Strasbourg

Le cerveau humain

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einstein

Au cours du congrès anthropologique allemand qui se tient actuellement à Strasbourg, le professeur Stieda, de l’Université de Loenigsberg, a rendu compte de ses études sur les circonvolutions du cerveau humain.

D’après le savant allemand, les circonvolutions sont sans aucune influence sur l’intelligence. M. Steida a spécialement étudié le cerveau de Sauerwein, un polyglotte suédois mort il y a trois ans et qui jouissait de l’extraordinaire faculté de causer, d’écrire et de versifier en cinquante-quatre langues différentes. Or, ce moderne Pic de la Mirandole avait un cerveau présentant certaines particularités, mais la deuxième circonvolution gauche, celle où Broca a localisé la faculté du langage, était, d’un aspect ordinaire.

L’examen de cerveaux de sourds-muets a permis de faire des constatations analogues. Même chez les femmes, la circonvolution est peu développée, ce qui prouve mieux que tout que ce développement n’est aucunement lié à la faculté de… bavarder. 

« Le Grand journal hebdomadaire d’actualités. » Paris, 1907.
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Schiller… citoyen français

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Schiller

Un des descendants de Schiller, M. de Gleichen, vient de publier sur lui des souvenirs forts intéressants, au milieu desquels on trouve cette amusante anecdote. 

L’oeuvre de Schiller avait provoqué un tel enthousiasme en France que la Convention lui décerna le titre de citoyen français et donna l’ordre de lui expédier son diplôme civique. Or, l’employé chargé de faire l’expédition était un partisan prématuré de la réforme de l’orthographe, car il écrivit l’adresse comme il prononçait le nom et expédia le diplôme civique au nom de Gillé.

Et le document adressé à ce M. Gillé parcourut vainement toute l’Allemagne; et il eut été sans doute perdu si, par le contenu de la lettre, qu’il fallut bien ouvrir, on n’eût compris qu’il s’agissait de Schiller… à qui elle parvint enfin par les soins de M. Campe, de Hambourg, qui était le traducteur et le disciple de Rousseau.

Schiller, du reste, après avoir pris connaissance du diplôme, écrivait avec une certaine ironie, un peu macabre :

« J’ai reçu, il y a quinze jours, le diplôme ratifié par Roland, il y a déjà cinq ans, égaré depuis à Strasbourg. Ce document m’est parvenu du royaume des morts, car Danton et Clavière l’ont signé. La lettre qui l’accompagnait est signée par Roland; Custine s’en chargea pendant sa première campagne allemande. Aucun d’eux n’existe plus. »

« Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire de la famille. »  Paris, 1905.

Un épisode de l’histoire de Strasbourg

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 L'entrée des Zurichois à Strasbourg

L’entrée des Zurichois à Strasbourg

Quarante-huit bourgeois de Zurich, sous la présidence de l’obman Casper Thomas, jurèrent qu’ils s’embarqueraient sur un bateau emportant de leur ville un plat de millet bouillant et qu’ils le serviraient encore chaud aux Strasbourgeois. A cette époque, il fallait quatre jours pour exécuter un pareil voyage par la Limatt, l’Aar et le Rhin; les Zurichois firent le serment d’arriver dans la même journée chez leurs amis.

Ils équipèrent une grande barque, s’assurèrent des relais de bateliers à Lauffenbourg, à Bâle et à Brisach, se donnèrent un costume uniforme: velours noir, chausses rouges et chapeau à plumes. Ils partirent de Zurich le 20 juin 1576, à deux heures du matin, ayant embarqué avec eux une musique composée de trois trompettes, deux tambours et un fifre. La marmite de millet avait été posée dans un tonneau rempli de sable chauffé toute la nuit dans un four.

Au premier coup d’aviron, toute la population zurichoise poussa comme un seul homme un hurrah ! en l’honneur de Strasbourg, touchant salut de la petite République à sa soeur alsacienne. Les hardis rameurs étaient déjà loin. Les rives de la Limatt et de l’Aar fuyaient de chaque côté du bateau avec une rapidité vertigineuse. Au lever du soleil, ils entraient dans le Rhin. A Lauffenbourg, pour couper les méandres du fleuve, ils déchargent leurs bateaux et s’embarquent dans un autre qu’on leur tient préparé plus bas.

