serpent de mer

Monstres remarquables

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serpent_de_merLa premier monstre marin qu’on ait vu est celui de Stronsay. Il fut projeté sur le rivage de l’Ecosse en 1808.

Patrick Neill, un naturaliste, arriva sur les lieux et mesura le monstre. Il atteignait 55 pieds de long et ne mesurait pas plus autour de la taille qu’un poney d’Orkeny. Il avait aussi une longue crinière. Quoique « la chose » eût été vue par beaucoup de gens, une grande controverse s’éleva quant à son origine. Certains disaient que c’était un serpent de mer, d’autres affirmaient, le contraire en disant que c’était un rabbitfish (poisson-lapin)ou un  basking shark (requin-pèlerin) !!! Quelques fragments du monstre marin furent envoyés au Scottish Muséum et s’y trouvent encore. 

Quarante ans après on parla du serpent de mer Doedalus, ainsi surnommé parce qu’il fut découvert par le capitaine, les officiers et tout l’équipage de la frégate anglaise Doedalus. On le vit pendant vingt minutes entre le Cap de Bonne Espérance et Ste Hélène. Le corps du monstre émergeait de l’eau de plus de 60 pieds et était visible de très loin. On calcula que la partie de l’animal qui se mouvait sous l’eau mesurait 40 pieds. Il voyageait à une vitesse de quinze milles à l’heure. Sa mâchoire était pleine de dents en forme de scie. 

Le serpent de mer le plus connu est le Valhalla. Deux savants MM. Edmund Meade Waldo et Michael John Nicoll  faisaient  une croisière dans les eaux du Brésil en 1905 sur le yacht de Lord Crawford, le Vaihalla. Ils virent un immense serpent dont le corps était d’un vert foncé. Son dos émergeait de l’eau de 6 pieds. Devant les « dentelures », on voyait trois pieds de son corps et un cou de 3 pieds de long. Le monstre avait une tête de tortue et un ventre blanc. 

Les experts furent incapable de dire la longueur totale de l’animal, mais ils virent une ombre noire derrière et sous la dentelure, ce qui suggérait une taille immense. Ils furent terriblement effrayés : leur mains tremblaient comme la feuille, et Lord Crawford dit que même s’ils avaient eu en leur possession des appareils à photographier ils auraient été incapables de prendre une photo, tant ils tremblaient de frayeur. 

Le 30 août 1913 (un samedi), le second officier du Corinthian assurait avoir vu un monstre remarquable. Il dit que la « chose » possédait des yeux bleus, criait comme un enfant, possédait un cou de 20 pieds, un corps de 50 pieds de long, de longues oreilles, et un magnifique museau, cinq grandes nageoire qui barraient. Le dessus de son corps était d’un brun tirant sur le jaune. l’officier qui vit cela était M. Bachelor. Il fit un dessin du monstre. 

Après la guerre de 1914/1918 d’intéressantes polémiques eurent lieu sur les monstres marins. Les journalistes qui croyaient aux serpents de mer, et ceux qui juraient en avoir vu, furent tournés en ridicule… 

« Le Madécasse. Journal indépendant, politique, littéraire et financier. » Tananarive, 1934.
Photo d’illustration réalisée sans trucage. 😀

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Dauphins, mystères et monstres

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carte maritimeOn lit dans l’United Service Journal les détails suivants sur les dangers de l’Océan. 

Il existe une espèce de dauphin du poids de deux ou trois tonneaux et d’environ seize pieds de longueur, qui s’amuse à sauter, ou plutôt à lancer sa masse énorme hors de l’eau, dans une position verticale, et retombe ensuite à plat sur le dos. Ce tour de force de la part d’un si gros poisson est presque incroyable, et nous prouve la puissance extraordinaire des muscles dans cette classe d’animaux. J’ai vu ces monstres s’élancer hors de l’eau à une distance de dix toises du vaisseau, le plus souvent le soir, et après avoir suivi en nageant toute la journée la ligne du bâtiment. Les marins, dans leur langage, disent que ces animaux ont quelquefois la fantaisie de danser une matelotte ou fricassée (hornpipe).

