Stockholm

Songe

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reveurLe fait suivant nous semble digne d’insertion, en ce qu’il démontre à quel parfait dégagement de la matière peut arriver l’Esprit lorsque celle-là est plongée dans le sommeil. Nous extrayons ce qui suit d’un petit opuscule intitulé : Histoire des songes célèbres qui se sont réalisés. 

Un savant de Dijon s’était fatigué tout le jour sur un passage difficile d’un poète grec, sans y pouvoir rien comprendre. Rebuté de l’inutilité de sa longue application, il se couche, son chagrin l’endort. Comme il est dans le fort du sommeil, son génie le transporte en esprit à Stockholm, l’introduit dans le palais de la reine Christine, le conduit dans sa bibliothèque. Il suit des yeux tous les livres et les regarde. Etant tombé sur un petit volume dont le titre lui paraît nouveau, il l’ouvre, et, après avoir feuilleté dix ou douze pages, il y aperçoit dix vers grecs dont la lecture lève entièrement la difficulté qui l’a si longtemps occupé.

La joie qu’il ressent à cette découverte l’éveille, son imagination est si remplie de cette poésie grecque, qu’elle lui revient et qu’il la répète sans cesse; il ne veut pas l’oublier, et, pour cela, il bat le briquet, et avec le secours de sa plume, il soulage sa mémoire sur le papier; après quoi il tâche de rattraper son sommeil. Le lendemain, à son lever, il réfléchit sur son aventure nocturne, et la trouvant des plus extraordinaires, il se résout à la suivre jusqu’au bout. 

René Descartes était alors en Suède auprès de la reine, à qui il enseignait sa philosophie. Notre savant Dijonnais le connaissait de réputation, mais il avait plus de liaison avec M.Chanut, qui y était ambassadeur pour la France. C’est à ce dernier qu’il s’adressa pour faire tenir une de ses lettres à Descartes, et, pour l’engager à lui répondre, il le supplie de lui marquer précisément si la bibliothèque de la reine, son palais et la ville de Stockholm sont situés de telle manière; si sur une des tablettes de cette bibliothèque, et qui est dans le fond, il y a un livre de telle grosseur, de telle couverture, et avec tel titre sur la tranche; et enfin, si, dans ce livre, qu’il le conjure de lire exactement pour l’amour de lui, il n’y a pas dix vers grecs, tout semblables à ceux qu’il a mis au bas de sa lettre. 

Descartes, qui était d’une civilité sans pareille, satisfit bientôt notre savant, et lui dit que le plus habile ingénieur n’aurait pas mieux tiré le plan de Stockholm qu’il l’avait fait dans sa lettre; que le palais et la bibliothèque y étaient parfaitement bien dépeints; qu’il avait trouvé le livre en question sur la tablette désignée; qu’il y avait lus les vers grecs mentionnés; que ce livre était très rare, mais néanmoins qu’un de ses amis lui en avait promis un exemplaire qu’il enverrait en France par la première occasion; qu’il le suppliait d’agréer le présent qu’il lui en faisait d’avance, et de le garder comme une marque de l’estime particulière qu’il avait pour sa personne. 

Cette histoire est accréditée et il y a peu de gens de lettres qui l’aient ignorée. 

« La Vérité : journal du spiritisme. » Lyon, 1863.

La dépouille mortelle du Suédois

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bernard-buffet

Un curieux procès vient d’être intenté à l’Institut royal danois d’anatomie par un rentier de Stockholm, nommé Vystroem.

Il y a vingt ans, M. Vystroem s’est engagé par contrat à léguer son corps à l’Institut d’anatomie contre paiement d’une certaine somme. Mais depuis, le pauvre hère qui avait vendu son cadavre, est devenu un homme très riche et aujourd’hui il voudrait résilier son traité.

Toutes les négociations engagées dans ce but ayant échoué, M. Vystroem s’est adressé à la justice.

Or, les magistrats ont déclaré que le traité est valable, qu’il subsiste légalement et qu’il n’y a pas moyens de l’annuler. Le tribunal a même condamné M. Vystroem à payer des dommages-intérêts à l’Institut pour avoir violé une clause du contrat en se faisant arracher deux dents sans lui avoir au préalable demandé l’autorisation.

