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Papa Chrysanthème

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roger-godchaux

Le capitaine Marc  Bernet est, assure-t-on, à Toulouse, « le père du Chrysanthème ».

marc-bernetCet officier de l’Empire rapporta de ses voyages quelques graines, il les cultiva dans les loisirs de la retraite et, depuis, le simple chrysanthème a fait, par les soins des horticulteurs savants, un chemin considérable. Eh bien le père toulousain du chrysanthème n’a pas sa statue. Ses compatriotes déclarent :

« II y a tant de statues d’hommes insignifiants ou qu’on aurait dû laisser dans l’ombre, tandis que Bernet…»

Un Comité s’est donc formé pour réparer l’injustice. Ne doit-on pas rendre hommage aux bienfaiteurs disparus ? L’amour du passé n’est-il pas signe de civilisation ?

Jusqu’à une limite, nécessaire il ne faudrait pas que la France devînt un jour peuplée de plus de statues que d’hommes vivants.

« Figaro. » Paris, 1938.
Peinture de Roger Godchaux.

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Une statue en hiver

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Monsieur le rédacteur,

Je passais hier avenue Henri-Martin, dans ce quartier superbe, rempli de palais magnifiques, vaste temple élevé à l’opulence exotique, et j’ai été témoin d’un incident bien étrange. Le voici dans toute sa simplicité :

Comme chacun sait, on a élevé, il y a quelques années, une statue à Lamartine, dans un bout de jardin où les arbres semblent pousser comme à regret. Triste décor pour ce chétif hommage à ce qui fut l’honneur et la poésie mêmes !

Dans ce jardin, blanc de neige, des enfants jouaient et à quoi ?… Ils bombardaient, les petits, sans savoir, pour rire. « le bonhomme en bronze » qui semblait grelotter sous sa mince redingote, recevant sans sourciller ces boulettes de neige qui lui maculaient le visage, et gardant tout de même, sous l’outrage subi, ce grand air dédaigneux que lui a donné l’artiste !

Cependant est-ce un rêve ? un rayon de soleil passa, auréolant cette tête d’un nimbe doré, et tout aussitôt l’àme de bronze s’attendrit, et j’ai vu ! j’ai vu ! vous dis-je, de mes yeux vu ! de grosses larmes couler de ses yeux !

Et c’était, je vous assure, une immense pitié qui m’a étreint la poitrine ! Avoir été si grand ! Avoir été, ne fût-ce qu’un instant, l’âme même de la Patrie ! et servir de cible à ces enfants ! Mon Dieu ! que cette après-midi d’hiver était donc triste !

Gustave B…

Hélas oui, l’oubli vient vite à cette époque et « cet âge est sans pitié. »

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1892.

Une statue pour Piéronne

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époque-médiévale

Les Bretons de Paris cherchent toutes les occasions de faire du bruit, c’est-à-dire d’être des Bretons bretonnant. Donc les Bretons qui sont à Paris ont réuni un comité d’organisation pour élever une nouvelle statue.

A qui le tour ? A la belle Piéronne (ou Perrinaïc). Vous ne la connaissez pas ? C’est tout simplement la compagne de Jeanne d’Arc, qui neuf mois avant le supplice de la Pucelle à Rouen, fut brûlée vive sur le parvis de Notre-Dame de Paris par messieurs les Anglais.

Ce monument en granit de Keroman, serait dressé sur l’une des collines armoricaines, le Menez-Bré, d’où l’on découvre les régions de Tréguier, de Cornouailles et de Goëlo et, tout au Nord, à l’horizon, la mer anglo-bretonne.

Il parait que la Commission de la statue ne renfermera que des femmes bretonnes ? Est-ce une grande indiscrétion de demander si elles seront toutes douées de la vertu de la pucelle d’Orléans ?

« La Grande revue. »  Paris, 1891.

Les miracles de Notre-Dame du Répit

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Dans le petit village d’Avioth (Meuse) s’élève une somptueuse basilique dont la construction au XIIIe siècle s’explique par la découverte, deux siècles plus tôt, d’une statue miraculeuse de la Vierge.

Avioth-procession.

Les pèlerins qui venaient implorer cette dernière déposaient leurs offrandes dans la Recevresse, une élégante chapelle de forme hexagonale. A une époque où le nombre d’enfants mort-nés et la mortalité infantile étaient très élevés, les nourrissons décédés avant d’avoir été baptisés ne pouvaient être enterrés, chrétiennement, ni aller au paradis. De nombreux parents transportaient donc le corps de leur enfant jusqu’à la statue miraculeuse d’un sanctuaire à répit. Ils attendaient le signe de vie (changement de couleur, mouvement du corps, saignement, sueur chaude) qui permettrait de le baptiser.

On estime à 135 le nombre de miracles qui y furent recensés, entre 1625 et 1673. A la fin du XVIIe siècle, l’évêque de Toul interdit la pratique des répits. Le pape la condamna en 1729. A Avioth, elle perdurera clandestinement jusqu’au milieu du XIXe siècle.

« A la découverte de la France mystérieuse. »  Sélection du Reader’s Digest. Mai 2001.

Pasquin: la statue mutilée

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pasquinOn voit à Rome, dans une encoignure du palais des Ursins, une statue mutilée. Elle tire son nom d’un savetier de cette ville, fameux par ses railleries et ses lardons, et dont la boutique était le réceptacle d’un grand nombre de fainéants qui se divertissaient à railler les passants.

Après la mort du savetier Pasquin, en creusant devant sa boutique, on trouva une statue d’un ancien gladiateur, bien taillée, mais mutilée de la moitié de ses membres; on l’exposa à la même place où on l’avait trouvée, au coin de la boutique de Pasquin, et, d’un commun accord, on lui donna le nom du mort.

Depuis ce temps-là , on attribue à la statue toutes les satires et les brocards; on les lui met à la bouche, ou on les affiche sur elle, comme si tout cela venait de Pasquin ressuscité. Pasquin s’adresse ordinairement à Marforio, autre statue dans Rome, ou Marforio à Pasquin, ce qui a fait faire la réplique.

Les réponses sont ordinairement courtes, piquantes et malignes. Quand on attaque Marforio, Pasquin vient à son secours, et quand celui-ci est attaqué, Marforio le défend à son tour, c’est-à-dire que les satiriques font parler ces statues comme il leur plaît.

Cette licence, qui dégénère quelquefois en libelles diffamatoires, n’épargne personne, pas même les papes, et cependant elle est tolérée. On dit qu’Adrien VI, indigné de se voir souvent en butte aux satires de Pasquin, résolut de faire enlever la statue pour la précipiter dans le Tibre, ou la réduire en cendres; mais un de ses courtisans lui remontra ingénieusement que si l’on noyait Pasquin, il ne deviendrait pas muet pour cela; qu’il se ferait entendre plus hautement que les grenouilles du fond de leur marais, et que, si on le brûlait, les poètes, nation naturellement mordante, s’assembleraient tous les ans au lieu de son supplice pour y célébrer ses obsèques, en déchirant la mémoire de celui qui l’aurait condamné.

Le pape goûta ces sages avis, et la statue ne fut point détruite. Le même motif a sans doute engagé les successeurs d’Adrien VI à la conserver; car elle existe encore, et le peuple de Rome serait capable de se révolter, si on cherchait à détruire Pasquin.

« Encyclopédie méthodique. »  Charles-Joseph Panckoucke, Paris, 1790.