A un demi mille de distance, au coucher du soleil, ou immédiatement, après, il est facile de les prendre pour des pointes aiguës de rochers qui dominent la surface de la mer; et les éclaboussures et l’écume qu’ils produisent, ressemblent à l’action des vagues contre les rochers. Un officier de marine m’a raconté, qu’étant près de l’équateur, après le coucher du soleil, il fut très effrayé et fort surpris (parce qu’il ne s’y attendait pas) d’entendre crier les rochers qui environnaient le vaisseau. En regardant avec autant d’attention que la clarté du jour le permettait, il vit distinctement des objets qu’il prit, ainsi que ceux qui se trouvaient sur le tillac, pour des pointes de rochers de couleurs noire et blanche. Cependant, bientôt après, il s’aperçut que ces dangereux bancs n’étaient autre chose qu’une troupe de dauphins dansant. Quand un d’eux disparaissait, un autre le remplaçait, de manière qu’il y en avait toujours cinq ou six au moins hors de l’eau. 

Toutes les personnes qui ont navigué sur l’Océan ont du s’apercevoir combien les organes visuels perdaient de leur assurance à l’aurore et pendant le crépuscule. La plupart des marins ont une excellente vue, que l’habitude rend telle; cependant j’ai connu un officier renommé pour l’excellence de ses yeux, qui m’assura que le matin et le soir, il lui était difficile d’arrêter sa vue plus d’un ou deux secondes sur un vaisseau séparé. La nuit, même avec une lunette, il pouvait fixer l’objet plus longtemps. 

Il y a quelques années que le frère Jonathan se joua un peu du public avec son énorme serpent de mer. Je suis loin de contester qu’il existe dans l’Océan des êtres de cette espèce, cependant je suis presque certain qu’une chose, dont j’ai été témoin pendant un voyage que je fis aux Indes occidentales, est précisément la même que certains Américains ont transformée en serpent de mer long d’un mille. C’était une bande de marsouins noirs endormis sur une seule ligne longue d’un quart de mille. Cette apparence était assez singulière, et ressemblait un peu à un radeau, ou à une chaîne de rochers. 

Un certain nombre de diables de mer (lophius), ou même un seul, peuvent ressembler à un banc de sable, et je crois qu’au nombre des choses étonnante qu’on voit en mer, ce monstrueux animal est bien propre à tromper le jugement , et à être pris, par erreur, pour un écueil caché dans l’eau, là où il n’en existe pas. J’ai examiné attentivement un de ces êtres extraordinaires, pendant qu’il passait lentement, occupant un espace égal aux deux tiers du navire (frégate de 33 canons.) Sa forme était presque circulaire, sa peau était d’une couleur vert foncé, marquée de taches blanches et vert clair, comme la raie et quelques autres poissons plats. 

Brinkof a donné au capitaine Kotzebue, une curieuse description d’un serpent marin qui le poursuivit depuis l’ile Bering. Il était rouge et excessivement long; sa tête ressemblait à celle du lion de mer, d’où sortaient deux yeux d’une grandeur disproportionnée, qui lui donnaient un air effrayant. M. Brinkof paraît s’être trouvé dans une position aussi périlleuse sur la surface de la mer que celle où se trouva le plongeur du lieutenant Hardy, au fond de l’eau avec le tinterero

Dans l’histoire de Groenland (qu’on pourrait justement appeler Paryenne), il y à, je crois, un détail authentique d’un grand serpent de mer, vu sur la côte de cette immense île, dans la baie d’Hudson. 

