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Bonnes oeuvres

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Il vient de se fonder, dans le canton d’Uri, en Suisse, une société de femmes.

Les membres de cette association féminine prennent l’engagement de renoncer aux cancans, à la médisance et aux propos légers et inconsidérés. 

De fortes amendes seront imposées à celles qui violeront cette règle sévère. Le produit de ces amendes sera employé à l’achat de vêtements pour les enfants pauvres du canton.

« Le Pêle-mêle. » Paris, 1895.
Image : http://parisiensf.blog.lemonde.fr

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Souris et dictionnaires

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On sait que les rats de collège sont des rongeurs érudits, parce qu’ils vivent de latin et de grec, leur habitude étant de grignoter les livres des écoliers, durant les dimanches et les jours de congé. Quet bonheur pour ces souris savantes, lorsque viennent les vacances, lorsque le silence et l’obscurité se font dans les classes et dans les salles d’étude, lorsqu’elles ne sont dérangées ni par les élèves, ni par les professeurs, ni même par les cuistres !

Oh ! elles mettent vigoureusement à profit cette bienheureuse quiétude : elles sortent de leur trou et escaladent les lourds dictionnaires, ni plus ni moins que les grenouilles de la fable envahissant le fameux soliveau.

Voyez, cher lecteur « la gent trotte-menu » occupée à se nourrir des pages de Noël, de Quicherat ou d’Alexandre. Quel aliment, bon Dieu ! Cela prouve, tout au moins, que les langues anciennes ne sont pas aussi indigestes que le prétendent les collégiens.

Mais, en quel état seront les lexiques, au jour de la rentrée !

« La Mosaïque. »  Paris, 1882.

La souris chanteuse

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Le tenancier d’un hôtel du midi de la France remarquait depuis quelques jours que, lorsqu’il entrait dans l’une des salles de la maison, il entendait un gazouillement très doux. Il attribua le chant à quelque canari enfermé dans une cage voisine. Puis le propriétaire s’aperçut que le bruit semblait venir de la cheminée. Il s’approcha, et vit le museau effilé d’une souris cachée sous le foyer. Le chant continuait. Il n’y avait plus à douter. C’était bien la souris qui chantait.

La gentille bête fut vite apprivoisée avec quelques miettes de biscuit. On put alors la considérer à loisir. Elle possédait de petites oreilles pointues, qu’elle agitait pendant son chant. Battait-elle ainsi la mesure ? Toujours est-il que la souris roucoulait à merveille et semblait fière a bon droit de son talent.

Le capitaine d’un navire américain eut, lui aussi, la bonne fortune de rencontrer une de ces rares souris chanteuses. Elle était cachée dans sa cabine. Il l’apprivoisa et la mit en cage. Bientôt il en trouva une seconde, qu’il enferma avec la première. Toutes deux chantèrent d’accord, et le capitaine, pendant les longues heures de la traversée, se régala de ce duo peu banal.

Paris, 1903.

L’avocat des chats

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Le chat a été souvent attaqué et défendu avec passion. Voici un éloquent plaidoyer en sa faveur dû à un écrivain de beaucoup d’esprit, Colnet, qui a dépensé presque toute sa verve dans les feuilletons de journaux, et surtout de la Gazette de France. Cet écrivain est mort en 1832.

« La cause des chats est, je l’avoue, messieurs, difficile à défendre. On a généralement mauvaise opinion de leur caractère, et leurs griffes leur ont fait beaucoup d’ennemis; mais il faudrait aussi se rendre justice. Si les chats sont méchants, nous ne sommes pas très bons. On les accuse d’égoïsme; et c’est nous qui leur faisons ce reproche ! Ils sont fripons: qui sait si de mauvais exemples ne les ont pas gâtés? Ils flattent par intérêt; mais connaissez-vous beaucoup de flatteurs désintéressés ? Cependant vous aimez, vous provoquez l’adulation. Pourquoi donc faire un crime aux chats de ce qui, dans la société, est à vos yeux le plus grand de tous les mérites ?

Je ne parlerai point ici de leur grâce, ni de leurs gentillesses. Je ne vous peindrai point ces minauderies enfantines, ce dos en voûte, cette queue ondoyante et tant d’agréments divers à l’aide desquels ils savent si bien nous intéresser à leur conservation. Des motifs plus puissants militent en leur faveur.

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Si vous détruisez les chats, qui mangera les souris?

Ce ne sera pas assurément l’auteur du projet qui vous est présenté. On vous parle de souricières !… Des souricières, messieurs ! Eh ! qui n’en connaît pas l’influence ? Des souricières ! C’est un piège qu’on vous tend; gardez-vous bien de vous y laisser prendre. Depuis longtemps, les souris, trop bien avisées, savent s’en garantir. Attendez-vous donc à voir au premier jour la gent trotte-menu ronger impunément tous les livres de vos bibliothèques.

On s’en consolerait, si elles n’attaquaient que ces poèmes fades et ennuyeux, dont nous sommes affligés depuis quelques années, mais leur goût n’est pas très sûr; elles rongeront Voltaire aussi volontiers que Pradon. Que dis-je ? nos feuilletons eux-mêmes, et nos plaidoyers si beaux et si longs ne seront pas épargnés. D’où je conclus que détruire les chats, c’est rétablir le vandalisme en France.

Mais je consens que vous fermiez les yeux sur les souris: songez au moins qu’un ennemi cent fois plus terrible vous menace. Les rats, à qui les chats en imposent encore, les rats, messieurs, sont aux aguets; ils n’attendent que le moment où vous aurez prononcé l’arrêt fatal que mon adverse partie sollicite, pour entrer en campagne et s’établir dans vos habitations que vous serez forcés, oui, messieurs, que vous serez forcés de leur abandonner. Et vous pouvez hésiter encore ! Catilina est à vos portes, et vous délibérez ! Je vous prie, messieurs, d’excuser cette véhémence; il est difficile de conserver son sang-froid quand on parle des rats.

« Bureaux de la Mosaïque. »  Paris, 1874.