Société royale de Londres

Un secret

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nicephore_niepce_photographieNous trouvons dans le Mechanics’ Magazine, sous la signature de M. John Lotsky, auquel nous en laissons toute la responsabilité, les lignes suivantes : 

Feu Francis Bauer, membre de la Société royale de Londres, et peintre botaniste de New Gardens, me raconta, dit M. Lotsky, l’anecdote suivante

Au commencement de ce siècle, M. Nicéphore Niépce vint me rendre visite et me montra quelques épreuves d’une gravure ou d’un dessin, dont la netteté était étonnante, mais dont il me fut impossible de découvrir la nature du procédé. Comme M. Niépce parlait avec chaleur de l’importance de sa découverte, je l’engageai a adresser un mémoire sur ce sujet à la Société royale de Londres, dont je n’étais pas encore membre. M. Niépce le fit, mais il ne mentionna son invention qu’en termes généraux, ne voulant pas découvrir tout d’un coup le secret de la préparation de sa planche. Le conseil de la Société royale répondit que puisqu’il y avait un secret dans l’invention de M. Niépce, il ne pouvait en prendre connaissance. Et tout se termina là. 

On comprend aisément que tout corps savant honorable ne veuille pas s’occuper d’un secret pour la destruction de la vermine, ou de celui d’un remède de bonne femme pour amener la cure de quelques-uns de ces maux que la médecine est impuissante à guérir; qu’il veuille, au contraire, les rendre publics s’ils doivent être d’une incontestable utilité au genre humain. Mais pourquoi devait-il en être ainsi de la photographie ? M. Niépce quitta l’Angleterre. Je crois que M. Louis Daguerre lui-même ne lui contesta jamais la priorité ou au moins la contemporanéité de sa découverte. Voilà cependant les motifs qui font que la photographie (héliographie) est devenue une invention française, et non anglaise.

Comme les originaux du mémoire de M. Niépce, ainsi que ceux de toute sa correspondance avec la Société royale, doivent être encore à Somerset House, leur publication ne laisserait pas que d’intéresser vivement les nombreux admirateurs de l’héliographie, qui deviennent de jour en jour plus nombreux.

« La Lumière. » Paris, 1856.
Illustration : Point de vue du Gras, la plus ancienne photographie conservée, réalisée par Nicéphore Niépce en 1827.

Le boss des maths

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jedediah-buxtonEn 1754, la Société royale de Londres examina un simple ouvrier nommé Jedediah Buxton, qui était né en 1703 à Elmeton (Derbyshire) et qui, ne sachant ni lire ni écrire, quoique son père fût maître d’école, faisait de tête les opérations les plus compliquées.

Buxton multipliait, additionnait, soustrayait sans aucun effort, quelle que fût l’importance des nombres proposés, et il était employé par tous les gens de son quartier comme un barème vivant. s’il se trouvait dérangé dans un calcul par une circonstance quelconque, il le reprenait l’incident passé et le menait à bonne fin. Le calcul était devenu pour lui une obsession et une manie. Tout lui était prétexte à opérations, et le sens véritable des choses, comme leur charme, finissait par lui échapper.

Comme il était venu à Londres, on le mena au théâtre de Drury Lane, où le célèbre Garrick jouait Richard III. Le rideau baissé, on demanda à Buxton si le jeu des artistes, les ballets et la musique lui avaient fait plaisir, et au lieu de répondre, il apprit à ses interlocuteurs que les danseurs et les danseuses avaient fait 5202 pas et que les acteurs avaient prononcé 12445 mots. Il donna également le nombre des mots prononcés par Garrick seul… nombre qui fut reconnu exact.

Si l’on venait à parler en sa présence d’un laps de temps quelconque, il se mettait aussitôt à supputer mentalement le nombre des heures, des minutes et des secondes que cette période représentait. il ramenait, paraît-il, toutes les longueurs a un étalon bizarre qu’il s’était donné, l’épaisseur d’un cheveu, et la promenade n’était pour lui qu’une source intarissable de calculs.

Buxton trouva cependant le temps de prendre femme et il eut même plusieurs enfants. Loin de mourir prématurément, comme la plupart des phénomènes, il vécut jusqu’à l’âge de soixante-dix ans.

 « Revue encyclopédique Larousse. »  Paris, 1892.

 

L’embarras d’un corps savant

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savantsPeu de temps après l’institution de la Société royale de Londres. qui eut lieu en 1663, Charles II chargea ce corps savant d’examiner la question suivante :

Pourquoi un poisson mort est-il plus pesant qu’un poisson en vie ?

