sauvetage

« Contribution au sauvetage et au rappel à la vie des personnes que leur maladresse ou le malheur des temps a indûment fait tomber dans la rivière. »

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alfred-guillou

M. Laborde expose à l’Académie de médecine les observations relatives à deux sujets en état de mort apparente à la suite de submersion et qu’il a ramenés à la vie par un procédé qu’il croit inconnu ou tout au moins qui n’a pas été signalé jusqu’ici.

L’effet et l’importance de cette manoeuvre résident principalement, dit M. Laborde, dans l’action puissante que l’excitation de la base de la langue et surtout sa traction exercent sur le réflexe respiratoire. Cette traction peut, d’ailleurs, être réalisée d’une façon rythmique en s’appropriant, en quelque sorte, au rythme de la fonction qu’il s’agit de réveiller. 

Pour saisir et bien tenir la langue, qui glisse, on le sait, avec grande facilité, la préhension avec la main est la seule ressource. Le moyen le meilleur et le plus sûr de la réaliser, c’est en même temps que l’on s’est armé d’une cuiller (si l’on en a une à sa disposition) pour maintenir l’ouverture de la bouche et appuyer sur la base linguale. C’est, dit M. Laborde, d’entourer ses doigts d’un mouchoir, afin d’éviter, autant que possible, le glissement et l’échappement de la  langue, qu’il ne faut pas craindre de tenir avec force et sur laquelle, il faut « tirer hardiment. » 

Il serait néanmoins exagéré d’attraper le noyé par la langue pendant qu’il est encore dans l’eau et de chercher à l’en extraire comme un simple barbillon, en le tirant par cet organe articulatoire. Il n’aurait même pas la ressource de crier : « Oh là ! mais vous me faites mal ! » 

Enfin, si quelqu’un, sous prétexte qu’il a trop bu au cours d’une immersion, refuse de revenir à la vie, conseillez-lui de tirer la langue, aidez-le à ce faire, et ne négligez pas pour cela les autres moyens, élévation rythmique des bras, etc. Mais gardez-vous de le pendre par les pieds, tous les. noyés qui en sont revenus ont dit que ce traitement leur avait été peu agréable.

M. Champimont. ED. L. Boulanger. Paris, 1892.
Peinture : Alfred Guillou.

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Chien et chat

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port-dieppe

Le Journal de Dieppe rapporte un acte de sauvetage accompli par un chien de Terre-Neuve A Dieppe. 

C’était jour du Mardi-Gras, vers onze heures du matin, un chien de Terre-Neuve poursuivait un chat. Ce dernier ne trouva d’autre moyen, pour se soustraire à cette poursuite, que de se jeter dans l’avant-port, en face de la poissonnerie. Mais le chien, obéissant A son instinct, se précipite dans le port pour sauver la victime. Celle-ci, qui ne paraît pas comprendre les intentions du Terre-Neuve, l’accueille à coups de griffes, de sorte que le sauveteur est obligé de le happer pour l’amener  à bord d’une barque. Les matelots de cette barque rejetèrent le pauvre chat dans le port, et le chien, toujours dévoué, se jeta à l’eau après la victime, et parvint à la sauver une seconde fois. 

Chien et chat, de nouveau sur le pont de la barque, eurent une altercation qui fut fatale au malheureux chat. Celui-ci, exaspéré par les tribulations qu’il subissait depuis quelques instants, donna quelques coups de griffes à son sauveur, qui, outré de cette ingratitude, étrangla son protégé sans autre forme de procès. 

« Le Journal de Dieppe. » 1869.

Le mystère et la légende de la Marie Céleste

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charles-temple

Je crois bien qu’on ne saurait trouver une plus mystérieuse aventure. Contentons-nous de rappeler, aussi brièvement que possible, les faits. Ils se suffisent à eux-mêmes. Voici donc :

Le 2 septembre 1872, un splendide vaisseau, la Marie-Céleste, quitte le port de New York, toutes voiles dehors, à destination de Gênes. Il y a à bord le capitaine, un certain Benjamin Griggs, sa femme, sa fille, huit hommes d’équipage (dont un marin faisant fonction de second : Henri Bilson), enfin deux passagers. Les gens superstitieux ne manqueront pas de frémir en considérant ce total : oui, mon Dieu, oui, il y avait treize personnes à bord !

