soldats

Chat de tranchées 

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tranchees-ecpadUn  hôte illustre vient d’arriver au refuge de chats, de Colombes, un dédaigneux angora dont l’Histoire eût mérité d’être illustrée par Caran d’AcheCe chat, ramené à Paris par un soldat, compte deux années de front. 

Un bataillon l’avait découvert dans les ruines d’un village, et adopté. Notre matou apprit à manger du « singe », mais préféra toujours le rat. Il passait sa journée tapi dans la tranchée. Il se garait avec beaucoup de prudence des projectiles. Par exemple, quand les ombres du soir tombaient, plus moyen de le retenir ! Fanfan, le chat du régiment, parfait en  maraude ! 

Et là-bas, dans la tranchée en face, les Allemands le guettaient et rêvaient de civet
délicat ! Comment faire pour préserver Fanfan de la dent des ennemis ? 

Nos soldats eurent une idée. Ils entourèrent le cou-de Fanfan… d’un collier de cigarettes. Désormais, Fanfan devint tabou. Il allait et venait des tranchées françaises aux tranchées allemandes, comme s’il eût été muni d’un passeport pour Stockholm. 

Seulement, à son retour parmi les nôtres, Fanfan n’avait plus de collier. Une ficelle  entourait son cou, et un- papier, fixé à cette ficelle, implorait : 

— Chat rapporter cigarettes ?

« Excelsior. » Paris, 1917.
Photo d’illustration :  ECPAD

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Pascal et les omnibus

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omnibusMonsieur Adolphe Hatzfeld, l’éminent professeur de rhétorique à Université de Paris, avait écrit dans les Annales, un article sur « Blaise Pascal, inventeur des omnibus ». Il en est détaché l’extrait suivant :

Chacun sait la place qu’occupe Pascal parmi les savants illustres, soit qu’il compose, à seize ans, un traité des sections coniques, soit qu’il donne la théorie de la cycloïde, soit qu’il complète les expériences de Torricelli sur la pesanteur de l’air. Ce qui est moins connu, peut-être, c’est que ce génie extraordinaire ne fut pas moins original dans la pratique que dans la théorie, dans les applications de la science que dans la science elle-même. En 1642, à l’âge de dix-neuf ans, afin de faciliter les calculs dans lesquels il aidait son père, intendant pour les tailles, en Normandie, il invente la machine à calculer. On lui doit l’idée de la presse hydraulique. Il invente la brouette, le haquet.

Enfin, en 1661, l’année qui précéda sa mort, il conçoit l’idée de voitures publiques à cinq sols, circulant dans Paris dans diverses Directions, suivant un itinéraire déterminé. Il s’associe quelques amis,  parmi lesquels le duc de Roanne, et obtint du roi, au mois de janvier 1662, des lettres patentes (en faveur du duc de Roanne, du marquis de Sourches, grand-prévôt, et du marquis de Crenan, grand-échanson de France) qui lui permettent de mettre son entreprise à exécution.

« Ces voiture sont établies, disent les lettres patentes, pour la commodité d’un grand nombre de personnes, peu accommodées, comme plaideurs, gens infirmes et autres, n’ayant pas le moyen d’aller en chaise ou en carrosse, à cause qu’il en coûte une pistole ou deux par jour.« 

Mais le Parlement stipula que « les soldats, pages, laquais et autres gens de livrée, même les manœuvres et gens de bras ne pourraient entrer dans lesdits carrosses ».

Pascal prit grand intérêt à l’entreprise des carrosses et il y attribua par legs une certaine somme quand il mourut, le 19 août 1662, à l’âge de trente-neuf ans.

Après Pascal, l’entreprise, pour des raisons diverses, périclita et elle prit fin vers 1678. Une tentative analogue eut aussi lieu à Bordeaux, beaucoup plus tard, en 1817; à Nantes en 1826, et enfin à Paris, en 1827. Et cette fois, les carrosses furent ouverts définitivement à tous, d’où le nom d’omnibus.

« Le Soleil du dimanche. » Paris, 1900.

Le clown Footit chez les aviateurs 

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George Footit, près de
sa loge, photographié par trois aviateurs

De tous les artistes qui se rendent sur le front pour les distraire, nos soldats préfèrent ceux qui les font rire. Personne peut- être ne sait les faire rire comme Footit, parce que sa fantaisie de clown, de personnage inhumain, s’étend sans limites, et personne ne les émeut peut-être davantage parce qu’il évoque leur enfance.

Tous ne sont pas des Parisiens, tous n’ont pas connu Footit, mais bien rares sont ceux qui n’ont pas admiré autrefois, dans le plus petit bourg de France, le pitre magnifique d’un cirque ambulant dont leur imagination d’enfant rendait la parade féerique. 

footitFootit obtient au front un succès considérable, et ce succès lui est cher, car il a deux fils soldats. Ces jours derniers, il alla rendre visite aux aviateurs. Les aviateurs, qui sont un peu des acrobates, le reçurent à bras ouverts et Footit se sentit comme en famille. Il s’amusa autant en voyant rire les spectateurs que les spectateurs se divertirent de ses pitreries. 

« Excelsior. » Paris, 1917.

La galanterie de M. Berteaux

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Lors de la Grande Semaine d’Epée, une des séances allait se terminer quand tomba, sur Paris, une de ces trombes que saint Médard nous envoie pour faire la nique à saint Barnabé.

