suisse

Alfredo le souverain

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Illustration : Alberto Breccia
Illustration : Alberto Breccia

Robinson Crusoé a un successeur. On sait que Daniel de Foë a pris pour canevas de son Robinson les aventures du matelot écossais Alexandre Selkirk, qui resta cinq ans dans l’île déserte Juan Fernandez. L’île, depuis Selkirk, était restée inhabitée, lorsque, en 1872, un Suisse M. Rodt, la prit à bail au gouvernement chilien et y établit une colonie agricole qui est aujourd’hui en pleine prospérité. 

von_rodtAlfredo Von Rodt qui a une quarantaine d’années, était entré en 1864 dans l’armée autrichienne et avait fait, en 1866, la campagne de Bohême. Très violent ennemi de la Prusse, il était venu à Paris, au mois de septembre 1870, et s’était distingué, dans le bataillon des Amis de la France, à la bataille de Champigny.

Aujourd’hui, il est quasi souverain de l’île de Robinson : il y exerce, sous la réserve de la suzeraineté du Chili, qui n’a jusqu’ici jamais été invoquée, toutes les fonctions gouvernementales, judiciaires et administratives, et les choses, à en croire les journaux américains, qui s’occupent beaucoup de M. Rodt, marchent cent fois mieux que dans n’importe quelle, république. Le souverain y exerce pourtant un pouvoir absolu et sans contrôle.

« La Revue des journaux et des livres. » Paris, 1885.

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Le Ranz des vaches

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vaches

Il y a en Suisse un air de musique antique et fort simple, appelé le Ranz des Vaches. Cet air est d’un tel effet sur l’âme des Suisses, qu’on fut obligé de défendre de le jouer en Hollande et en France, devant les soldats de cette nation, parce qu’il les faisait déserter tous, les uns après les autres.

« Je m’imagine, dit Bernardin de Saint Pierre, que ce Ranz des Vaches imite le mugissement des bestiaux, le retentissement des échos, et d’autres convenances locales qui faisaient bouillir le sang dans les veines de ces pauvres soldats en leur rappelant les vallons, les lacs, les montagnes de leur patrie, et en même temps les compagnons de leur premier âge, leurs premières amours; le souvenir de leurs bons aïeux, etc. »

« Chroniques. » 1849.

Un capitaine suisse

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Winkelried

Un capitaine suisse faisait enterrer pêle-mêle sur le champ de bataille les morts et les mourants. On lui représenta que quelques-uns vivaient encore, et qu’il fallait leur sauver la vie.

« Bon, bon, dit-il, si l’on voulait les écouter tous, il n’y en aurait pas un de mort. »

Le remède héroïque

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Eugène Burnand
Eugène Burnand

Un Suisse des environs de zurich se plaignait à un
de ses voisins d’un grand mal à l’œil, et lui demandait
s’il ne connaissait part quelque remède. Le voisin lui
répondit : J’avais l’an passé grand mal à une dent, je
la fis arracher, et je fus guéri sur-le-champ. C’est à
vous à voir ce que vous avez à faire.

Ainsi font, font, font …

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polichinelleJean Brioché était arracheur de dents qui, vers l’an 1650, se rendit fameux par son talent dans l’art de faire jouer les marionnettes. Après avoir amusé Paris et les provinces, il passa en Suisse et s’arrêta à Soleure.

Brioché avait décidé de donner une représentation en présence d’une assemblée nombreuse, qui ne se doutait pas de ce qu’elle allait voir, car les Suisses ne connaissaient pas les marionnettes.

A peine eurent-ils aperçu Pantalon, le diable, le médecin, Polichinelle et leurs bizarres compagnons, qu’ils ouvrirent des yeux effrayés. De mémoire d’homme, on n’avait entendu parler dans le pays d’êtres aussi petits, aussi agiles et aussi babillards que ceux-là. Ils s’imaginèrent que ces petits hommes qui parlaient, dansaient, se battaient et se disputaient si bien ne pouvaient être qu’une troupe de lutins aux ordres de Brioché.

Cette idée se confirmant par les confidences que les spectateurs se faisaient entre eux, quelques-uns coururent chez le juge, et lui dénoncèrent le magicien.

Le juge, épouvanté, ordonna à ses archers d’arrêter le sorcier, et l’obligea à comparaître devant lui. On garrotta Brioché, on l’amena devant le magistrat, qui voulut voir les pièces du procès ; on apporta le théâtre et les démons de bois, auxquels on ne touchait qu’en frémissant; et Brioché fut condamné à être brûlé avec son attirail. Cette sentence allait être exécutée, lorsque survint un nommé Dumont, capitaine des gardes suisses au service du roi de France : curieux de voir le magicien français, il reconnut le malheureux Brioché qui l’avait tant fait rire à Paris. Il se rendit en toute hâte chez le juge : après avoir fait suspendre d’un jour l’arrêt, il lui expliqua l’affaire, lui fit comprendre le mécanisme des marionnettes, et obtint l’ordre de mettre Brioché en liberté. Ce dernier revint à Paris, se promettant bien de ne plus songer à faire rire les Suisses dans leur pays.

« Dictionnaire infernal. »  J. Collin de Plancy, Plon, 1863.