Les jours passent, les mois. Aucune nouvelle de la Marie-Céleste. Le capitaine Griggs n’en était pas à son premier voyage, il avait la réputation d’être un marin prudent, expérimenté, sérieux. L’armateur du voilier continuait à ne pas s’inquiéter. Au reste, quatre mois de navigation pour traverser l’Atlantique ne paraissaient pas, à cette époque, quelque chose de vraiment anormal. En vérité, ce, furent les premières nouvelles qu’on eut de la Marie-Céleste qui devaient faire frémir ses propriétaires. Elles consistaient en une dépêche, envoyée le 9 février 1873 par le consul américain à Gibraltar aux propriétaires du brick. Et que disait cette dépêche ? Elle signalait que, le 3 janvier, un petit voilier anglais, le Dei-Gratias, commandé par le capitaine Morhouse, avait rencontré en plein océan la Marie-Céleste, que la navigation de cette dernière avait attiré l’attention, que des signaux avaient été adressés au voilier, étaient restés sans réponse, que finalement une barque avait été détachée du Dei-Gratias, avait réussi à aborder le trois-mâts et que les marins anglais, montés à bord, avaient eu la stupeur de ne trouver, sur la Marie-Céleste, aucune trace d’homme vivant.

Le problème était exactement posé : personne à bord de la Marie-Céleste, et (c’est ici que les choses s’enveloppent de mystère) et cependant le bateau était resté en parfait état. On ne relevait aucune trace d’avarie, mieux, on ne relevait à bord aucune trace de dispute, de rixe, d’émeute, de drame. Le capitaine Morhouse avait fait la seule chose qui était en son pouvoir : il avait ramené le voilier au port le plus proche : Gibraltar, et avait rédigé son rapport.

L’enquête, on le pense bien, ne s’en tint pas là. Gibraltar connut des heures terriblement émouvantes : qu’étaient devenus les treize passagers de la Marie-Céleste ? Accident ? Un accident, aussi, si l’on peut dire, collectif, était vraiment bien improbable. Crime ? De qui, et pourquoi ? Quel bénéfice le ou les criminels avaient-ils bien pu retirer de leur crime ? Tout était intact à bord. Pas trace de pillage. L’ordre le plus parfait. Et pas la moindre goutte de sang.

Bien mieux : il semblait que l’équipage, le capitaine, sa famille, les passagers eussent quitté le navire depuis quelques minutes à peine. Sur la table du capitaine, un œuf était placé dans un coquetier, la coquille à demi-brisée. Mieux encore : quand le capitaine Morhouse aborda le vaisseau, il constata que, les fourneaux de la cuisine, éteints, étaient encore chauds et que, dans la cabine des passagers, deux tasses étaient pleines d’un thé resté tiède. Les sacs de l’équipage étaient parfaitement à leur place, rien n’y manquait. La soute aux vivres était pleine, rangée. Dans le salon, sur l’harmonium, une partition était ouverte. Des jouets d’enfant traînaient sur le pont. Enfin, au haut d’une armoire, dormait paisiblement, seul être vivant à bord, un petit chat noir.

Le livre de, bord, il est vrai, était arrêté à la date du 4 décembre et (seule note qui parût se rapporter au mystère) sur l’ardoise du maître d’équipage, au-dessous d’une note de service, étaient inscrits ces mots : « Etrange, ma chère femme ! »

Tels étaient les faits. Tels sont les faits. Car l’énigme n’a pas été percée. En vain, les meilleurs policiers anglo-américains, en vain les maîtres du roman policier (Conan Doyle en tête) s’efforcèrent-ils de percer le mystère. Les seules explications auxquelles parvinrent les romanciers ne tenaient pas debout : Conan Doyle supposait qu’un mulâtre, d’une force extraordinaire, avait successivement jeté par-dessus bord ses douze compagnons de voyage, par haine de la race blanche, puis s’était suicidé, en les suivant.

La seule solution sensée (mais en ces matières sensé ne veut pas dire vrai) vient d’un écrivain anglais : il y aurait eu complicité du navire Dei-Gratias. Morhouse et Griggs, d’accord, auraient trouvé un ingénieux moyen de se partager la prime de sauvetage accordée à tout capitaine de bateau qui ramène au port une épave. Et, en effet, la Marie- Céleste était devenue la propriété des marins du Dei-Gratias.

Mais cette explication suppose le silence total, durant de longues années, d’une telle quantité de complices ! N’est-ce pas, cela, aussi, bien invraisemblable ?

La Robertie. « Almanach des coopérateurs. » Limoges, 1932.
Peinture : Charles Temple.

Am, stram, gram

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nacelle

On sait que trois officiers belges qui montaient un ballon, l’Argus, perdu eu pleine mer, n’ont dû leur salut qu’à la rencontre du Warrior, vapeur anglais, qui les a recueillis et ramenés à Dunkerque.