Diable de mer. — Extrait du Journal de navigation du vaisseau le Douglas. I

Il mit à la voile, le 3 mai, à Cuiraçao. Le 6 mai, à 3 heures, p.m., par 30 degrés de latitude et 68 de longitude, nous crûmes découvrir une carcasse de vaisseau, à cinq ou six milles de distance. Nous approchâmes à 40 pieds de l’objet, dont la forme paraissait être celle d’une tortue. Son élévation au-dessus de la mer était de dix ou douze pieds; on voyait une espèce de rame de chaque côté. La queue avait 19 ou 20 pieds de long, la tête était celle d’un fort lion avec de gros yeux. L’écaille ou le corps ressemblait à un bateau construit de fer blanc, de 29 à 30 tonneaux, retourné et dont les joints étaient peints à neuf. Cet animal cinglait vers Bermuda, et faisait environ deux nœuds à l’heure. Un vaisseau, en passant sur un tel monstre, courait les plus grands dangers. 

« Archives curieuses, ou Singularités, curiosités et anecdotes de la littérature, de l’histoire, des sciences, des arts, etc. » Paris, 1831.

J’ai vu le serpent de mer

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serpent-merOn sait qu’il y a quelque temps, un de nos navires de guerre a rencontré, dans les eaux de la baie d’Along, près d’Haïphong, un animal étrange dont le commandant donnait officiellement, à ses chefs, cette description : pris d’abord pour un rocher, puis pour une énorme tortue.

« C’était une masse noirâtre, arrondie, que je prie d’abord pour un rocher, puis pour une énorme tortue… Peu après, je vis cette masse s’allonger et émerger successivement par une série d’ondulations verticales, toutes les parties du corps de l’animal ayant l’apparence d’un serpent aplati dont j’estimai la longueur à une trentaine de mètres et la plus grande largeur à quatre ou cinq mètres. »

On s’est demandé, à ce propos, si cet animal bizarre n’était pas de la famille du fameux  « serpent de mer » qui avait fait, jadis, couler tant d’encre dans la presse. Les savants ne se sont pas encore prononcés. Mais il nous a paru piquant de rapprocher, de cette curieuse rencontre, le récit que fit, il y a près de soixante ans, un chroniqueur parisien d’une excursion en mer qui lui avait permis d’apercevoir un monstre semblable : 

La voix sévère de la science ne s’est point encore prononcée pour éclaircir un fait que l’amour du merveilleux accepte volontiers au sujet du kraken, ou du serpent de mer. Mais je me rappellerai toujours qu’en 1846, me trouvant, pendant le mois d’août, à Newport, à l’époque de la saison des bains de mer, j’entendis raconter, à table d’hôte,  qu’un baleinier, arrivé la veille au soir, assurait avoir heurté, dans les eaux de l’île Nantuckel, un énorme serpent de mer qui avait plongé à l’instant pour reparaître à cinq cents mètres plus loin, visible de toutes parts, et offrant les plus effroyables proportions d’un monstre incommensurable. La peur avait empêché les marins de pourchasser ce  « kraken serpent », mais on l’avait suivi des yeux aussi loin que le télescope l’avait permis. Il avait, enfin, disparu dans la direction du cap Cod.

Cette histoire me parut, tout d’abord, un canard, d’autant plus que le journal de Newport l’avait reproduite in extenso, et que le rédacteur de l’article annonçait qu’un steamboat était frété pour aller chercher le « kraken serpent » et le combattre à outrance.

Naturellement ami du merveilleux, je quittai l’hôtel de l’Océan et me rendis au bureau du journal, où je trouvai le rédacteur de l’article occupé à faire ses préparatifs de départ. Il allait à la chasse du serpent de mer, et, lorsque je me fus nommé, il me proposa de l’accompagner. Inutile d’ajouter que j’acceptai cette proposition, qui me souriait de toute manière.

Un quart d’heure après, j’étais prêt à m’embarquer sur ce steamboat, à bord duquel se trouvaient près de deux cents amateurs armés de rifles de toutes sortes et de tout calibre. C’était le soir. Le soleil, qui se couchait, empourprait l’horizon au moment du départ. Une foule immense encombrait le warf, lorsque nous quittâmes la rive à toute vapeur. Du quai, on nous souhaitait un heureux voyage et une bonne chance. Je n’oublierai jamais de ma vie ce spectacle à la fois imposant et burlesque. Bientôt, les côtes s’amoindrirent, la nuit se fit et nous songeâmes au repos. Nous ne devions arriver au cap Cod qu’à la pointe du jour. Chaque héros s’arrangea de son mieux pour passer la nuit : les plus heureux dans un hamac; ceux qui étaient arrivés les derniers sur les banquettes, sur le plancher, où ils pouvaient.

