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Déserteur involontaire

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Un détachement du corps de Davout occupait l’île de Rugen. L’ordre arrive de l’évacuer à l’instant, et l’on s’embarque avec tant de précipitation, qu’on oublie un factionnaire.

Celui-ci, après s’être promené ponctuellement de long en large pendant deux à trois heures, perd enfin patience et retourne au poste, qu’il trouve vide. Il s’informe et apprend avec désespoir ce qui s’est passé.

« Mon Dieu! je vais être porté comme déserteur, perdu, déshonoré. » 

Ses cris touchent de compassion un honnête artisan qui l’emmène, le console, l’héberge, et au bout de quelques mois lui donne en mariage sa fille unique. Cinq ans après, on signale une voile. Les habitants accourent, on reconnaît les uniformes de la grande armée. — C’est fait de moi,  s’écrie d’abord l’heureux époux de la jolie Marguerite.

Cependant, une idée subite lui rend courage. Il court au logis, revêt son uniforme, saisit ses armes, revient sur le rivage et se pose en sentinelle au moment même où les Français vont débarquer.

Qui vive ? s’écrit-t-il d’une voix tonnante.
Qui vive vous même ? répond-on du bâtiment. Qui êtes-vous ?
Factionnaire.
Combien y a-t-il de temps que vous êtes en faction ?
Cinq ans. 

Louis Nicolas d’Avout rit beaucoup de l’à-propos et fit délivrer un congé en bonne forme à son déserteur involontaire.

« Encyclopédie populaire : journal de tout le monde. »  Paris, 1856.

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Discipline militaire

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Le public ne connaît qu’imparfaitement les règles de la discipline militaire auxquelles sont soumises les troupes casernées à la Tour de Londres. Une cérémonie plaisante est celle qui a lieu tous les soirs pour la fermeture des portes.

Le gardien, les clefs en main , se met en marche accompagné de douze hommes commandés par un sergent et un caporal. Chaque sentinelle, comme il est d’usage, crie :     

— Qui vive ?
Le gardien répond :
les clefs !
Quelles clefs ?
Les clefs de la reine Victoria.
Clefs de la reine Victoria, passez ! dit la sentinelle.

L’escorte continue sa route.

A Spurgate, le sergent et son escorte s’alignent et saluent les chefs en présentant les armes. Le gardien se découvre respectueusement et s’écrie :

Dieu bénisse les clefs de la reine Victoria  !
Amen! répond la garde.

La cérémonie se termine là.

Il y a quelque temps un grenadier écossais schismatique fut jeté au cachot, et y resta trois jours, parce qu’il avait refusé de prendre part à la prière. Le soldat disait pour se justifier qu’il voulait bien bénir la reine de tout son cœur , mais que sa conscience ne lui permettait pas de bénir les clefs de la Tour.

« Le Crime : almanach des cours d’assises pour l’année 1846. » Hinzelin et Cie, Nancy, 1846.

Sentinelles et patrouilles

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Un officier de la garde aimait Catherine de Russie sans oser le lui dire. Un jour que l’impératrice passait près de lui dans la cour du palais, il détourna les yeux pour les reporter avec tendresse sur une petite fleur qui croissait entre les pavés. Catherine comprit et fut touchée. Elle en donna la preuve en faisant placer une sentinelle au milieu de la cour, pour garder la fleur. Soixante-quinze ans après la sentinelle y était encore. C’est l’empereur Nicolas qui la fit relever.

En 1871, un conseil de guerre siégeait au Mont-Valérien. De la gare de Suresnes à la citadelle, la distance n’est pas très grande. Pendant le trajet, quelques officiers furent violentés, insultés. C’était le soir. Ordre fut donné immédiatement qu’à partir de la tombée de la nuit, quatre hommes et un caporal, ornés d’une lanterne, se rendraient tous les jours à l’arrivée de chaque train venant de Paris, pour, en cas de besoin, prêter main-forte aux officiers et faire respecter l’épaulette.

Nous sommes en 1887, les choses n’ont pas changé.

Depuis 1874, été comme hiver, qu’il fasse nuit noire ou pleine lune, quatre hommes et un caporal, ornés d’une lanterne, se présentent journellement à l’arrivée de chaque train qui vient de Paris. Et il y a des trains jusqu’à une heure du matin !

Les passants qui rencontrent cette patrouille illuminée s’en étonnent et se demandent : « Où va-t-elle ? » Le ministre de la guerre, s’il venait de nuit au Mont-Valérien, pourrait se poser la même question à son tour. Le voilà maintenant renseigné.

Ennuyeuse, humiliante pour ceux qui la font et souvent indiscrète pour ceux qui en sont l’objet, cette promenade quotidienne et nocturne n’a plus, depuis longtemps, de raison d’être. Nous ne doutons pas que le ministre de la guerre ne s’empresse de la faire cesser.

Officiers et soldats lui en seront reconnaissants.

« La Revue des journaux et des livres. »  Paris, 1887.