Voici un détail émouvant que donne le Journal de Roubaix :

« Au moment où le Warrior vint en vue des voyageurs aériens, ceux-ci se disposaient à tirer au sort lequel d’entre eux devait se laisser tomber dans la mer pour sauver au moins momentanément ses compagnons, en permettant au ballon de se soutenir encore sur l’eau. »

« La Revue des journaux et des livres. »  Paris, 1887. 
Image d’illustration.

Les éléphants sauveteurs

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éléphantCombien justifiées sont les objurgations de nos explorateurs qui voudraient qu’on utilisât l’éléphant domestiqué dans nos possessions d’Afrique.

Dans l’Inde, cet intelligent animal rend les plus précieux services. Non seulement on l’utilisait jusqu’ici pour une foule de travaux, mais on vient d’avoir recours à sa force et à sa taille pour assurer le sauvetage d’une foule de malheureux atteints par les inondations qui désolent l’Inde depuis quelque temps.

De pauvres gens réfugiés dans les arbres ou sur les toits de leurs maisons ont été préservés de la mort, grâce à des éléphants qu’on amena jusqu’à eux et qui les tirèrent de leur dangereuse position.

Or, tandis que les Anglais, dans leurs possessions d’Asie, tirent un si merveilleux parti de l’éléphant, nous autres, dans nos colonies africaines, nous laissons imprudemment détruire la race de ce précieux animal.

Pourtant, le général Faidherbe le grand précurseur de la colonisation française en Afrique, avait préconisé la domestication et le dressage de l’éléphant.

Mais on a oublié ses enseignements. Déjà l’Afrique du Sud a vu disparaître le grand pachyderme. Seul, le centre africain possède encore des éléphants, mais, du train dont y vont les chasseurs d’ivoire, la race est destinée à s’éteindre prochainement si on ne se décide à y mettre bon ordre.

« Le Petit Journal illustré. » Paris, août 1913.

 

Le chapeau sauveteur

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Gustave-Caillebotte

Nous trouvons dans le Journal officiel la description d’un appareil de sauvetage très-curieux. Bien que découvert en 1806, il a été peu employé, croyons-nous, et il pourrait presque passer pour une nouveauté originale.

M. Lawson en recherchant les meilleurs moyens de venir en aide aux personnes en danger de se noyer, a examiné quels sont les objets pouvant servir d’appareil flotteur qu’en pareil cas on peut le plus facilement avoir sous la main; et il est arrivé à cette conclusion que la légèreté d’un chapeau ordinaire, renversé sur l’eau, répond dans une grande mesure à ces conditions. En effet, un chapeau ainsi renversé peut être chargé d’un poids de près de cinq kilogrammes avant de couler, ou, à coup sûr, d’un poids de quatre kilogrammes; or, comme le corps d’un homme est à peu près du même poids que l’eau un objet flottant pouvant supporter un poids de quatre kilogrammes l’empêchera d’aller au fond.

Pour rendre le chapeau, plus conforme au but qu’on lui assigne et l’empêcher de se remplir promptement d’eau par accident, M. Lawson recommande d’en couvrir l’orifice avec un mouchoir solidement attaché à la couronne, et il ajoute qu’un chapeau ainsi préparé peut permettre même à une personne ne sachant pas nager de venir en aide à quelqu’un qui se noie.

« Musée universel. »   A. Ballue, Paris, 1873. 

Matelot Volney Beckner

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nageur

Volney Beckner était fils d’un pauvre matelot irlandais : on devine aisément quelle fut l’éducation de cet enfant, destiné à passer, comme son père, sa vie entière sur un navire.

A peine put-il marcher, qu’on le mit dans l’eau et qu’on lui apprit à nager. Son père aimait à le prendre dans ses bras et à se précipiter avec lui au sein des flots; puis il le hissait sur les vergues du navire, et le forçait à s’y tenir debout et ferme pendant la tourmente ; une autre fois il lui enseignait à grimper après les cordages, à parvenir au haut des mâts, à se précipiter ensuite à la mer. A peine âgé de six ans, le jeune Volney Beckner nageait comme un poisson et grimpait comme un singe : deux facultés précieuses pour un petit mousse qu’il était.

Comme fils de matelot, il fut incorporé jeune encore dans la marine anglaise. Il n’avait encore que douze ans, ce brave petit pilotin, quand il s’immortalisa par la belle action que nous allons raconter.

Il était à bord du navire la Danaé; qui venait du Port-au-Prince en France. Il y avait sur ce vaisseau, comme passager, un riche Américain, avec sa fille unique, jeune et blonde enfant de dix ans. Cette jeune fille, comme tous les enfants élevés sur les côtes de la mer, aimait à voir le spectacle grandiose des phénomènes maritimes. Ce jour-là, la mer avait été calme, polie comme un lac glacé, la brise était douce et fraîche; c’était un spectacle ravissant que cette immensité si majestueuse; la pauvre enfant s’y plaisait. On était sur la fin du jour; le soleil disparaissait à l’horizon, projetant au loin des teintes roses.

