statistique

Statistique

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classeIl vient de mourir à Liverpool un statisticien original. A la levée des scellés, ses héritiers ont découvert un volumineux manuscrit, comportant deux mille feuillets environ, où il n’est absolument question que de bossus. 

L’original gentleman n’avait reculé devant aucun moyen pour recueillir les observations consignées dans son gigantesque travail. Il a découvert que l’Espagne est le pays qui possède le plus de bossus. Puis, il a calculé qu’il y a en moyenne un bossu sur mille individus: il y aurait donc un million de bossus sur la terre entière. Etablissant alors que la hauteur moyenne de chaque bosse est de vingt centimètres, il multiplie le million par la hauteur de la bosse, ce qui donne une élévation de deux cent mille mètres.

Si on superposait toutes les bosses du monde, on pourrait escalader par cette nouvelle et étrange échelle environ 670 tours Eiffel mises l’une sur l’autre.

« Le Soleil. » Paris, 1903.

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Le record de la mortalité guerrière 

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Jusqu’à présent, ce sont les Américains qui prétendaient détenir le record de la mortalité guerrière, parce que, à la bataille de Santiago, ils étaient arrivés à tuer un homme par 2.250 balles tirées. 

La guerre russo-japonaise vient de battre le record, puisque d’après la statistique, on  pourrait compter en Extrême-Orient un mort sur 190 balles échangées. Durant la guerre de 1870, la moyenne fut de 300 balles pour un mort. Auparavant, à Solférino, il avait fallu 700 balles peur tuer un homme. Et, si les statistiques du commencement du siècle sont exactes, il fallait jusqu’à 3.500 balles, dans des batailles comme Austerlitz et Wagram, pour tuer un homme. 

Evidemment nous sommes en progrès dans l’art de tuer nos semblables. 

« Touche-à-tout. » Paris, 1904.

Fortunes

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opulence

Un statisticien a recherché dernièrement l’origine des grandes fortunes faites de notre temps par des hommes qui étaient dans une position pauvre ou médiocre à vingt-cinq ou trente ans.

II est arrivé à ce résultat :

Sur cent fortunes, vingt sont dues à des travaux d’industrie, de commerce ou à de grandes entreprises utiles.

Quinze à l’exercice de professions libérales : médecine, barreau, littérature.

Dix à des jeux de bourse ou à des spéculations équivoques. 

Tout le reste à des mariages.

« Le conteur vaudois. » 1863.

De l’étude des bossus

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francois-le-bossuIl ne manquait ni d’originalité ni de patience le statisticien, qui mourut à Liverpool, ayant consacré sa vie à l’étude de… la bosse à travers le monde.

Il laissait après lui un volumineux manuscrit comportant 2.000 feuillets environ, où il n’est absolument question que de bossus. Célibataire, riche, indépendant, d’une santé de fer, cet original gentleman n’avait reculé devant aucun sacrifice, devant aucun danger même pour recueillir les observations consignées dans son gigantesque travail.

C’est en Espagne, paraît-il, qu’il y a le plus de bossus. Dans une petite localité au pied de la Sierra Morena, on en compte un sur treize habitants. En France, le bassin de la Loire en serait peuplé : le rachitisme y régnerait presque à l’état endémique. Combinant les moyennes des chiffres rapportés de tous les pays du globe, notre statisticien a trouvé qu’il y a un bossu sur mille individus, c’est-à-dire à peu près un million de bossus pour la terre entière. Etablissant alors que la hauteur moyenne de chaque bosse est de 20 centimètres (il a fait plus de 6.000 calculs pour arriver à ce résultat), il multiplie le million de bossus par la hauteur de la bosse, ce qui donne une élévation de 200.000 mètres.

Si l’on superposait toutes les bosses du monde, on pourrait escalader par cette nouvelle et étrange échelle environ 666 tours Eiffel mises l’une sur l’autre !

« Ma revue. »  Paris, 1907.

Statistique des jouets d’enfants

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A Paris, il se fait, par an, pour 1,208,950 fr. de poupées, et les jouets militaires, fusils, sabres, canons, tambours, ne représentent qu’une somme de 757,764 fr.

Ce qui prouve qu’il en coûte plus cher pour amuser les petites filles que les petits garçons; ou que les petites filles jouent encore à la poupée quand elles cessent d’être petites filles; ou bien encore qu’il reste plus de poupées sur le champ de bataille que de canons, de sabres et de fusils, après une campagne sous le soleil de la Petite-Provence. Il est vrai que le petit garçon se rattrape sur les bilboquets, les toupies et les quilles, et qu’il ne s’en fabrique pas pour moins de 50 ou 40,000 fr. par an. En 1848, le tambour fut en hausse; il s’en vendit pour 54,700 fr. C’était une époque tapageuse, mais il ne fallut qu’un coup de baguette pour crever tous ces tambours-là.

