suicide

Suicide doré

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Les Chinois avaient une manière somptueuse de se tuer : ils avalaient de l’or !

Ce n’est pas, comme on pourrait le croire, de la poudre d’or ou de l’or en feuille auxquels ont recours les riches Célestes las de la vie, mais bien à un morceau d’or d’une certaine dimension. 

Quand l’or arrive dans le ventre, son poids spécifique l’empêche de remonter les circonvolutions de l’intestin et, au bout de quelques jours, il amène la mort.

Une mort très douce, assure-t-on, au pays du Céleste Empire. 

L’enfant de Bohème

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Une fenêtre d’un grand hôtel de la  promenade des Anglais de Nice s’ouvrait  brusquement, un soir, et un homme venait s’abattre sur le trottoir.

C’était un gentleman qui portait avec distinction un des plus grands noms d’Ecosse. Il ne s’était pas tué par neurasthénie, ni de dégoût de ne pouvoir monter à cheval sans tomber, comme le prince de Galles, ni même pour avoir pris au jeu la tragique culotte. Il s’était tué par désespoir d’amour.

A Londres, il avait fait la connaissance d’un joli mannequin qui rêvait de devenir danseuse et qui était en passe de le devenir, ayant remporté un premier prix à Paris et un autre à Nice. Le jeune mylord voulait épouser le joli mannequin. Mais le joli mannequin signifia au jeune mylord qu’elle préférait la danse aux révérences à la cour de Buckingham et au traditionnel château en Ecosse. Le compatriote de Walter Scott, entendant ça, ouvrit la fenêtre et se précipita. Cette aventure tragique a causé dans la gentry anglaise une véritable consternation.

Eh quoi, ont dit les joyeuses commères de Windsor et d’ailleurs, être noble, riche, beau et se tuer pour une dancing girl, alors qu’il y a dans la société tant de jeunes filles qui sèchent sur pied.

Hélas ! bonnes gens, l’amour est toujours enfant de Bohême, même lorsqu’il porte la jaquette bordée et le monocle d’un jeune membre du Savage Club. Notre jeune Ecossais était coiffé de sa petite fille de rien du tout et il a fait poum ! de désespoir d’en être dédaigné. Lord Byron, ce Don Juan hautain et sec, n’aurait pas approuvé cette histoire d’amour terminée par une défenestration. Mais lord Byron aima-t-il vraiment ?

Ce bon jeune homme qui s’écrase, comme un vulgaire calicot amoureux, sur l’asphalte lui est, à mon avis, infiniment supérieur.

André Négis, 1929.
Peinture : Angelo Garino.

Y’a pas de quoi !

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Une femme, jeune et bien mise, se jeta dernièrement dans l’étang des Prés Saint-George. Un passant qui la vit s’y précipita presque en même temps et la ramena sur le bord.

Le peuple s’y attroupa, et les prompts secours, qui lui furent donnés, la rappelèrent à ses sens. En vain on lui demanda quel motif avait pu la porter à une action pareille, et si elle en avait du repentir. Point de réponse. Celui qui l’avait retirée de l’eau, et qui paraissait un homme honnête, se mit à lui faire des reproches sur son silence opiniâtre.

Voyez , lui dit-il, ce que j’ai fait pour vous, en quel état je me fuis mis. Je suis tout trempé de la tête aux pieds. J’ai l’air d’en rat noyé. Je ne peux pas savoir si vous m’en avez quelque obligation.

A ce mot d’obligation, quelle fut la surprise de tous les assistants d’entendre cette femme s’écrier :

Retire-toi de mes yeux, assassin, meurtrier !
— Moi, reprit avec indignation  le passant ! moi, meurtrier et assassin ! Est-ce qu’au contraire je n’ai pas risqué de périr pour vous ? Quel est l’excès de votre ingratitude d’appeler meurtrier un homme qui vous a rendu à la vie.

Cette singulière altercation intéressait vivement tous les spectateurs qui attendaient un dénouement tout aussi étrange. Leur curiosité ne tarda pas à être satisfaite : la dame noyée prenant un ton plus rassis et plus grave :

Allez, Monsieur, vous pouvez être un galant homme, mais vous n’avez pas tiré grand fruit de vos études. Il faut vous renvoyer à l’école pour y apprendre,

« Que qui veut sauver femme à mourir résolue,
« Aux yeux de la raison est celui qui la tue. »

C’est le sens d’un adage latin qu’elle fit ronfler dans les oreilles de la foule qui l’environnait.

« Invitam qui servat idem facit occidenti. »

A ce trait, qui ne laissait point de doute sur l’état de son esprit, chacun se retira. Le particulier qu’elle avait ainsi apostrophé, touché de compassion, se chargea de la faire conduire chez ses parents.

« Gazette et avant-coureur de littérature, des sciences et des arts. » Paris, 1774.
Peinture : Alexandre Cabanel.

 

Un mystérieux suicide

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lord-castlereagh (2)

Le docteur Brierre de Boismont a extrait l’histoire présente d’un livre curieux publié par un médecin anglais, sous le titre de Anatomy of suicide. Elle se rapporte à la cause mystérieuse du suicide du marquis de Londonderry (Robert Stewart), qui, sous le nom de lord Castelreagh, fut ministre du Foreign Office pendant la lutte de l’Angleterre et de l’Europe coalisée contre la France, et qui, en 1820, se coupa la gorge dans un accès de folie.

