scène

Fou rire

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Une question amusante ? Eh bien ! tenez, en voici, une, amusante par le sujet et par le milieu. J’ai demandé à  Mistinguett si elle avaient eu le fou rire sur scène, et pourquoi. Voici ce que m’a conté l’artiste dans sa loge :

On l’a si souvent, nous confie l’audacieuse fantaisiste… Un des plus récents dont j’ai souffert, car on souffre véritablement, m’est arrivé….par ma faute. Je jouais, avec Boucot, un rôle de marchande de paniers… A la fin du sketch, nous faisions tous deux une pirouette et tombions, assis, chacun dans un panier ouvert par terre… Un soir, Boucot avait garni le mien d’une espèce de gélatine glacée… Brr !… Quelle impression !… Mais le lendemain, au lieu de placer, comme je le devais, une bouteille de Champagne à côté du panier prêt à recevoir Boucot… je me trompai et mis la bouteille debout dans le panier… La bouteille était plus haute que le panier. Nous jouons notre scène.., Nous tournons…, une, deux, et trois… Boucot sur la bouteille… J’ai cru mourir de rire ! Lui, depuis, il ne peut plus entendre parler de champagne…  

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Les ambassadeurs

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ambassadeurs-japon.

Les ambassadeurs japonais visitèrent Paris en 1863. Ils étaient pilotés par M. Aubaret, capitaine de frégate, que l’Empereur avait mis à leur disposition. Ces messieurs étaient sur le point de partir lorsqu’on se rappela qu’ils n’avaient pas encore vu l’Opéra.

On s’empressa de leur offrir une représentation charmante : le Comte Ory commençait la soirée, qui devait être terminée par le ravissant ballet Diavolina, que Mlle Mourawief dansait d’une si gracieuse manière. Les Japonais étaient ravis. Le prince qui se trouvait parmi eux et qui n’avait que dix-neuf ans, ne quitta pas des yeux la scène. Et comme à la fin du spectacle on lui demandait la chose qui l’avait le plus frappé, de la musique européenne ou des entrechats de la première danseuse du monde, il répondit d’un air rêveur (en japonais s’entend) :

Je n’ai pas fait attention !
— Comment ! mais vous regardiez cependant bien attentivement ?
— Oui… Dites-moi, je vous prie, comment s’y prend le musicien de l’orchestre, qui avale du cuivre pour le rejeter ensuite avec tant de facilité et sans que cela paraisse lui faire mal ? Il m’a fort intrigué. C’est lui que j’ai regardé tout le temps.

La chose qui avait le plus frappé, dans une représentation à l’Opéra, son altesse le prince Ti-ché-fa-yo-no-Kami (ils sont tous No-Kami dans ce pays-là) c’était le trombone.

« L’Album photographique universel : journal bijou : paraissant tous les dimanches. » Bordeaux, 1865.

 

Les bons et les mauvais vers

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arnal

Le poète-acteur Etienne Arnal, dans les rôles de Jocrisse, fit les délices des Parisiens au temps de Louis-Philippe. Il ne se payait pas d’illusions sur la gloire poétique. Mais la naïveté du public l’exaspérait.

Il paria un jour qu’il serait applaudi sur la scène en récitant les vers les plus plats et les plus ineptes. Il composa donc le quatrain le plus stupide qu’il put et, au moment fixé, s’avança vers le public, prit un temps, et de sa voix la plus chaude lança ces vers :

Jamais la peur ne fut de la vaillance,
Mille revers ne font pas un succès :
La France enfin sera toujours la France
Et les Français seront toujours Français…

Il avait à peine fini que la salle éclatait en un tonnerre d’applaudissements. L’acteur dut redire et redire encore ses vers et il pensait en lui-même :

« Donnez-vous donc du mal pour faire de bons vers : on ne les lira pas ! »

« Revue belge. »    J. Goemare, Bruxelles, 1926.

Une choriste hypnotisée sur scène

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hypnotisme

Il est des acteurs qui obtiennent des effets de scène inattendus et bien supérieur à ce qu’ils ambitionnent. Voyez plutôt ce qui vient de se passer dans un théâtre de Reims.

On jouait une pantomime à grand spectacle, le Petit Chaperon rouge. Un hypnotiseur simulé, sans aucune prétention d’ailleurs, exécutait, pour amuser le public, des passes magnétiques. Et toute la salle s’intéressait à la parodie fort adroitement exécutée de certaines expériences connues.

Tout à coup, une jeune artiste qui était en scène, Mlle Marie Châtel, âgée de dix-neuf ans, tomba en catalepsie : raide comme une barre, elle tomba dans les bras d’une actrice placée à côté d’elle. Sans le vouloir, l’hypnotiseur pour rire l’avait endormie pour de bon.

On juge de l’émoi du public. On raconte que malgré les soins très énergiques d’un médecin expérimenté, appelé aussitôt par le directeur du théâtre, on ne put arriver à réveiller la jeune artiste avant quatre heures du matin. Il est fort admissible que Mlle Châtel se soit endormie sous une influence d’auto-suggestion, c’est-à-dire s’hypnotisant elle-même et non par la volonté du faux magnétiseur. Le cas est, en tout cas, très rare, unique peut-être, et trop curieux pour ne pas être signalé.

« Le Petit Journal. »  Paris,1902