« Gazette médicale de Paris. » Paris, 15 oct. 1910.
Peinture : Bernard Buffet.

 

Le marathonien qui mit 54 ans à finir sa course

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Shizo-Kanakuri
Eurosport

Il s’appelait Shizo Kanakuri, et normalement, on aurait dû le trouver. Le bonhomme n’était certes ni très grand (1,70 m) ni très gros (64 kg), mais tout de même, un Japonais à Stockholm, cela se remarque ! Surtout en 1912…

Pour arriver là, Kanakuri avait effectué un voyage long de dix-huit jours, par la mer d’abord, puis par le train transsibérien, avant d’arriver exténué dans la capitale suédoise. Il lui avait fallu cinq jours de récupération pour être capable de s’aligner au départ du marathon olympique, but de son périple. Visiblement, cinq jours ne suffisaient pas.

Le marathon des Jeux de Stockholm fut, il est vrai, l’un des pires de l’Histoire. Disputé sous une chaleur accablante, il mit sur le flanc la moitié de ses participants. Trente-deux abandons au total, et même un drame. Le Portugais Francisco Lazaro s’effondra sur la fin du parcours, victime d’une insolation et d’un problème cardiaque. Immédiatement conduit à l’hôpital, il y succomba le lendemain, devenant le premier mort des Jeux olympiques. Il avait 21 ans. Le même âge, à peu de choses près, que Kanakuri, né le 20 août 1891 au Japon.

Lui n’était pas décédé. Du moins l’espérait-on. Car, à l’issue de la course, nulle trace de lui. Il avait pris le départ, c’était certain, tout comme il était établi qu’il n’avait pas terminé. Mais il ne figurait pas non plus parmi les coureurs ayant abandonné, que les organisateurs avaient ramassés sur le parcours.

Les efforts de la police, mise sur l’affaire, furent tout aussi vains. Et Kanakuri devint rapidement en Suède « le Japonais qui a disparu », une sorte de légende urbaine à la sauce suédoise. Les rumeurs se multiplièrent. Certains l’auraient vu tituber dans Stockholm, cherchant désespérément l’entrée du stade olympique. D’autres, boire un verre en compagnie de deux troublantes beautés locales… Aucune piste ne tenait la route. Et puis, peu à peu, on l’oublia.

Shizo-Kanakuri

Personne en Suède ne remarqua que Shizo Kanakuri participa aux marathons olympiques d’Anvers en 1920 (il s’y classa 16e) et de Paris en 1924. Ou plutôt, personne ne fit le rapprochement avec le « disparu » de Stockholm, huit et douze ans plus tôt… En 1952, à l’occasion du 50e anniversaire des Jeux, un journal suédois décida de repartir à sa recherche. Le reporter retrouva Kanakuri dans la ville de Tamana qui l’avait vu naître, et dans laquelle il s’éteindrait en 1984, à l’âge de 93 ans. Il y était professeur de géographie et accepta pour la première fois de raconter son histoire.

Au trentième kilomètre environ de ce marathon dantesque, Kanakuri s’était écroulé dans le jardin d’une maison suédoise. Ses occupants, compatissants, lui avaient proposé un verre d’eau et même un lit pour se reposer. Le Japonais s’y s’était si bien senti qu’il s’était endormi jusqu’au lendemain matin. Ses hôtes lui avaient ensuite donné des vêtements et l’avaient mis dans un train à destination de Stockholm…

De honte de n’avoir pas terminé sa course, de peur d’avoir à s’expliquer, il s’était immédiatement embarqué sur un navire en partance pour le Japon, dans la plus grande discrétion…En 1967, Shizo Kanakuri revint à Stockholm à l’occasion de l’inauguration d’un grand magasin. Invité, à l’âge de 76 ans, il put enfin se racheter. Conduit au stade olympique, devant un public aux anges, « le Japonais qui a disparu » trottina toute une ligne droite et franchit enfin la ligne d’arrivée. Sa performance sur le marathon s’établit alors à 54 ans, 8 mois, 6 jours, 32 minutes, 20 secondes et 3 dixièmes ! La pire de l’histoire olympique. Et sans aucun doute pour toujours.

Extrait de « PETITES HISTOIRES DU 100 METRES ET AUTRES DISCIPLINES. »  Etienne Bonamy et Gérard Schaller, Hugo&Cie.