Sorbonne

Génie français

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Lucien Chassaigne vient de rendre, dans le Journal, un juste hommage à M. Louis Dunoyer, le jeune savant, hier préparateur au Collège de France, aujourd’hui professeur à la Sorbonne et à l’Institut d’optique.

Sait-on que, de son propre aveu, c’est en partie grâce à Louis Dunoyer que Lindbergh put réussir la première traversée de l’Atlantique. C’est, en effet, le jeune savant français (encore !) qui inventa le compas électro-magnétique qui permit au jeune aviateur américain de suivre la bonne voie et de limiter à un millième de son tracé théorique son écart de route.

Louis Dunoyer eut l’idée de cet appareil à la sortie de l’Ecole normale afin qu’il servît à la marine. Il le perfectionna longuement et, faute de paiement par suite de la guerre, le brevet qu’il avait pris pour son compas directeur fut frappé de déchéance. 

Les ingénieurs américains s’en emparèrent, non toutefois sans en aviser Dunoyer qui leur donna toute licence d’utiliser une invention dont les brevets étaient tombés dans le domaine public. L’Amérique ne voulut pas, toutefois, être en reste de beau geste, et voulut quand même payer l’inventeur français. Elle le paya 8.000 francs.

Et M. Louis Dunoyer trouve que c’est beaucoup..

Son nom figure dans la marque du compas; Toute l’aviation américaine se sert de cet instrument. 

Quant à l’aviation française, elle attend probablement quelque autre invention étrangère. 

 » Comoedia. »  Paris, 1927.
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Ruses innocentes

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Robert-Nanteuil.

Robert Nanteuil, le célèbre graveur du XVIIe siècle, eut, comme beaucoup d’artistes, des commencements difficiles. Né à Reims, où, en se livrant aux études qui recevaient alors le nom d’humanités, il avait acquis, presque de lui-même, une grande habileté dans le dessin, il devait chercher, pour suivre fructueusement sa vocation, un autre théâtre qu’une ville de province.

Charles Perrault qui lui donne avec raison une place dans son recueil des Hommes illustres raconte ainsi l’ingénieux expédient qu’il employa.

Comme ses talents, quoique très beaux, n’étaient pas d’une grande utilité dans son pays natal, et que, s’étant marié fort jeune, ils ne lui fournissaient pas de quoi soutenir les dépenses du ménage, il résolut d’aller chercher ailleurs une meilleure fortune. Il laissa donc sa femme et vint à Paris, où, ne sachant comment se faire connaître, il s’avisa de cette invention :

Ayant vu plusieurs jeunes abbés à la porte d’une auberge proche de la Sorbonne, il demanda à la maîtresse de cette auberge si un ecclésiastique de la ville de Reims ne logeait point chez elle. Il en avait oublié le nom malheureusement, mais elle pourrait bien le reconnaître par le portrait qu’il en avait fait. En disant cela il lui montra un portrait très bien dessiné, et qui avait tout l’air d’être fort ressemblant. Les abbés qui l’avaient écouté et qui jetèrent les yeux sur le portrait en furent si charmés qu’ils ne pouvaient se lasser de l’admirer et de le louer à qui mieux mieux.

Si vous voulez, Messieurs, leur dit-il, je vous ferai vos portraits pour peu d’argent, aussi bien faits et aussi bien finis que celui-là.

Le prix qu’il demanda était si modique qu’ils se firent tous peindre l’un après l’autre, et ces abbés ayant amené  leurs amis, les clients lui vinrent en si grand nombre qu’il n’y pouvait suffire. Cela lui fit augmenter le prix qu’il en prenait. En sorte qu’ayant amassé en peu de temps une somme d’argent assez considérable, il s’en retourna à Reims trouver sa femme, à qui il conta son aventure et lui montra l’argent qu’il avait gagné.

Ils vendirent aussitôt ce qu’ils avaient à Reims et vinrent s’établir à Paris. En peu de temps son mérite fut connu de tout le monde…

 » Musée des familles. »  Charles Delagrave, Paris, 1897.
Illustration : Autoportrait de Robert Nanteuil.

H.-G. Wells, conférencier

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h-g-wells-hatL’illustre écrivain anglais, H.-G. Wells, nous est venu rendre une visite amicale. Il a parlé en Sorbonne, et bien que son discours fût très austère, (il s’agissait de la mise au point de l’idée de démocratie), il sut enthousiasmer ses auditeurs.

Et cela nous rappelle qu’un jour, H.-G. Wells, devant faire une conférence, se laissa surprendre par la pluie. Il arriva, tout mouillé, à la tribune. Et là, souriant, il commença ainsi :

J’avais l’intention de vous parler de la littérature utilitaire. Mais je viens de découvrir toute la présomption de ce sujet. J’ai passé une grande partie de ma vie à travailler à un livre qui s’appelle Anticipations. J’y ai étudié ce que pourrait devenir le monde dans des centaines ou des milliers d’années. Et je n’ai su prévoir, en sortant, à l’instant, de chez moi, qu’il allait pleuvoir dix minutes plus tard …

Les Annales politiques et littéraires.  Paris, 1927.