Aujourd’hui, à quel jeu jouent nos enfants ? Le Moniteur, après avoir passé en revue tous les jeux qui furent successivement à la mode, depuis la sarbacane et le bilboquet des mignons de Henri III, sans oublier les pantins de 1747, l’émigrette du Directoire, le diable de 1812, arrive à l’époque des pistolets pneumatiques, dont il fallut fabriquer une telle quantité, que le zinc en renchérit tout à coup; puis aux toupies de cuivre, puis aux parachutes en papier et en mousseline qui comptèrent pour 300,000 fr dans les recettes des fabricants de jouets d’enfants.

Aujourd’hui, ajoute M. Edouard Fournier qui nous fait cette amusante énumération, ces chances de vogue sont moins grandes pour les jouets, et quand elles arrivent, elles ne peuvent plus s’étendre sur une aussi grande échelle. Les gens du monde, beaucoup trop affairés, ne se mettent plus de la partie, comme en ce bon temps d’oisiveté qui vit fleurir la mode des bilboquets et des pantins. On laisse le hochet aux enfants.

M. E. Fournier voit les choses de la bimbeloterie bien en noir. Qu’il se rassure, les pantins et les bilboquets n’ont pas cessé d’être à la mode, et les toupies creuses qui tournoient en bourdonnant se heurtant de tous côtés et tout à coup meurent et se taisent, n’ont pas encore dit leur dernier mot.

« Encyclopédie populaire : journal de tout le monde… »  Sous la direction de M. l’abbé Mullois  Paris, 1856.
Dessin
:Firmin Bouisset.

Loquacité

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conversation

Les chiffres n’ont point de sexe, et leur franchise va souvent jusqu’à l’impertinence.

Nous demandons, en conséquence, pardon à nos lectrices de leur apprendre qu’un statisticien anglais, après avoir calculé qu’un homme, en terme moyen, fait trois heures de conversation par jour, au taux de cent mots par minute, ou vingt-neuf pages in-8 par heure, ce qui fait que chaque individu parle la valeur de six cent pages environ par semaine, soit cinquante-deux forts volumes par an; ce statisticien, disons-nous, arrive à conclure que, pour les femmes, il faut multiplier par dix ! Ce qui donne, comme valeur exacte des mots sortis de la bouche d’une femme en l’espace d’un an, cinq cent vingt volumes !

On voit que cela dépasse de beaucoup la fécondité de ce romancier japonais qui a mis quarante ans à publier 1008 volumes, et celle d’Alexandre Dumas qui a produit plus de 300 volumes.

Maurice Lachâtre.   » Nouvelle encyclopédie nationale. »  Paris, 1870.
Peinture de Giovanni Boldini.

Paris en 1970…

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Des calculateurs, non dénués d’imagination, ont imaginé de dresser une sorte de recensement de la population parisienne en 1970. A cette époque, la capitale et sa banlieue compteront huit millions d’habitants, pas un de moins.

Ce chiffre a été établi de façon scientifique, en appliquant le calcul des probabilités aux données de la statistique. Depuis le milieu du dix-huitième siècle, le nombre des Parisiens double environ tous les cinquante ans. Ils étaient cinq cent mille en 1770, un million en 1820, deux millions en 1870, quatre millions en 1920. Ils seront donc huit millions en 1970 et un milliard en 2320, comme vous pourrez. aisément vous en assurer en continuant à faire paroli de cinquante en cinquante ans.

Pour nous en tenir aux chiffres cités par les auteurs de la statistique plus haut reproduite, une chose semble à peu près certaine, c’est que la circulation déjà bien difficile aujourd’hui dans un Paris de quatre millions d’âmes (et surtout de corps) sera devenue, si nous n’y mettons bon ordre, tout à fait impossible aux huit millions de Parisiens de 1970. Conclusion : il faut trouver un remède à la crise d’embouteillage dont souffrent de plus en plus les artères de la capitale, nonobstant les divers palliatifs envisagés jusqu’à ce jour.

Ce n’est peut-être, mon Dieu, pas aussi difficile qu’on l’imagine. Voyons, pour rendre nos rues accessibles à une intense circulation, il faudrait, de toute évidence, les élargir. Mais comment ?… On a proposé de démolir Paris pour le reconstruire ensuite sur de nouveaux plans. Ce serait beaucoup de travail. Mais si l’on démolissait seulement le rez-de-chaussée des maisons en remplaçant la maçonnerie par des piliers de soutènement entre lesquels les véhicules s’entrecroiseraient avec grâce et facilité…

C’est ainsi que, pour ma part, je vois le Paris de 1970, lequel, étant de la sorte monté sur pilotis aurait en outre l’avantage de se trouver à l’abri des inondations…

« Le Quotidien de Montmartre : journal hebdomadaire. » Bernard Gervaise. Paris, 1930.