Les membres de la Société se mirent à l’oeuvre, et composèrent de nombreux mémoires pour établir les causes physiques de cette différence. Lorsque la question eut été complètement et longuement discutée, ils s’avisèrent de vérifier le fait, et ils découvrirent, à leur grande confusion, que le roi s’était moqué d’eux, puisque le poisson mort et le poisson en vie ont exactement le même poids.

« Les mille et une anecdotes comiques » . Passard, Paris, 1854.

Edouard Jenner (Edward Jenner)

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Elle fut très simple et bien plus remplie par des travaux que par des événements, la vie de l’homme si éminemment utile qui a, par l’application de la vaccine, sauvé des millions de ses semblables. Pour mesurer l’étendue de son bienfait, il faut songer aux ravages que produisait autrefois la petite-vérole contre laquelle la plupart des remèdes étaient impuissants.

Jenner n’est pas un médecin anglais, c’est le médecin universel. Toutes les nations lui devraient des statues. Son père, qui était maître ès arts en l’université d’Oxford, le laissa de bonne heure orphelin. Ainsi qu’il était advenu à Jean Van Eyck, Edouard Jenner fut élevé par son frère aîné. Son éducation se fit à Circester. Ensuite il entra chez Daniel Ludlow, chirurgien distingué, à Sudbury.

Quand Daniel Ludlow n’eut plus rien à lui apprendre, il vint (en 1770) à Londres, où il se présenta chez le célèbre Hunter. Celui-ci, frappé des admirables dispositions de son élève, l’associa à ses travaux, et, au lieu de le tenir dans l’ombre comme font mesquinement tant de professeurs, s’appliqua à le mettre en évidence ; car Hunter avait mesuré d’un coup d’œil le génie et l’avenir de ce jeune homme.

Plusieurs offres avantageuses trouvèrent Jenner inébranlable dans ses refus : le capitaine Cook notamment voulut l’emmener dans un de ses grands voyages autour du monde. Un esprit plus aventureux se fût peut-être laissé prendre à l’amorce de la nouveauté : Jenner préféra son pays et son frère. Déjà, du reste, sa réputation s’étendait ; ses recherches utiles lui avaient valu l’honneur d’être reçu membre de la Société royale de Londres. De cette époque de sa vie datent les travaux persévérants qu’il fit sur la vaccine.

On a dit que le procédé n’était pas nouveau; que dans l’Inde les bergers étaient, de temps immémorial, préservés de la petite vérole par la maladie artificielle et bénigne que cause le cowpox (ou bouton de pis de la vache). On a ajouté qu’en France plusieurs médecins s’étaient déjà occupés de cette question. Tout cela est possible: mais rien n’enlèvera à Édouard Jenner la gloire d’avoir persisté, de s’être voué à ce sujet, de l’avoir poussé jusqu’au triomphe.

Quand il fut bien sûr de l’efficacité de son système, il vint à Londres tout exprès pour le développer. Le succès fut immense: de toutes les parties du monde on écrivait à Jenner, soit pour le féliciter, soit pour le consulter. A la fin, il fut obligé de publier un avis pour prier ses admirateurs de lui épargner désormais les frais ruineux d’une correspondance aussi gigantesque.

A Londres, se créa la Société Jennérienne. A Paris, un homme de bien, le duc de La Rochefoucauld accueillit avec transport la doctrine de la vaccine, et ouvrit une souscription pour l’établissement d’un Comité central. Les récompenses marchaient, pour Jenner, avec la gloire. Dès l’année 1801, les médecins de la marine royale britannique faisaient frapper une médaille en son honneur. Pitt, le célèbre chancelier de l’Échiquier, prononçait, au sujet de Jenner, des paroles qui sont un brevet d’immortalité.

Le Parlement, le roi, offraient au savant des sommes d’argent qui ne s’élevaient pas à moins de 762,000 francs. Il est doux, lorsqu’on a eu à enregistrer tant de preuves de l’ingratitude humaine, d’avoir à noter cet enthousiasme et cette reconnaissance. La vaccine est, du reste, devenue une loi sociale: tous les peuples la pratiquent désormais. Content de son œuvre, simple dans ses goûts, Jenner avait accepté les fonctions de maire de Cheltenham et il jouissait en paix d’une retraite studieuse, quand, dans sa bibliothèque même, il fut frappé d’apoplexie, à l’âge de soixante-quatorze ans (le 6 janvier 1823.) Pour le savant, mourir dans sa bibliothèque, c’est tomber sur son véritable champ de bataille.

 « Les Grands inventeurs anciens et modernes. »  Alfred Des Essarts…Magnin, Blanchard et Cie, Paris,1864.