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Les vieux amis

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Avez-vous quelques vieux amis, bien fidèles, que vous connaissez depuis dix ou vingt ans, ou davantage ? Sans doute. Alors, arrangez-vous pour les conserver, non pas dans du vinaigre, mais dans une sollicitude continuelle, car ils sont peut-être un de vos biens les plus précieux. 

Qu’on soit jeune ou qu’on soit vieux, il faut avoir des amis véritables. On ne les trouve pas à tous les coins de rue, et il ne faut pas espérer en collectionner trois douzaines. Mais n’en auriez-vous que trois, que ce serait déjà bien. 

Les meilleurs, ce sont les amis d’enfance, ceux qu’on a vus tout gamins, à un âge où nul n’est capable de cacher ses sentiments, ni de masquer son jeu. Ceux-là, on les connaît bien. On sait ce qu’ils ont dans le cœur et dans le ventre. Et eux-mêmes, quand vous les regardez bien en face, ils ne peuvent pas vous mentir, même s’ils en ont, en dehors de vous, l’habitude. 

Quand on bavarde, assis sur quelque banc, en leur compagnie, on peut en quelque sorte, sur le tapis roulant des heures et des années, marcher un peu à reculons. On évoque ensemble les gens et les paysages de l’enfance, et c’est comme si on profitait de sa jeunesse une seconde fois. 

L’amitié, voyez-vous, c’est la loyauté et c’est la force. C’est la loyauté parce que les cœurs s’ouvrent comme les serrures dont on a la clef. C’est la force, parce que les cœurs sont liés par les choses et les visages du passé. C’est surtout en prenant de l’âge qu’on le comprend. Quand la vieillesse arrive, on peut toujours, avec les vieux amis, faire vivre des souvenirs jeunes. 

Ah ! la vieillesse, voyez-vous, son plus grand méfait, c’est de laisser des ailes à l’amour, en lui cassant les jambes. L’amitié, elle, garde ses jambes et ses ailes. 

Si ce n’est pas à l’école ou au régiment, c’est au pays natal qu’elle trouve ses meilleures racines. Par ces racines, elle puise encore, à distance, la sève qui lui permet de durer, malgré l’usure du cœur et des forces, et qui lui permet de mettre en veilleuse une flamme que l’amour n’a jamais su prolonger. 

Renaud LESAGE. 1939.
Illustration : « Les Vieux de la vieille. » Gilles Grangier, 1960.

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Raoul Guérin, 1929.

Une chaîne de montre en os humain

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Un fermier des environs de New York avait perdu, il y a deux ans, sa femme qu’il aimait beaucoup. Désirant conserver d’elle un souvenir qui ne fût pas banal, il eut l’idée de se faire faire, avec les os des phalanges de sa défunte épouse, une chaîne de montre unique en son genre.

Il confia ce travail délicat à un habile sculpteur de la ville qui, après dix-huit mois de patience et de soins, vient de lui livrer un véritable chef-d’œuvre. La chaîne en question est formée de huit anneaux longs, mesurant à peu près deux centimètres chacun, polis comme de l’ivoire et décorés d’attributs et d’ornements d’une extrême finesse. Les anneaux sont reliés les uns aux autres par une petite tresse des cheveux de la défunte.

N’est-ce pas un peu macabre, mais bien américain tout de même ?

« La Science française : revue populaire. »  Paris, 1897.
Illustration : truquée (un peu)…