Mon camarade dormait depuis longtemps et m’en donnait des preuves sonores, que j’étais encore éveillé, pensant au serpent de mer et à tous les Régulus américains qui allaient, dans quelques heures, me disputer l’honneur d’être le seul héros de la victoire. L’aube me surprit encore plongé dans ces réflexions orgueilleuses. Ma toilette et celle de mon ami furent vite achevées, et nous étions les premiers sur le pont, notre rifle à la main, un télescope dans l’autre, interrogeant l’horizon à travers la brume qui nous en dérobait la vue.

Peu à peu, le tillac se couvrit de tous les amateurs de ce sport d’un nouveau genre. Il ne manquait que des dames pour rendre la fête complète et l’on se serait cru, alors, à bord d’un steamboat parti pour une de ces excursions de pêche (fishing excursions) si célèbres aux Etats-Unis. Tous étaient prêts au combat. Il s’agissait de vaincre ou de mourir… sous le ridicule.

Deux heures se passèrent dans une attente pleine d’impatience. On désespérait déjà de rencontrer le moindre cachalot, le plus petit marsouin, la plus mince bonite, lorsque, tout à coup, une voix s’écria :

Good God ! I see him ! Je l’aperçois ! Voyez ! voyez ! là-bas, vers le Nord, dans la direction du cap Cod ! cette masse mouvante qui ressemble à une file de tonneaux attachés ensemble par chaque bout ! … Voyez ! Voyez !

D’abord, je l’avoue, je crus à une mystification. Les narrations fantastiques du  Constitutionnel et de plusieurs journaux américains me revinrent à la mémoire etobscurcirent ma myopie. Cependant, je voulais voir. Je cherchai à découvrir le monstre à l’aide d’un excellent binocle de Chevallier, qui ne m’avait jamais quitté dans toutes mes excursions de chasse… Enfin, dans la direction indiquée par le chasseur aux yeux perçants, j’aperçus, conforme à la description qui en avait été donnée, un immense poisson se tordant comme un S sur une mer assez calme.

A n’en pas douter, c’était un kraken, un serpent de mer. Le monstre n’était pas un mythe, c’était une horrible réalité.

Notre capitaine dirigea le navire sur cette masse mouvante et fit faire force de vapeur.

Un quart d’heure après, nous avions gagné sur le serpent. Nous pouvions mesurer approximativement sa longueur et distinguer ses formes, qui étaient celles d’une anguille gigantesque, mais très large sur le milieu du corps, et pourvue de nageoires fort longues, pareilles à des bras. La tête seule disparaissait sous l’eau, et, comme elle était la partie la plus éloignée de nous, il était impossible d’en saisir la configuration.

Nous n’étions plus qu’à une portée de caronade du monstrueux serpent, lorsque, tout à coup, un des chasseurs, qui se trouvait à l’avant du steamboat, eut la maladresse de tirer son rifle sur lui.

Ce mauvais exemple fut le signal d’une fusillade générale. Mais, bien avant que chacun de nous eût pu décharger son arme, le kraken disparaissait à tous les yeux, s’enfonçant à la mer et ne laissant, derrière lui, qu’un sillage qui s’aplanissait dans moins de temps qu’il ne m’en a fallu pour l’expliquer.

Cinq heures durant, notre steamboat sillonna la mer du cap Cod et suivit les méandres situés entre toutes les îles et les récifs de la côte du Massachusetts-State. Mais ce fut de la vapeur perdue en pure perte : le serpent avait repris la route de ses vallées profondes, de ses algues touffues, où le calme règne toujours. Il nous fallut songer au retour, et nous tournâmes notre proue du côté de Newport,

Honteux et confus,
Et jurant, pour ma part, qu’on ne m’y prendrait plus !

