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Fantômes russes

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Des légendes commencent à courir, chez le peuple russe, au sujet de la mort de Tolstoï. On parle déjà d’apparitions sur la tombe du grand écrivain.

Des paysans qui la gardaient, une des nuits dernières, assurent qu’un vieillard à longue barbe blanche, entièrement vêtu de noir, soudain se montra près d’eux, et que, s’étant agenouillé, il pria longuement. Puis il dit : « N’ayez aucune, crainte ! » et il s’effaça. Ensuite, ce fut une petite vieille, toute ridée, qui descendit du ciel en volant. Un moujik tira des coups de fusil dans sa direction. Mais la petite vieille se mit à rire, d’un rire très doux, frappa trois coups dans ses mains, et l’ombre s’évanouit.

Allons-nous revoir sur le tombeau de Tolstoï les convulsionnaires du diacre Pâris, et se renouveler, à Yasnaïa-Poliana, les miracles du cimetière de Saint-Médard ?

« Eclaireur de l’Est. » 1911.

Un mystérieux suicide

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Le docteur Brierre de Boismont a extrait l’histoire présente d’un livre curieux publié par un médecin anglais, sous le titre de Anatomy of suicide. Elle se rapporte à la cause mystérieuse du suicide du marquis de Londonderry (Robert Stewart), qui, sous le nom de lord Castelreagh, fut ministre du Foreign-Office pendant la lutte de l’Angleterre et de l’Europe coalisée contre la France, et qui, en 1820, se coupa la gorge dans un accès de folie.

Il y a environ quarante ans, le noble lord était allé visiter un gentilhomme de ses amis, qui habitait, au nord de l’Irlande, un de ces vieux châteaux que les romanciers choisissent de préférence pour théâtre de leurs apparitions. L’aspect de l’appartement du marquis était en harmonie parfaite avec l’édifice. En effet, les boiseries richement sculptées, noircies avec le temps, l’immense cintre de la cheminée, semblable à l’entrée d’une tombe, la longue file des portraits des ancêtres au regard à la fois fier et méprisant, les draperies vastes, poudreuses et lourdes qui masquaient les croisées et entouraient le lit, étaient bien de nature à donner un tour mélancolique aux pensées.

Lord Londonderry examina sa chambre et fit connaissance avec les anciens maîtres du château, qui, debout dans leur cadre d’ivoire, semblaient attendre son salut. Après avoir congédié son valet, il se mit au lit. Il venait d’éteindre sa bougie, lorsqu’il aperçut un rayon de lumière qui éclairait le ciel de son lit. Convaincu qu’il n’y avait pas de feu dans la grille, que les rideaux étaient fermés, et que la chambre était, quelques minutes avant, dans une obscurité complète, il supposa qu’un intrus s’était glissé dans la pièce. Se tournant alors rapidement du côté d’où venait la lumière, il vit, à son grand étonnement, la figure d’un bel enfant entouré d’un limbe. L’esprit se tenait à quelque distance de son lit.

Persuadé de l’intégrité de ses facultés, mais soupçonnant une mystification de la part d’un des nombreux hôtes du château, lord Londonderry s’avança vers l’apparition, qui se retira devant lui. A mesure qu’il approchait, elle reculait, jusqu’à ce qu’enfin, parvenue sous le grand cintre de l’immense cheminée, elle s’abîma dans la terre. Lord Londonderry revint à son lit, mais il ne dormit pas de la nuit, tourmenté de cet événement extraordinaire. Était-il réel, ou devait-il être considéré comme l’effet d’une imagination exaltée ? Le mystère n’était pas facile à résoudre.

Il se détermina à ne faire aucune allusion à ce qui lui était arrivé, jusqu’à ce qu’il eût examiné avec soin les figures de toutes les personnes de la maison, afin de s’assurer s’il avait été l’objet de quelque supercherie. Au déjeuner, le marquis chercha en vain à surprendre sur les figures quelques-uns de ces sourires cachés, de ces regards de connivence, de ces clignements d’yeux, par lesquels se trahissent généralement les auteurs de ces conspirations domestiques. La conversation suivit son cours ordinaire. Elle était animée, rien ne révélait une mystification, tout se passa comme de coutume. A la fin, le héros de l’aventure ne put résister au désir de raconter ce qu’il avait vu, et il entra dans toutes les particularités de l’apparition. Ce récit excita beaucoup d’intérêt parmi les auditeurs et donna lieu à des explications fort diverses. Mais le maître du lieu interrompit les divers commentaires en faisant observer que la relation de lord Londonderry devait, en effet, paraître fort extraordinaire à ceux qui n’habitaient pas depuis longtemps le château, et qui ne connaissaient pas les légendes de la famille. Alors, se retournant vers le héros
de l’aventure :