En un instant toutes les toilettes, mousselines, dentelles, etc., se trouvaient dans un déplorable état. Comme au Grand Prix, les petites allées étaient même changées en lacs : comment arriver aux tentes ? Le ministre de la Guerre ordonna alors aux soldats de planton d’apporter une centaine de chaises, que l’on plaça sur deux files. Toutes les dames traversèrent les petits lacs, sur ce pont improvisé, au milieu des cris d’admiration de l’assistance : car elles avaient bien été forcées de relever leurs jupes et de montrer leurs jolis petits pieds, leurs adorables chevilles, leurs mollets bien remplis !…

Ces messieurs en avaient oublié la pluie.

Image d’illustration : inondations, 30/1/1910, avenue Ledru-Rollin, Paris. Agence Rol.

La turlupine d’état-major

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Mon cher Monselet,

Voici la recette de la turlutine d’état major. Je laisse, bien entendu, de côté la turlutine vulgaire, simple soupe au biscuit de campagne.

Recette :

Prenez des biscuits de campagne à raison de deux pour quatre personnes. Cassez, concassez, broyez, pulvérisez le plus finement possible. Faites revenir cette poudre de biscuit dans un bain de saindoux légèrement chauffé ; toute la poudre étant parfaitement humectée versez dessus, de façon à la couvrir entièrement, un bouillon de pattes de grenouilles ; chauffer plus fort jusqu’à réduction en pâte presque compacte. La poudre de biscuit ainsi préparée, ajoutez-y le mélange suivant :

Œufs et foies de tortues terrestres sautés à la gamelle ou à la poêle et fortement assaisonnés avec sel, poivre et piment. Versez le tout sur un lit de champignons frits au beurre ou à la graisse et servez chaud.

Nota. Ce plat délicieux a été inventé par le 1er régiment d’Afrique, à Ouel-ed-Halleg (ruisseau des sangsues), au milieu de la Mitidja, qui produit en abondance, grenouilles, tortues et champignons de toute beauté et de qualité supérieure.

Antoine Gandon

« Almanach des gourmands. » Paris, 1862.

Les combats singuliers

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chevaliersLa France fut le dernier pays où l’on admit l’usage de l’arbalète. « Avant cela, dit Mézeray, les gens de guerre étaient si francs et si braves qu’ils ne voulaient devoir la victoire qu’à leur lance et à leur épée. Ils abhorraient ces armes traîtresses, avec quoi un coquin se tenant à couvert, peut tuer un vaillant homme de loin et par un trou. »

Cette phrase de l’historien peint fidèlement le caractère chevaleresque de nos ancêtres. Toujours armés, toujours prêts à entrer en lice, les preux d’alors ne comprenaient qu’un genre de combat,le duel corps à corps. Ils y trouvaient une certaine poésie sauvage, un charme barbare qui les passionnait. Que l’on relise, dans La Légende des siècles, cette magnifique épopée du mariage de Roland avec la sœur d’Olivier. On verra les deux paladins aux prises, Durandal contre Closamont. Sous les coups répétés des adversaires, les hauberts se brisent, les casques volent en éclats. L’acier mord le fer. Des filets de sang coulent sur les brassards. Mais l’enivrement de la lutte est tel que les combattants ne s’arrêtent pas.

Le combat les enivre; il leur revient au cœur
Ce je ne sais quel dieu qui veut qu’on soit vainqueur,
Et qui, s’exaspérant aux armures frappées,
Mêle l’éclair des yeux aux lueurs des épées.

Toute l’histoire du moyen âge est pleine d’aventures semblables. Deux troupes ennemies se rencontrent-elles en rase campagne, les chefs, désireux de montrer leur valeur personnelle, se défient seul à seul et se somment d’assurer le camp. Le cartel est toujours accepté. Les hommes d’armes se rangent pour faire place aux champions qui s’élancent l’un sur l’autreBattle of Agincourt au grand galop des coursiers. Une rencontre formidable a lieu. Les combattants disparaissent dans un tourbillon de poussière, et l’on n’entend plus que le cliquetis strident du fer contre le fer. Les secondes semblent des heures, tant l’impatience est grande. Enfin l’un des chevaliers reparaît avec un tronçon de lance. La pointe s’est brisée sur le bouclier de son adversaire.

Vite, il prend la hache suspendue à son côté et le combat recommence plus acharné que jamais. Le coup décisif va être frappé. Les chevaux hennissent et se cabrent. Le second choc est plus terrible encore que le premier. Quel sera le vainqueur ? Qui l’emportera de la hache ou de la lance ? C’est la hache, qui siffle dans l’air, qui brise l’acier du casque et qui s’enfonce dans le crâne de l’ennemi, comme la cognée du bûcheron dans le coeur d’un chêne.

On peut trouver aujourd’hui ces duels barbares et féroces. Le sont-ils moins que nos grandes batailles où l’on se massacre à quatre kilomètres de distance, sans se voir, au jugé ? Plutôt que ces froides opérations stratégiques, qui ressemblent à de sanglantes parties d’échec, nous préférons ces défis insensés, ces cartels chimériques que le roi Edouard d’Angleterre adressait à Philippe de Valois, et François Ier à Charles-Quint. Ces combats primitifs coûtaient la vie à moins de monde et ils avaient pour excuse la passion et l’enivrement du sang qui coule.

Musée universel.  A. Ballue, Paris, 1873.