Heureusement qu’il était deux heures du matin lorsque notre navire arriva à quai. Grâce à la nuit, il fut facile, à chacun de nous, de regagner inaperçu notre domicile respectif. Quant à moi, je rentrai à l’hôtel de l’Océan, j’acquittai ma dépense, et, avant le lever des pensionnaires de M. Beaver, le landlord de ce caravansérail hospitalier, j’étais sur le chemin de fer qui conduit de Boston à New York. Là, du moins, j’étais sûr de ne pas avoirà subir des railleries sans fin, des plaisanteries amères pour celui qui avait vu le serpent de mer, mais qui ne l’avait pas mis à terre.

Nestor Roqueplan. «  Les Annales politiques et littéraires. » Paris, 1904.

Le serpent de mer (oui, encore !)

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serpent-merNous laissons à l’auteur de la lettre qui suit et du croquis qu’elle renfermait toute la responsabilité d’une assertion qui nous paraît à tout le moins étrange, et dont nous livrons les détails à nos lecteurs, bien entendu, sous toutes réserves. 

A bord du steamer The Don, de la Royal Mail Steam Packett Company, capitaine Robert Woolnard. 

Dimanche 14 août 1881. 

Monsieur le Directeur, 

Je commence ma lettre en vous demandant une carte de correspondant du journal le Monde illustré pour mon ami, M. E. de Contreras y Alcantara, qui habite à Ponce, île de Porto-Rico, province espagnole. 

Je dois à M. de Contreras de pouvoir vous envoyer le  dessin ci-joint, dont l’exactitude vous est garantie par les sept signatures des témoins oculaires, qui sont :  M. E. de Contreras y Alcantara, de Ponce (Porto-Rico); M. Carlo Lopez Aldana, de Lima (Pérou); M. Henrique Roman, de Cartagena (Colombie); M. A. E. Ximénès de San José, de Costa-Rica; M. Maurice Renard, de Paris; M. C. Renard, de Paris, votre correspondant.

La vision a duré dix minutes, en plein clair de lune. Pendant que je dessinais, mon fils prenait des notes, M. Contreras également. Nous échangions et contrôlions nos observations réciproques, ces messieurs à l’écoutille ouverte du fumoir des premières, et moi juste au-dessus, appuyé au sabord et soutenu par un hauban.

Le monstre paraît mesurer entre quarante et cinquante mètres, de la tête à la queue, autant que ses nombreux replis peuvent permettre une appréciation approximative. Le corps semble couvert, à partir de l’épine dorsale jusqu’à mi-ventre, de plusieurs rangées d’écailles ou de peau rugueuse comme celle des requins, mais cependant formant des écailles par couches superposées. Le dos est très foncé et va en teintes dégradées jusqu’au ventre, qui est d’un gris sale. Tout le corps est strié de bandes transversales alternées, vert foncé, marron et gris. La queue semble s’amincir en lance, comme celle des anguilles.

Je garde pour la fin la description de la tête, que nous avons particulièrement examinée, et qui est fort remarquable. Cette tête n’est pas ovale et légèrement pointue, comme dans la plupart des serpents. Elle forme au crâne une grosse masse à contours rugueux et irréguliers. A partir de l’occiput, elle est garnie d’une crête rigide, mobile, et dont les pointes paraissent très acérées. Cette crête peut se coucher sur la nuque et le cou, de manière à devenir invisible. La mâchoire avance comme sur le dessin. La partie supérieure se courbe, au bout, sur elle-même, et elle est garnie d’une cavité sombre. On dirait une narine. La partie inférieure, plus pointue, présente au-dessous des lignes concaves et convexes, indiquées comme poches, pour la déglutition, sans doute.

Les dents sont pointues, énormes et très blanches. Du fond de la gorge, et d’une espèce de bourrelet, émerge une langue rigide, pointue, garnie de ventouses apparentes et jetant des reflets à la fois bleutés comme l’acier et phosphorescents comme la mer à certaines heures. L’œil est rond, très lumineux, très mobile, et paraît doué de la faculté de voir en arrière, tant les évolutions de l’animal sont rapides et bien combinées. L’orbite est entouré d’un cercle plus clair et semble abrité sous une arcade sourcilière garnie de poils ou de piquants.

