sentence

Blâme

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justice.

Cette petite anecdote a été racontée par l’abbé Galiani :

Un cocher inculpé pour tromperie, dirons-nous, fut condamné à la peine du blâme. Le juge prononça la sentence habituelle :

— Au nom du roi et de la loi, je vous blâme et vous déclare infâme.
— Hélas ! monseigneur, je ne pourrai donc plus conduire mon carrosse ? chouina le cocher.
— Rien ne vous en empêche, rétorqua le juge.
— Mais alors je m’en f… lança le cocher.
— Et moi aussi, dit le juge en s’en allant.

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L’automate

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squelette

Au temps où l’on brûlait les sorcières, pour les punir de leurs coupables pratiques, on livrait aussi quelquefois aux flammes, des hommes dont l’intelligence produisait des œuvres qui, ne pouvant être comprises du vulgaire, étaient considérées par lui comme inventées par le génie du mal.

M. Fétis, dans sa Biographie des musiciens, rapporte qu’un mécanicien d’Aix, en Provence, nommé Allix , avait introduit dans un squelette un mécanisme qui permettait à ce squelette de répéter sur une guitare, un air que ledit Allix venait de jouer sur la sienne.

Ce concert étrange, ajoute le biographe, causa de la rumeur parmi la population superstitieuse de la ville d’Aix. Allix fut accusé de magie, et le parlement fit instruire son procès.

Jugé par la chambre de la Tournelle, il ne put faire comprendre que l’effet merveilleux de son automate n’était que la résolution d’un problème mécanique.

L’arrêt du parlement le condamna à être pendu et brûlé en place publique, avec le squelette complice de ses sortilège.

La sentence fut exécutée en 1664.

« Dictionnaire des superstitions erreurs préjugés et traditions populaires. » Adolphe de Chesnel, 1856.

Attendez-moi sous l’orme

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proverbe

L’expression proverbiale répond à cette idée : Le rendez-vous que vous me donnez m’est déplaisant et je ne m’y rendrai pas. Or le type des rendez-vous désagréables est une assignation qui nous appelle à comparaître devant le juge. C’est certainement à celui-là qu’on fait allusion dans l’origine.

Car autrefois les juges de village rendaient leurs sentences debout, sans rocking chair rembourré à l’envi, sous l’orme planté devant l’église ou au carrefour, n’ayant pas de  siège, d’audience particulier. Quelquefois c’était à la porte des maisons des nobles, sous un arbre planté devant le manoir seigneurial. On les appelait les plaids de la porte ; et comme il y avait d’ordinaire un orme à cet endroit, on a dit des premières assignations données en justice : Attendez-moi sous l’orme.

Ce proverbe s’emploie donc pour désigner un rendez-vous désagréable, ou pour donner un rendez-vous où l’on n’a pas l’intention de se trouver. Un peu comme on rechigne allègrement à l’invitation d’un couple d’amis au spectacle commis à la kermesse du village par la petite dernière…

Regnard en a fait le titre d’une de ses comédies, où nous le retrouvons à la dernière scène :

Attendez-moi sous l’orme,
Vous m’attendrez longtemps.

De nos jours, on n’attend plus sous l’orme qu’au figuré. Ou alors n’y rencontrera-t-on qu’un lapin sournoisement sacrifié…

Inspiré d’un article publié dans : « Le conteur vaudois : journal de la Suisse romande. »  1892.

La liberté de la presse

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tribunal-mandarin

Il y a encore des progrès à accomplir en Chine pour ce qui touche à la liberté d’écrire. Nous trouvons dans le Paris des renseignement curieux à cet égard; Un lettré chinois nommé Wangse-Heou, ayant commis l’imprudence d’altérer légèrement certains passages d’un dictionnaire, fut aussitôt traduit en justice et les juges prononcèrent la sentence en ces termes :

Nous trouvons :

1° Que Whangse-Heou a osé s’occuper du grand Dictionnaire de Khanghi, poussant l’audace jusqu’à altérer quelques paroles de cette oeuvre sublime;

2° Dans la préface du livre de Whangse-Heou, nous avons vu avec horreur qu’il a osé mentionner les noms de la famille primitive de Confucius. Cette témérité nous a fait tressaillir ; 

3° Dans la généalogie de sa famille et dans la poésie, Whangse-Heou assure descendre des Wsang-See.

Nous déclarons donc Whangse-Heou coupable de haute trahison et prononçons la sentence suivante :

Selon les lois de l’Empire, un tel crime mérite une peine sévère. Le coupable sera écartelé, ses biens confisqués, et ses fils et parents ayant dépassé seize ans subiront la peine de mort; ses femmes et ses fils âgés de moins de seize ans seront exilés et cédés comme esclaves à un grand de l’Empire.

Dans sa haute clémence, l’empereur a bien voulu (ainsi que le dit un document officiel) « favoriser Whangse-Heou dans l’application de la peine. Il ne sera pas écartelé, il aura tout simplement la tête tranchée. Quant à ses fils, ils seront réservés pour la grande exécution qui aura lieu en automne. »

Sous un tel régime, il ne doit pas faire bon rédiger des journaux d’opposition.

« La Revue des journaux et des livres. » Paris, 1885.

Image d’illustration.