bien incomplète, puisqu’il ne peut guère aller dans l’atmosphère que là où la brise le conduit. Or, l’on sait que des milliers d’inventeurs poursuivent la solution de ce problème : la direction dans l’espace. Les uns, comme de La Vaulx et Santos-Dumont, se contentent de la chercher dans le perfectionnement du ballon, rond ou allongé; les autres, plus ambitieux, prétendent amener par leurs travaux la découverte de la science du vol plané. Ils veulent littéralement nous donner des ailes.

Et c’est à cette dernière catégorie qu’appartient M. Ernest Archdeaon qui est en train de procéder aux environs de Berck-sur-Plage à des essais d’aéroplanie.

Je sais des gens que la fantaisie de M. Archdeacon fait sourire. Ils ne croient pas à la possibilité d’arriver au but poursuivi et ils ne veulent même pas étudier la question une minute. Ces incrédules passent pour des sages auprès des esprits superficiels. Et pourtant, ces sceptiques ont égalementlevé les épaules aux débuts de l’automobile.

D’ailleurs, les aéroplanistes n’ont nullement la prétention d’arriver, de longtemps encore, à sortir l’appareil qui volera véritablement. Ils ne l’envisagent même pas, se contentant de faire avancer la science par des expériences pratiques qui viennent détruire des erreurs ou corroborer de laborieuses études théoriques.

Sous ce rapport, les progrès ont été réels depuis que Lilienthal exécuta ses premiers vols planés (1891). Au début, la distance parcourue au moyen des premiers aéroplanes n était que de 7 mètres pour 5 mètres de hauteur de chute. Or, les frères Wright ont effectué 800 mètres de distance et esquissé des quarts de cercle, etc… dans leur aérodrome de la Caroline du Nord.

Leur dernier appareil, muni d’un moteur de 16 chevaux, s’est mis en marche par ses propres moyens et, partant de terre, s’est élevé à trois mètres de hauteur, puis s’est maintenu horizontalement pour retomber à 260 mètres du point de départ. Le dernier aéroplane des frères Wright, muni d’un moteur et de propulseurs, a 48 mètres carrés de surface et pèse 335 kilos. Le moteur pèse 62 kilos.

Evidemment, nous ne conseillerions pas encore, comme placement de père de famille, l’exploitation d’une Société de location ou de vente d’aéroplanes dernier style. Mais ce n’est pas ce que recherchent les frères Wright, le capitaine Ferber et M. E. Archdeacon.

Le but de ces derniers est simplement de marcher méthodiquement à la conquête de l’air. Ils veulent nous donner des ailes. Noble aspiration qui doit suffire à leur attirer notre sympathie, leurs efforts ne dussent-ils jamais être couronnés de succès !

« Le Vétéran. Bulletin de la Société nationale de retraites Les vétérans des armées de terre et de mer »  paris, 1904.

Ballon et momies en douane

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douaneM. Santos-Dumont, ayant rapporté de l’Exposition de Saint-Louis son pauvre ballon tout tailladé par de vilains jaloux, s’est trouvé en proie à de nouveaux tracas, quand il a fallu l’introduire en France.

Quel tarif lui appliquer ? Car les ballons n’ont pas été prévus dans les tarifs  douaniers.  Après avoir réfléchi, le ballon a été classé comme « soie ouvrée ». 

Cette appréciation fantaisiste de nos modernes douaniers peut se mettre en face de celle de leurs ancêtres, qui se trouvèrent bien embarrassés aussi, un jour où ils cherchaient quel tarif appliquer a des momies que l’on rapportait d’Egypte. Et après avoir bien cherché aussi, ils leur appliquèrent le tarif et la qualification de « morues salées ».

Paris, 1904.

Un voyage de noces en 19…

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dirigeable-enfants

Les progrès constants de l’aviation nous laissent espérer qu’il n’est pas loin le temps où nous verrons l’atmosphère sillonné d’appareils de toutes sortes, de toutes formes, ballons sphériques ou d’énormes cigares, hélicoptères, aéroplanes, oiseaux monstrueux.

Des gares aériennes serviront de point de départ ou d’arrivée. On circulera dans l’espace en aéro-omnibus, en aéro-cabs, et les mansardes deviendront désormais les boutiques et les magasins que visiteront nos élégantes. 

Quoi d’étonnant, dans ces conditions, que deux mariés songent à faire leur voyage de noces en ballon dirigeable ? Ils ont pris place dans la nacelle de leur aérostat et, sans secours, les voilà partis dans les airs… Que les parents se rassurent, la télégraphie sans fil les tiendra au courant des étapes de leurs enfants. De même que les chemins de fer, les lettres sont devenues vieux jeu, on ne correspond plus que par marconigrammes et par téléphonie sans fil.

Voilà ce que nous verrons bientôt sûrement. Quel est l’appareil qui arrivera bon premier ? Sera-ce le ballon dirigeable avec sa nacelle longue et compliquée, et son énorme enveloppe gonflée de gaz plus léger que l’air ? Sera-ce le plus lourd que l’air que M. Santos Dumont préconise et qu’il semble avoir réalisé ? Sera-ce l’hélicoptère ou l’aéroplane, ou encore l’oiseau gigantesque dont l’homme arrivera à reconstituer le vol ?

Peut-être tous les moyens seront-ils à ce point perfectionnés qu’ils seront tous réalisés.

« Le Grand journal hebdomadaire d’actualités. » Paris, 1907. 
Illustration : bidouillage maison.