La face, depuis le mufle jusqu’au cou, présente une ligne latérale oblique, grise, sur laquelle viennent se greffer de chaque côté trois autres lignes semblables.

Le déplacement de l’animal, dans l’eau, ne semble produire aucun bruit, mais un remous ondulé, suivi d’un léger clapotement.

Il rend une odeur d’une fétidité telle, que c’est à en être malade. Cette odeur, qui a persisté pendant plus d’une demi-heure, semble être ce produit combiné d’une opération en grand de la maison Lesage, du grand collecteur d’Asnières par la chaleur, et d’une douzaine d’usines à noir animal semblables à celle de Billancourt. Il eût fallu, pour la neutraliser, les boutiques réunies de plusieurs de nos meilleurs parfumeurs.

Le monstre paraît vieux, tant à cause de ses proportions que de sa couleur et des rugosités de son enveloppe.Ce n’est pas la première fois qu’on en voit de pareils. La première fois qu’il a été vu fut en 1847, par le navire portugais la Ville-de-Lisbonne, capitaine Juan Alphonso Zarco y Capeda. Cette date coïncide avec les plaisanteries du Charivari sur le Constitutionnel et la première maladie des pommes de terre…

En 1864, le contre-maître du Don a aperçu un animal semblable sur les côtes du Japon. Il se l’est tatoué sur les bras… Je complète cette série de renseignements en vous affirmant que le monstre a été vu le mercredi soir 10 août 1881 par les personnes soussignées, à neuf heures trois quarts, par :

Latitude. 29°60
Longitude. 42°40 

En comptant les degrés, suivant le livre du bord, d’après le méridien de Greenwich. 

C. Renard. 

(Suivent les sept signatures mentionnées ci-dessus.) 

« Le Monde illustré. » Paris, 1881.

Le serpent de mer… jadis 

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olaus-magnusNous n’avons même pas inventé le serpent de mer, puisque Rabelais en parle. Mais existe-t-il réellement ? Où n’est-il  qu’une hallucination des passagers ? Voilà qu’on le découvre, à présent, un peu partout en mer. Et M. Giard vient de nous donner quelques aperçus sur cet étonnant reptile.  

A quel groupe de reptiles faut-il rattacher le serpent de mer ? A aucun des groupes connus. Il n’est point encore classé. Du moins il semble qu’on doive aller chercher parmi les fossiles un animal dont la structure puisse répondre à celle du serpent de mer qu’on aurait aperçu dans la baie d’Along. Il est donc permis de supposer que ce serpent de mer appartient à un des groupes que nous considérions jusqu’ici comme disparus, par exemple : les Mosasaures ou les Ichtyosaures. C’est tout ce que l’on peut dire pour le moment, en attendant qu’une expédition scientifique spéciale permette de connaître mieux le serpent de-mer de la baie d’Along. 

J’ajoute que ces animaux, connus et redoutés des Annamites, doivent avoir fourni l’idée du dragon qui, modifié et amplifié par la légende, s’est héraldisé pour former l’emblème national de l’Annam. C’est l’opinion du lieutenant de vaisseau Lagrésile, auteur du  premier rapport sur le serpent de mer en 1897. 

On trouvait dernièrement, en Afrique, un animal terrien, l’okapi, que nous supposions depuis longtemps disparu. Pourquoi ne pourrait-on retrouver aussi le mosasaure ou l’ichtyosaure qui, s’ils existent encore, ne peuvent vivre qu’à de très grandes profondeurs dans la mer et n’apparaître à la surface que très rarement et comme par accident ?  

Tout cela est bel et bon. mais ne nous fournit que des considérations. Et comme j’aimerais mieux voir le serpent de mer, au Jardin des Plantes ou au Jardin d’Acclimatation 

« Touche-à-tout. » Paris, 1904.