« Vous avez vu l’enfant brillant, lui dit-il, soyez satisfait, c’est le présage d’une grande fortune, mais j’aurais préféré qu’il n’eût point été question de cette apparition. »  suicide-lord-castlereagh

Dans une autre circonstance, lord Castelreagh vit encore l’enfant brillant à la chambre des communes, et il est très probable que le jour de son suicide, il eut une semblable apparition. 

Louis Figuier. « Histoire du merveilleux dans les temps modernes. » Paris, 1860.

Un fantôme dans la cave

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Un marchand de la rue Saint-Victor, à Paris, donnant un grand souper, la servante de la maison fut obligée de descendre à la cave à dix heures du soir.

Elle était peureuse. Elle ne fut pas plutôt descendue, qu’elle remonta tout épouvantée, en criant qu’il y avait un fantôme entre deux tonneaux ! L’effroi se répandit dans la maison, les domestiques les plus hardis descendirent à la cave, les maîtres suivirent, et l’on reconnut que le spectre était un mort.

Le corps avait glissé de la charrette de l’Hôtel-Dieu, et était tombé dans la cave par le soupirail.

« Dictionnaire des sciences occultes. » Jacques Auguste Simon Collin de Plancy. Paris, 1886

Le spectre du chiffonnier

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spectre

Un individu se présentait à la police, hier soir, et sollicitait instamment son incarcération, ayant, dit-il, assassiné un homme. Invité à s’expliquer, il le fit en ces termes :

« Je m’appelle Piétro Jacobini et j’ai 64 ans. En 1891, je fus expulsé de France à la suite d’une condamnation pour homicide. Ce n’est pas pour ce crime que je suis ici, car son souvenir ne me gêne nullement.

« Venu à Livourne, j’habitai chez un chiffonnier, Giovanni Colomba, avec qui je ne m’entendais guère. Un jour j’acquis la certitude qu’il voulait me supprimer en m’empoisonnant, et la colère que me causa cette découverte me donna le désir de me venger. Après avoir fait dissoudre le phosphore d’un paquet d’allumettes, je le versai dans la soupe de Colomba. Il succomba après avoir enduré d’horribles souffrances. On ne m’inquiéta pas, car les médecins supposèrent qu’il avait absorbé quelque aliment avarié trouvé parmi les détritus qu’il recueillait.

« Pendant longtemps, je ne fus troublé par aucun remords, mais depuis trois jour, il m’est impossible de dormir et je crois voir, la nuit, le spectre de Colomba m’apparaître, hideux et menaçant. Je n’ose plus rentrer chez moi. Alors, je viens me livrer à la justice. C’est le seul moyen, peut-être, de retrouver le sommeil. »

Une enquête rapide ayant établi l’exactitude des déclarations de Jacobini, il fut fait droit à sa demande. Le plus curieux est que le criminel, ainsi qu’il le souhaitait, a dormi paisiblement toute la nuit, dans la prison où il est écroué.

Livourne, 25 février.

« Petit journal. » 26 février 1908.

L’auberge aux revenants

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Le fameux maréchal de Saxe passant dans un village en Pologne, entendit parler d’une auberge ou il y avait dit-on, des revenants qui étouffaient tous ceux qui avaient le malheur d y coucher. L’aubergiste avait été plusieurs fois traduit en justice pour cette raison, mais comme il n’y avait point de preuves suffisantes, les juges ne s’étaient pas même permis de lui faire fermer sa maison.

Le vainqueur de Fontenoy n’était pas susceptible de terreurs superstitieuses, et il eût affronté sans crainte une légion de revenants. Il eût la curiosité de vouloir passer une nuit dans cette auberge, et dans la chambre même où s’étaient passées tant de tragiques aventures. Il se munit de ses pistolets, et se faisant suivre de son domestique, il lui ordonna de rester auprès de la cheminée, et de veiller pendant son sommeil jusqu’à ce qu’il éprouvât lui même le besoin de prendre du repos. Il devait alors céder son lit à son domestique, et faire sentinelle à sa place. Après ces précautions, le maréchal se coucha, et ne tarda guère à tomber dans un profond sommeil. Le valet veillait pour son maître.

