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Familiarité intempestive

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le-Temple-de-la-Gloire

Voltaire, pour complaire à Madame de Pompadour, avait composé, en l’honneur des victoires de Louis XV, au retour de la guerre des Pays-Bas, un ballet intitulé le Temple de la Gloire.

Ce ballet héroïque où le roi était désigné sous le nom de Trajan fut exécuté par des seigneurs et dames de la cour. Les rangs étaient confondus, et dans ce jour l’on semblait avoir banni toute étiquette. Voltaire se trouvait placé dans la logo royale, derrière Sa Majesté. Sur la fin de la pièce, et dans un moment d’enthousiasme provoqué en lui par son propre ouvrage, l’auteur du ballet saisit dans ses bras celui qui on était le héros, en s’écriant :

« Eh bien ! Trajan, vous reconnaissez-vous là ? » 

A l’instant le spectacle est interrompu, des gardes s’emparent de l’irrévérent et le conduisent en lieu de sûreté. Mais le mouvement était trop flatteur pour que celui qui en avait été l’objet ne fit pas grâce à celui qui avait pu croire que la composition d’un ballet était un brevet de familiarité auprès d’un puissant roi.

« Musée des familles. »  Paris, 1897.

Seigneurs et vilains

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La façon cavalière dont certaines communes traitaient leur seigneur et ses représentants au xvui* siècle (Beaufort, Villers-sire-Nicole, Louvroil, etc.) n’était pas générale et, si l’on s’en rapporte à l’historien d’Etroeungt, les moeurs féodales étaient encore singulièrement barbares, il y a 150 ans (ce texte fut édité en 1898), entre Avesnes et La Capelle.

«la_croix_joseph_petit En parcourant le chemin rural de Montreuil, lorsque vous arrivez aux confins du territoire d’Etroeungt, vers la limite de la Rouillies, vous voyez à votre gauche, au pied d’une haie d’épines, une croix en pierre calcaire bleue, haute d’environ un mètre cinquante. Elle porte cette inscription: « Ici malheureusement a esté tué d’un coup de pistoulet, Joseph Petit, âgé de vingt-sept ans, le 27 de septembre 1732. Priez pour lui. Il était à son travail dans un pré bordant le chemin et avait à ses côtés un tout petit chien, remarquable par sa taille minuscule. Un cavalier vint à passer, c’était le seigneur de Monplaisir. L’animal aboya, poursuivant te cheval. Le seigneur furieux saisit un pistolet dans les fontes de sa selle. Joseph Petit s’était élancé, rappelant le roquet et suppliant le noble homme de ne pas tuer sa bête; mais le sire de Monplaisir lui répond: « Ce n’est pas ton chien que je vais tuer, c’est toi, pour l’apprendre à le tenir. » Le coup de feu part, Petit tombe, et, un instant après, il rend le dernier soupir. Quant au meurtrier, il n’arrêta pas sa marche. »

« Le seigneur de Floyon avait fait l’acquisition d’une superbe carabine, qu’il chargeait tout en l’admirant, Pour vérifier la justesse du tir de la nouvelle arme, il ouvre la fenêtre et cherche un but. A quelques pas, il voit un ouvrier, nommé Delvaux, occupé à réparer un toit en chaume: la cible est trouvée. Il vise, presse la détente et le malheureux paysan route sur lui-même et tombe sur le sol qu’il ensanglante de ses blessures. Il était mort. » L’auteur à qui nous empruntons ces faits laisse entendre que les assassins ne furent point inquiétés. Mais ce qui est sûr, c’est qu’ailleurs les paysans n’eussent point attendu la descente du grand bailli ou du prévôt royal pour exiger la punition du meurtrier: celui-ci ne fût probablement pas sorti vivant de leurs mains.

« La vie dans le nord de la France au XVIIIe siècle. »  René Minon, E. Lechevalier, Paris, 1898.