Encore le monstre

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sherlock-holmes-nessieL’expédition scientifique organisée par le Daily Mail pour établir l’existence du monstre de Loch Ness assure que, pour la première fois, elle s’est rencontrée face à face avec le fameux serpent de mer. 

Cette expédition travaillait hier comme d’habitude, c’est-à-dire partagée en deux groupes dont l’un parcourait les rives du Loch Ness tandis que l’autre groupe se tenait à proximité, en canot automobile. Voici les cinq témoignages à peu près concordants qui ont été donnés par les membres de l’expédition. M. W. R. Turner, photographe du Daily Mail, donne les précisions suivantes : 

J’ai vu quelque chose qui se dirigeait avec une grande vitesse vers Drumnadrochit Bay et qui ressemblait à un canot automobile. J’ai pu distinguer nettement un objet noir qui pouvait être une bosse ou une nageoire. Cet objet produisait dans l’eau, autrement tranquille du Loch Ness, une vague énorme. Après quelques secondes, cet objet a disparu sous l’eau. 

M. M. A. Wetherell, explorateur africain attaché à l’expédition, a dit : 

C’était un objet noir d’une longueur d’à peu près quatre ou cinq mètres. J’ai appuyé sur l’accélérateur  pour approcher du monstre, mais il fit immédiatement un plongeon. D’après la vague qui le suivait, ça devait être un grand et très puissant animal. 

M. W. Renwick, pilote d’hydravion, donne les mêmes précisions sauf à prétendre que la partie de l’animal qui émergeait de l’eau avait de six à sept mètres de longueur. MM. G. O. Pall, photographe spécialiste des animaux sauvages, et T. G. Smith, mécanicien du canot, confirment les dires de leurs camarades et précisent que le canot dans lequel ils se trouvaient avait été très fortement ballotté par les remous produits par l’animal.

« L’Intransigeant. » Paris, 1934. 
Illustration : Une scène du film de Billy Wilder, La vie privée de Sherlock Holmes, 1970.

Le serpent des mers

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serpent_merLe Mail, de Toronto, fait remarquer qu’on a tellement pris l’habitude de se moquer du serpent de mer et de considérer ses apparitions comme des illusions d’optique, causées par de trop copieuses libations de whiskey, que beaucoup de gens qui ont vu réellement un de ces monstres des protondeurs auraient honte de l’avouer et gardent leur secret, pour eux.

Le capitaine Mackenzie, de Montréal, n’est pas de ces esprits timorés. Il a vu un serpent de mer, et peu lui importe qu’on le sache et qu’on s’en gausse. Il ne se croit pas tenu de cacher la vérité pour flatter de sots préjugés. Le capitaine Mackenzie était à la chasse aux oies sauvages, dans la baie de Bic, quand il a vu flotter ce qu’il a supposé être un mât de navire. Il a fait force de rames vers l’épave, et il a été aussi terrifié que surpris en reconnaissant que c’était un serpent.

L’animal, de son côté, paraît avoir été très étonné de voir un bateau venir sur lui, car il a élevé la partie antérieure de son corps d’une vingtaine de pieds au-dessus de l’eau en fixant sur le capitaine ses yeux grands comme des soucoupes et flamboyants comme des lanternes de locomotive.La tête avait les dimensions d’un baril. La bouche était énorme et armée de longues dents se terminant en fourche. La peau, rugueuse, était d’un rouge sale, et le capitaine estime à 160 pieds environ la longueur totale du corps. Mais il ne s’est pas arrêté longtemps à contempler le monstre, et, dès qu’il l’a jugé à portée de sa carabine, il lui a envoyé cinq ou six balles. Le serpent a viré de bord et s’est retiré dans une grotte, sous une île voisine, fouettant furieusement les vagues de la queue et laissant derrière lui un sillage sanglant.

Il serait d’une insigne mauvaise foi d’attribuer cette rencontre à un effet de whiskey, car tous les amis du capitaine Mackenzie savent qu’il ne boit que du gin.

« La Revue des journaux et des livres. »  Paris, 1885.