Onze heures, minuit sonnent, et rien ne paraît. Enfin, à une heure du matin, le domestique sentant ses yeux s’appesantir s’approche de son maître pour le réveiller. Il l’appelle et n’obtient point de réponse, il le croit profondement assoupi, le secoue doucement, puis Ie frappe plus fortement sur l’épaule sans que le maréchal se réveille. Effrayé de son insensibilité, il prend son flambeau et soulève sa couverture. Quel est son effroi ! le maréchal est baigné dans son sang. Il ne tarde pas à découvrir l’auteur de tout le mal. Une arraignée, d’une grosseur monstreuse, appliquée sur le sein gauche du maréchal, lui suçait le sang.

Il court promptement à la cheminée, et, s’armant des pincettes pour combattre cette ennemie d’un nouveau genre, il la saisit, sans qu’elle bougeât, et la jeta dans le feu. Ce ne fût qu’après un long assoupissement que le maréchal reprit ses sens. Ce grand homme qu’avaient respecté dans tant de combats la flamme et le fer de nos ennemis, faillit périr de la morsure d’une araignée.

« Spectriana. »   Paris, 1817.
Montage-illustration: Gavroche.

L’inconnu

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vanité
Philippe de Champaigne, 1646

Un soldat étant en garnison chez un paysan Hongrois, vit entrer dans la maison, comme il était à table auprès de son hôte, un inconnu qui se mit aussi à table avec eux. Le maître du logis en fut étrangement effrayé, ainsi que le reste de la compagnie. Le soldat ne savait qu’en penser, ignorant de quoi il était question.

Mais le maître de la maison étant mort dès le lendemain, le soldat s’informa de ce que c’était. On lui dit que c’était le père de son hôte, mort et enterré depuis dix ans, qui était ainsi venu s’asseoir auprès de lui, et lui avait annoncé et causé la mort.

Le soldat en informa d’abord le régiment, et le régiment en donna avis aux officiers généraux qui donnèrent ordre au comte de Cabrelas, capitaine du régiment, de faire une information sur cette affaire.

S’étant transporté sur les lieux avec d’autres officiers, un chirurgien et un auditeur, ils entendirent les dispositions de tout les gens de la maison. Ces derniers attestèrent d’une manière uniforme que le revenant était père du maître du logis, et que tout ce que le soldat avait dit et rapporté était l’exacte vérité; ce qui fut aussi attesté par tous les habitants du village.

En conséquence, on fit tirer de terre le corps du spectre, et on le trouva comme un homme qui vient d’expirer, et son sang aussi chaud que celui d’un homme vivant.

Le comte de Cabrelas lui fit couper la tête, puis le fit remettre dans son tombeau.

« Spectriana. » Paris, 1817.

Maison à vendre

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Athenodorus_-_The_Greek_Stoic_Philosopher_Athenodorus_Rents_a_Haunted_HouseIl y avait à Athènes une fort belle maison, mais abandonnée, parce que personne n’osait y demeurer, à cause d’un spectre qui la nuit y apparaissait. Le philosophe Athénodore étant arrivé dans cette ville, et ayant vu un écriteau, qui marquait que cette maison était à vendre et à vil prix, il l’acheta, et y alla coucher avec ses gens.

Comme il était occupé à lire et à écrire pendant la nuit, il entendit tout d’un coup un bruit épouvantable et formé de chaînes qu’on traînait. Il aperçut en même temps un vieillard hideux, chargé de fer, qui s’approchait de lui. Il continua d’écrire. Le spectre lui fait signe de le suivre; le philosophe sans lui répondre lui dit d’attendre, et se remet à son travail. Le spectre s’approche et fait retentir ses chaînes à ses oreilles. Alors le philosophe, fatigué de son importunité, prend la lumière et le suit. Ils arrivent ensemble dans la cour de la maison, et aussitôt le fantôme disparaît et rentre sous la terre. Athénodore, sans s’effrayer, arrache sur le lieu des feuilles et de l’herbe, pour marquer la place, et retourne se reposer dans la maison.

Le lendemain il fait part de ce qui lui était arrivé. Les magistrats accourent, et font faire une fouille à l’endroit indiqué. On y trouve les os d’un cadavre chargé de chaînes; on les lui enlève, et l’on rend publiquement à ses os les honneurs de la sépulture. Depuis ce temps, la maison retrouva sa  tranquillité, et le philosophe profita du bon marché.

« Spectriana. » 1817.