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Sans-abri

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sans-abriD’après les lois françaises, chaque citoyen doit avoir un domicile. Questionné par un représentant de l’autorité, il est obligé de donner son adresse exacte. Au cas où il n’habiterait nulle part, il peut être arrêté et livré à la justice, sous l’inculpation de vagabondage.

Les lois ont été faites par des législateurs. Ils étaient persuadés que les Français sont un peuple civilisé, et auraient donc un domicile fixe. Il y a bien des choses qu’ils n’ont pas prévues. Ils n’ont prévu ni la crise mondiale, ni la suite dans les idées des propriétaires. Evidemment, il n’y a pas un agent à Paris à qui ça viendrait à la tête de demander leur adresse aux centaines de clochards qu’il voit dans les rues.

L’adresse ? Elle change. Les sans-abri dorment dans différents en-droits. Ils dorment sur les bancs et sur les trottoirs, sous les arcades des marchés et sous les ponts de la Seine,  dans les escaliers du métro et sur les fortifications. Ils dorment partout où seulement il y a moyen d’étendre son corps fatigué. Ils dorment assis aussi, d’un lourd sommeil tendu. Pendant les nuits froides d’hiver, ils essayent de se réchauffer près des escaliers du métro : une valeur tiède monte d’en bas. Parfois, ils tombent exténués sur le trottoir; les passants les évitent comme une flaque d’eau. Ils rôdent autour des marchés et des gares de marchandises : peut-être les embauchera-t-on pour décharger un wagon ? Ils ramassent sur le marché pommes de terre et pommes pourries. Ils attendent la pluie avec espoir et effroi. Quand à Paris il tombe de la neige, c’est une catastrophe. Pas mal de gens meurent aussitôt de froid. Mais quand il tombe de la neige, on embauche les chômeurs pour enlever la neige des rues. Ils cherchent du travail; ils défendent leur vie. Puis, ils se couchent sur la pierre ou le bois. Puis, ils meurent. Alors, ils ont enfin une adresse exacte.

Paris, autrefois, s’appelait Lutèce. Ses armes portent un navire avec des rameurs. La ville naviguait à travers les siècles. Aussi, jusqu’à aujourd’hui, peut-on sentir dans la nuit profonde que l’air de Paris est salin, la mer est tout près. Mais, maintenant, ce n’est plus la mer; ce sont tels et tels ports; des bateaux américains y entrent.

Paris s’appelle aussi Paname. Ce n’est ni un musée, ni un cimetière : c’est une grande ville, qui veut vivre. Mais vivre n’est possible que quand le soleil est au zénith, quand les yeux des hommes sont mûrs et volontaires.

Ainsi vivent les villes d’un équinoxe à l’autre. Les villes jeunes sentent la chaux. Elles sont affairées. Elles ne savent pas s’amuser encore. Tout y est encore sans harmonie, sans intimité. Elles ne sont pas faites pour le bonheur; elles sont faites pour la vie; elles commencent seulement à vivre. On ne peut pas vivre longtemps; on peut seulement longuement terminer de vivre son dû. Alors, les rêves commencent à ressembler aux souvenirs. Alors dis- paraît la notion du temps, et l’homme, pendant des heures, regarde au loin, croyant que cela ne dure qu’un court instant. D’habitude, les gens meurent ainsi. Peut-être est-ce ainsi que meurent aussi les villes.

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Ilya Ehrenbourg. « Regards. » Paris, 1934.
https://fr.rbth.com/histoire/81303-ilya-ehrenbourg-ecrivain-prediction.
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Un simple être humain

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Ancien SDF, Jean-Pierre, devenu agent immobilier, aide les plus démunis à se loger.

Famille difficile, environnement destructeur, Jean-Pierre Boudhar s’est battu toute sa vie. Aujourd’hui, cet homme à la tête d’Immoclef, qui regroupe six agences immobilières dans la région lilloise, aide les SDF à rebondir en les logeant à prix modique dans deux de ses immeubles.

La vie de Jean-Pierre Boudhar n’a pas toujours été facile…

Suite dans l’article de Aurélia Jakmakejian :

http://edito.seloger.com/actualites/france/ancien-sdf-jean-pierre-devenu-agent-immobilier-aide-les-plus-demunis-se-loger-article-15787.html?cmp=PA0180&typage=566983