spectacle

Rossini et la Patti

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Peu de temps après les débuts de la Patti à Paris, Rossini, qui n’allait jamais à un « spectacle », comme l’on disait alors, voulut entendre le petit prodige à la mode.

Adelina s’en fut donc un soir chez l’illustre maestro, accompagnée de l’inévitable M. Straskosch. Elle chanta l’air du Barbier tout enguirlandé de fioritures.

Charmant ! divin ! s’écria Rossini. Puis se penchant vers son voisin, et tout bas :
Qu’est-ce qu’elle a chanté là ?
C’est l’air du Barbier !
Allons donc !
Je vous assure.
Je ne l’ai pas reconnu.
C’est, qu’il est un peu arrangé par M. Straskosch.
Alors, répliqua Rossini, c’est l’air du Barbier straskoschonné !

« L’Universel : magazine hebdomadaire illustré. »  Paris, 1903. 

La Bastille des comédiens

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Nous sommes à Paris, engageons-nous dans la petite rue des Prêtres, latérale à l’église, puis après avoir traversé la rue du Pont-Neuf, prenons la rue Saint-Germain-l’Auxerrois qui nous conduira à la place du Châtelet.

Au numéro 17 de la rue Saint-Germain-l’Auxerrois, nous voyons le café Momus, illustré par Murger dans sa Vie de Bohème. Au numéro 19 se trouvait la prison de For l’Evêque, dénommée la Bastille des Comédiens, parce qu’elle était surtout la prison des acteurs insoumis.

A ce propos l’on cite un mot assez plaisant. Le 7 avril 1765, la Clairon, ainsi que plusieurs acteurs de la Comédie-Française avaient refusé de jouer la tragédie de Dubelloy, le Siège de Calais. Un exempt se présente au domicile de la Clairon en la priant de le suivre. Après de nombreuses difficultés, la belle finit par se soumettre.

Mon honneur en tout cas reste intact, dit-elle. Le roi même n’y peut rien.
Vous avez raison, repartit l’exempt, où il n’y a rien, le roi perd ses droits.

D’ailleurs ces emprisonnements n’étaient pas bien sérieux, et les acteurs, tels depuis quelques-uns de nos sympathiques financiers, sortaient de la prison pour aller jouer leurs rôles, et revenaient le soir une fois le spectacle terminé.

« La ville lumière : documents historiques, ethnographiques, littéraires, artistiques. » Paris, 1909.

Fruit défendu

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Erasme, le célèbre écrivain philosophe du XVIe siècle, dont on ne lit plus guère aujourd’hui que L’Eloge de la Folie, tout en restant fortement attaché aux croyances chrétiennes, fit maintes fois la critique des abus qui s’étaient introduits dans le monde religieux.

Quand il écrivit ses Colloques, où il malmenait notamment certains ordres monastiques, et certains ecclésiastiques, dont les façons de vivre étaient loin de répondre à la formule et à l’esprit de leur voeu, cet ouvrage causa une grande émotion. Simon de Colline, l’imprimeur, qui s’attendait naturellement au bruit que le livre devait faire, n’en tira pas moins de vingt et un mille exemplaires; nombre que n’avait jamais atteint jusqu’alors aucune publication : mais pour en assurer la vente, il fit aussitôt répandre le bruit que le débit venait d’en être interdit. Il n’y avait rien de vrai dans cette assertion, qui cependant était vraisemblable, et toujours est-il qu’elle eut pour effet de faire vendre la totalité de l’édition, en fort peu de temps.

Cet imprimeur était homme d’esprit, qui savait l’attrait du fruit défendu.

« Ah ! le beau spectacle, écrivait Erasme, comme conclusion de son Eloge de la folie, si placé sur la Lune ou pouvait découvrir les agitations infinies des hommes ! On verrait une grosse nuée de mouches et de moucherons, qui se querellent, se battent, se tendent des pièges, s’entrepillent, jouent, folâtrent, s’élèvent, tombent et meurent. On ne pourrait jamais imaginer les mouvements, le vacarme, le tintamarre que l’homme, ce petit animal, qui par rapport à une durée infinie, n’a qu’une minute à vivre, excite à la surface de la terre. »

« Musée des familles. »  Charles Delagrave, Paris, 1897.

Plus fort qu’Eiffel

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Depuis l’année dernière, notre tour Eiffel empêche les Américains de dormir. Ils vont donc en construire une beaucoup plus considérable à Chicago. Elle sera achevée en 1893 (date de l’Exposition Universelle de Chicago…), et ses dimensions exactes seront de 1,5oo pieds de hauteur sur une largeur à la base de 480 pieds.

Construite en acier et en fer, elle reposera sur 15 arches. Au centre s’élèvera un large dôme de 200 pieds de haut sur 200 de large, qui couvrira une salle de spectacle pouvant contenir vingt-cinq mille spectateurs. Dix-huit ascenseurs, contenant chacun cinquante personnes, pourront faire chacun douze voyages par heure. Deux de ces ascenseurs s’élèveront jusqu’à la hauteur de 1,250 pieds. Au sommet de la tour, un globe de 33 pieds de diamètre contiendra seize feux électriques très puissants, visibles jusqu’à cinquante milles de distance.

Cette fantaisie architecturale coûtera la bagatelle de cinquante millions.

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. » Librairie des bibliophiles, Paris, 1890.

Une choriste hypnotisée sur scène

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Il est des acteurs qui obtiennent des effets de scène inattendus et bien supérieur à ce qu’ils ambitionnent. Voyez plutôt ce qui vient de se passer dans un théâtre de Reims.

On jouait une pantomime à grand spectacle, le Petit Chaperon rouge. Un hypnotiseur simulé, sans aucune prétention d’ailleurs, exécutait, pour amuser le public, des passes magnétiques. Et toute la salle s’intéressait à la parodie fort adroitement exécutée de certaines expériences connues.

Tout à coup, une jeune artiste qui était en scène, Mlle Marie Châtel, âgée de dix-neuf ans, tomba en catalepsie : raide comme une barre, elle tomba dans les bras d’une actrice placée à côté d’elle. Sans le vouloir, l’hypnotiseur pour rire l’avait endormie pour de bon.

On juge de l’émoi du public. On raconte que malgré les soins très énergiques d’un médecin expérimenté, appelé aussitôt par le directeur du théâtre, on ne put arriver à réveiller la jeune artiste avant quatre heures du matin. Il est fort admissible que Mlle Châtel se soit endormie sous une influence d’auto-suggestion, c’est-à-dire s’hypnotisant elle-même et non par la volonté du faux magnétiseur. Le cas est, en tout cas, très rare, unique peut-être, et trop curieux pour ne pas être signalé.

« Le Petit Journal. »  Paris,1902