Au premier coup de dix heures, une décharge d’artillerie leur fait lever la tête; ils passent sous le pont de Bâle: c’est le canon de la ville qui les salue, pendant que le peuple, rassemblé pour les voir passer, pousse des hurrahs en l’honneur de Zurich et de Strasbourg. Vers le milieu du jour, écrasés sous un soleil ardent, harassés de fatigue, ils mangent à la hâte, en vue de Brisach, un morceau, avalent une lampée de vin et reprennent les avirons. Les châteaux de Sponeck et de Limbourg fuient derrière eux; les berges s’aplanissent, et ils aperçoivent la cathédrale. A sept heures, ils entrent dans le petit bras qui conduit à l‘Ill, arborent à leur poupe le drapeau blanc et bleu de Zurich, donnent un coup d’oeil à leur toilette et font un signe à la musique.

Porte Neuve en 1576

C’est aux accents d’une marche guerrière que, glissant sur la rivière, ils entrent dans la ville, dont les quais sont encombrés d’une population enthousiaste. Un poète de l’époque, Fischart, a chanté le fait:

« Puisqu’on savait, dit-il, que la société devait arriver en ce jour et que beaucoup de paris étaient ouverts sur la possibilité de ce voyage dans un si court délai, la foule se pressait sur les quais, depuis le canal jusqu’à la douane, si compacte qu’elle semblait de loin une forêt d’hommes, de vieux et de jeunes. Quand on vit la barque avec ses nombreux visiteurs et qu’on entendit le son des trompettes et des tambours, on s’écria : « Les voilà, ceux qui nous  viennent de si loin, sachant mettre en pratique le  proverbe: Vouloir c’est pouvoir ! »

Le Sénat les attendait pour les féliciter, et le chef de la troupe, Casper Thomas; répondit:

« Nous avons mis dix-sept heures pour venir à l’appel de la fête: le millet que nous apportons à Strasbourg est encore chaud ! Nous avons voulu prouver à nos bons alliés que nous ne mettrions pas plus de temps à leur appel devant le danger et que nos coeurs ne se refroidiraient pas en chemin ! »

Touchantes et naïves paroles, dit l’auteur de Strasbourg illustré, qui contrastent avec le langage ambigu de la diplomatie officielle !

Edouard Siebecker. Extrait de l’Alsace, « récits historiques d’un patriote. »

« Musée universel. »  A. Ballue, Paris, 1873.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5775531f/f370.image.r=Musée%20universel.langFR

La danse meurtrière de 1518

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En juillet de l’an 1518 à Strasbourg, s’est produit un événement des plus énigmatiques. Une femme nommée Frau Troffea, s’est mise à danser frénétiquement dans une rue pendant une période estimée entre quatre à six jours, sans arrêt. Après une semaine d’activité, 34 personnes l’avaient rejointe et après un mois, ils étaient environ 400 qui dansaient sans pouvoir s’arrêter.

Cet événement, supporté par des archives et chroniques de l’époque, dont des notes de physiciens et des sermons de cathédrale, a causé la mort de la majorité de ces danseurs soit d’attaques cardiaques, ou d’épuisement. Les autorités, qui avaient rejeté des causes surnaturelles ou astrologies liées à cette danse interminable, ne trouvèrent rien d’autre à préconiser que « d’avantage de danse » pour soigner les possédés, ils avaient même opté pour la construction d’une scène en bois en pensant qu’en dansant jour et nuit, les individus retrouveraient leur normalité.

La raison d’une pareille « contagion » n’est pas claire et pendant des siècles, cet étrange événement a sidéré les chercheurs : l’historien John Waller avance une théorie d’hystérie collective déclenchée des suites d’une famine et autres maladies percutantes de l’époque.

Une autre théorie veut que les danseurs étaient des consommateurs de pain lacé d’ergot, un psychotrope hallucinogène, à l’origine du LSD, qui fut notamment responsable en masse d’hallucinations, de convulsions démoniaques et de tentatives de suicide à Pont St Esprit dans le Gard en 1951.