Il y a environ quarante ans, le noble lord était allé visiter un gentilhomme de ses amis, qui habitait, au nord de l’Irlande, un de ces vieux châteaux que les romanciers choisissent de préférence pour théâtre de leurs apparitions. L’aspect de l’appartement du marquis était en harmonie parfaite avec l’édifice. En effet, les boiseries richement sculptées, noircies avec le temps, l’immense cintre de la cheminée, semblable à l’entrée d’une tombe, la longue file des portraits des ancêtres au regard à la fois fier et méprisant, les draperies vastes, poudreuses et lourdes qui masquaient les croisées et entouraient le lit, étaient bien de nature à donner un tour mélancolique aux pensées.

Lord Londonderry examina sa chambre et fit connaissance avec les anciens maîtres du château, qui, debout dans leur cadre d’ivoire, semblaient attendre son salut. Après avoir congédié son valet, il se mit au lit. Il venait d’éteindre sa bougie, lorsqu’il aperçut un rayon de lumière qui éclairait le ciel de son lit. Convaincu qu’il n’y avait pas de feu dans la grille, que les rideaux étaient fermés, et que la chambre était, quelques minutes avant, dans une obscurité complète, il supposa qu’un intrus s’était glissé dans la pièce. Se tournant alors rapidement du côté d’où venait la lumière, il vit, à son grand étonnement, la figure d’un bel enfant entouré d’un limbe. L’esprit se tenait à quelque distance de son lit.

Persuadé de l’intégrité de ses facultés, mais soupçonnant une mystification de la part d’un des nombreux hôtes du château, lord Londonderry s’avança vers l’apparition, qui se retira devant lui. A mesure qu’il approchait, elle reculait, jusqu’à ce qu’enfin, parvenue sous le grand cintre de l’immense cheminée, elle s’abîma dans la terre. Lord Londonderry revint à son lit, mais il ne dormit pas de la nuit, tourmenté de cet événement extraordinaire. Était-il réel, ou devait-il être considéré comme l’effet d’une imagination exaltée ? Le mystère n’était pas facile à résoudre.

Il se détermina à ne faire aucune allusion à ce qui lui était arrivé, jusqu’à ce qu’il eût examiné avec soin les figures de toutes les personnes de la maison, afin de s’assurer s’il avait été l’objet de quelque supercherie. Au déjeuner, le marquis chercha en vain à surprendre sur les figures quelques-uns de ces sourires cachés, de ces regards de connivence, de ces clignements d’yeux, par lesquels se trahissent généralement les auteurs de ces conspirations domestiques. La conversation suivit son cours ordinaire. Elle était animée, rien ne révélait une mystification, tout se passa comme de coutume. A la fin, le héros de l’aventure ne put résister au désir de raconter ce qu’il avait vu, et il entra dans toutes les particularités de l’apparition. Ce récit excita beaucoup d’intérêt parmi les auditeurs et donna lieu à des explications fort diverses. Mais le maître du lieu interrompit les divers commentaires en faisant observer que la relation de lord Londonderry devait, en effet, paraître fort extraordinaire à ceux qui n’habitaient pas depuis longtemps le château, et qui ne connaissaient pas les légendes de la famille. Alors, se retournant vers le héros de l’aventure :

« Vous avez vu l’enfant brillant, lui dit-il, soyez satisfait, c’est le présage d’une grande fortune, mais j’aurais préféré qu’il n’eût point été question de cette apparition. »  suicide-lord-castlereagh

Dans une autre circonstance, lord Castelreagh vit encore l’enfant brillant à la chambre des communes, et il est très probable que le jour de son suicide, il eut une semblable apparition. 

Louis Figuier. « Histoire du merveilleux dans les temps modernes. » Paris, 1860.

On ne discute pas les ordres

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La garnison de Klausenbourg (Autriche-Hongrie) a été mise en émoi, samedi dernier, par le suicide qu’un officier de cette garnison a accompli dans des conditions véritablement extraordinaires.

Le lieutenant d’infanterie Charles Mangesius. en proie à un accès de désespoir causé par un événement que l’on ignore encore, donne l’ordre à un soldat de son régiment de se présenter à telle et telle heure, avec armes et munitions, dans son appartement.

L’homme arrive. Le lieutenant lui dit de charger son fusil. L’homme, étonné, obéit en hésitant.

Le lieutenant s’agenouille et ordonne au soldat de tirer sur lui. Le soldat refuse. L’officier insiste et fait comprendre au troupier qu’il n’a qu’un devoir : celui d’obéir à ses supérieurs et que, s’il n’obéit pas, il sera frappé des peines les plus sévères.

Le troupier obéit enfin, l’officier commande : Feu ! et tombe foudroyé.

Charles Mangesius était fils d’un général de division en retraite.

« Le Rappel. »  Paris, 1889.

Suppression définitive du Hara-Kiri

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hara-kiri

C’est, comme on le sait, l’expression qui désigne l’habitude qu’avaient, qu’ont même encore les Japonais, de s’ouvrir le ventre, sous prétexte d’honneur.

C’est à cela surtout que servaient ces sabres qui font si bien dans les ateliers ou les installations de jeunes gens. Ils vont prendre un intérêt tout archaïque ; car le ministre de la Guerre du Japon vient de lancer un ordre du jour à ses troupes, leur interdisant de se « Hara-Kiriter » désormais : car, dit-il, s’il est beau de mourir pour l’honneur, il est encore plus beau de vivre pour la patrie…

En attendant qu’on se fasse tuer pour elle.

« Touche-à-tout. »  Paris, 1904.

Un homme précautionneux

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suicide

Décidé à mourir, mais craignant d’être mouillé, un refugié russe, près de Nice, se pend en tenant un parapluie.

« Le Petit Journal Illustré. » 1928.