Tout à coup, la mer se plaît à ces changements subits et imprévus, ce calme muet et solennel est interrompu par un bruit lointain. Une épaisse fumée se lève à l’horizon, grise, sombre; elle approche rapide et menaçante; les matelots, accoutumés à deviner la tempête, crient à la petite Américaine de quitter le pont; mais, sourde à leur voix, elle restait immobile, contemplant avec extase cette tempête qui s’approchait.

Cependant la mer se couvrait de moutons; des rafales brèves soulevaient les flots, qui, sous la forme de collines mobiles, venaient follement éclater en mille pièces étincelantes contre le navire, et inondaient le pont. La petite fille, loin d’être effrayée , se jette volontiers au-devant de cette pluie. Les matelots, occupés à la manœuvre, l’avaient oubliée; soudain un fort mouvement de tangage fait pencher le vaisseau avec violence. L’enfant, peu habituée à ces mouvements brusques, perd l’équilibre, pousse un cri et disparaît sous les ondes furieuses.

Heureusement ce cri a été entendu, un matelot a vu la robe brune de cette enfant à travers l’écume des vagues blanchissantes; à l’instant il s’élance après la jeune imprudente; il plonge dans cette immensité. Pendant quelques minutes l’équipage attentif n’aperçoit ni le matelot ni la jeune fille. L’Américain, le pauvre père, est là sur le pont, immobile et comme pétrifié, sondant d’un œil avide la profondeur des flots. Bientôt un point noir s’aperçoit; c’est le matelot, soutenant entre ses dents la petite fille; il nage avec courage, il lutte avec succès contre les flots. Quel est ce nageur intrépide ? personne ne le sait ; il s’est précipité dans la mer avec la rapidité de l’éclair; pas un seul ne l’a reconnu. Cependant le jeune Volney Beckner, voyant la marche de cet audacieux nageur, a bientôt compris que ce ne pouvait être que son père. Il le suit de l’œil avec inquiétude, prêt à s’élancer dans les eaux et à lui porter secours s’il le voyait faiblir; mais le vieux matelot est dans son élément et se joue de la tempête. 

Cependant bientôt il décline de la ligne droite qui devait le conduire au navire et décrit une courbe. Un instant après, on voit apparaître non loin de lui la gueule monstrueuse d’un requin. Volney a compris le danger, et tandis que tout s’agite sur le pont, que les plus braves n’osent affronter la tempête et l’animal vorace pour secourir leur camarade, que le père de la petite fille se désole et pousse des cris de désespoir, le jeune pilotin a saisi un sabre, l’a mis dans ses dents, et s’est jeté silencieusement à la mer. Bientôt on le voit se diriger hardiment vers le monstre; mais celui-ci approche de sa proie; encore quelques instants, et il engloutit le matelot et la jeune Américaine. Tout à coup on voit ce monstre plonger avec fureur; des teintes rouges se mêlent à l’eau blanche des flots : c’est le jeune Volney qui s’est glissé sous le requin et lui a enfoncé son sabre dans le ventre. L’animal lâche alors sa première proie et s’élance après son agresseur.

nageur

Beckner le père arrive bientôt au navire et rend à un père éploré sa fille, qu’il croyait à jamais perdue. Mais quel n’est pas son désespoir en voyant son propre fils courir les dangers auxquels il vient lui-même d’échapper. Cependant le jeune pilotin, voyant son père sauvé, nage directement dans la direction du navire. Le requin, blessé et perdant son sang, le suit avec mollesse, et cependant de très près ; enfin, après une cruelle et longue inquiétude, un cri de joie est unanimement poussé par l’équipage témoin de cette longue et inégale lutte.

Le jeune Beckner est aussi sauvé; il a saisi le cordage qu’on lui a jeté, il s’y cramponne, et on le tire avec vigueur. Mais le requin n’a pas perdu de vue sa proie; on le croyait loin; il n’avait fait que plonger pour prendre un plus vigoureux essor; il s’élance avec fureur après son ennemi, qui déjà était à quelques pieds au-dessus des eaux; il l’atteint, le saisit par le milieu du corps, et sépare en deux cet intrépide et malheureux enfant.

« Vies des enfants célèbres de tous les temps et de tous les pays. »   J. Caboche-Demerville, Librairie pittoresque de la jeunesse. Paris,1844