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Autodafé suisse

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Au dix-huitième siècle, un décret fut promulgué en Suisse, proscrivant la Pucelle, de Voltaire, et le livre de l’Esprit, d’Helvétius, et enjoignant à tous les magistrats d’en rechercher et d’en détruire les exemplaires.

Le juge du canton de Bâle répondit :

On n’a trouvé dans mon canton ni pucelle ni esprit.

« Hier, aujourd’hui, demain. »  Paris, 1923.

Les aventures d’un singe

singe

Une revue allemande raconte l’amusante histoire d’un singe rapporté du Sud-Ouest Africain par un voyageur.

Le petit animal pesait environ un kilogramme. De Gênes à la frontière suisse, une taxe d’oiseau à 1 fr. 50 lui fut imposée. L’administration de la ligne du Gothard le considéra comme un chien, et son propriétaire dut débourser 8 fr. 40 cent. Sur la ligne orientale helvétique, le singe devint un simple colis de 20 kilogrammes et paya 80 centimes. Dans le Grand-Duché de Bade et dans le Wurtemberg, l’animal passa sans difficulté. Mais de Stuttgart jusqu’au lieu de sa destination, le singe redevint chien et cela coûta 1 fr. 60 à son propriétaire, qui rit encore des avatars du quadrumane.

Simples fantaisies administratives !

« La Lanterne : journal politique quotidien. »  Paris, 1902.

Le Suisse de Sainte-Marguerite

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A la neuvième chambre, le Mercredi Saint, que voulait donc la bonne femme au curé ? Hé ! hé ! les promesses de M. Loubet sont tenues : Nous ferons respecter les gens d’église, si on les attaque, et nous les réprimanderons s’ils injurient le gouvernement, a voulu dire le président du conseil, lorsqu’à la Chambre on lui a posé les désagréables questions relatives aux enjuponnés.

Pour faire compensation à la retenue de solde infligée à Narcisse, on vient de prélever sur le maigre salaire d’une pauvre ouvrière parisienne, mère de famille, la, somme de 36 francs doublée d’un procès ! La neuvième chambre, présidée par M. de Boislisle, a, dans son audience du mercredi saint, condamné la prévenue à 25 francs d’amende, pour avoir fait du scandale dans un édifice consacré au culte, à 11 francs d’amende pour avoir égratigné le nez du suisse, et aux dépens du procès.

La chose vaut la peine d’être contée, ne servirait-elle qu’à ouvrir une souscription pour offrir à la pauvre ouvrière une compensation à la peine dont on la frappe.

A l’appel de la cause s’avance à la barre une petite femme maigriotte, un enfant sur les bras.

Votre âge ?
— Vingt-cinq ans.
— Votre profession ?
— Mécanicienne.
— Vous êtes prévenue d’avoir un soir, vers six heures, fait du scandale dans l’église Sainte-Marguerite, d’avoir injurié le suisse, de l’avoir battu, qu’avez-vous à répondre ?
— Monsieur, j’avais pour des raisons particulières et personnelles à parler à M. le curé.
— Pour lui demander un secours, peut-être ?
— Non, monsieur, je n’ai pas à lui demander cela, c’est d’autre choses qui n’intéressent en rien les étrangers, c’est une affaire personnelle.

Ici, la voix de l’inculpée devient inintelligible. On entend seulement: « Mais m’ayant quittée, à cause du curé… »

Le président l’interrompt pour donner la parole au témoin, un grand diable de suisse qui raconte que cette petite femme est venue pour demander M. le curé à la sacristie, que M. le curé avait dit qu’il ne recevait que le matin, la petite femme a cri » : « Je veux le voir, j’ai à lui parler, il m’attend, et tu ne m’empêcheras pas de passer ! » Et alors elle s’est jetée contre ce colosse, l’a battu. Le colosse a appelé au secours et le sacristain est allé cherché deux agents qui ont conduit la petite femme au poste, et voilà.

On rit, dans l’auditoire, de ce colosse molesté par, cette petite femme. Lorsque la condamnation est prononcée on se demande ce que le curé et son suisse y ont gagné. Pas grand-chose, mais l’Eglise ne pourra plus se plaindre que le bras séculier ne lui prête un tutélaire appui.

« L’Indépendant de Mascara. »  Mascara, 1892.

Le ronfleur de Zurich

nounours

Il vient de mourir, dans un canton de la Suisse, un riche fermier qui était affligé d’une maladie bien gênante, peu rare, en vérité, en Suisse et même en France, mais qui chez lui atteignait un degré d’intensité effroyable.

M. Charles Lester (c’était son nom) était surnommé le « ronfleur de Zurich ». Il habitait un château immense, dans lequel il dormait seul, aucun de ses domestiques n’ayant jamais pu fermer l’oeil autour de lui. Quand la nuit était calme, on l’entendait au loin et certaines fois,, en hiver, quand le ronfleur avait un rhume de cerveau, on accourait des environs pour l’entendre. La chute du Niagara seule, à ce que racontent les touristes, produisait un bruit aussi imposant.

On pense bien qu’une pareille infirmité rendait son propriétaire excessivement malheureux. Pour ne parler que d’un détail, feu Charles Lester aimait beaucoup séjourner à Paris, mais il n’y passait jamais que la nuit du mardi gras de chaque année. Cette nuit-là seulement, le ronfleur de Zurich pouvait dormir en toute liberté.

Tout le monde croyait qu’il jouait du cor de chasse !

« La Revue des journaux et des livres. »  Paris, 1885.