superstition

Présages

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naufrage

D’après des croyances populaires que l’on retrouve partout, les naufrages, ainsi que la plupart des grandes catastrophes, sont précédés de signes avant-coureurs qui se manifestent soit aux marins, soit à leur famille.

Lors du naufrage du Rocabey, qui eut lieu en 1883, le soir qui précéda la catastrophe, on entendit plusieurs fois un chien qui était sur le pont hurler à la mort.

Certains rêves présagent le naufrage : rêver qu’on danse, qu’on se rase, qu’on est aveugle, ou qu’on voit la pleine lune sont pour les marins des indices que leur navire se perdra.

Au contraire, si l’on rêve que l’on voit en naviguant une lumière vive qui brille au loin, cela veut dire qu’on est à l’abri des tempêtes, des écueils et de tous les dangers que l’on court en mer. 

Au Portugal, quand un coq chante avant minuit, c’est le signe qu’une embarcation se perd.

Parfois un navire spectre se montre au moment de la catastrophe. Les habitants des bords de la Baltique croient souvent prévoir quand un vaisseau fait naufrage ou viendra échouer sur la côte, parce que, quelques jours ou quelques semaines avant d’essuyer de tels sinistres, les vaisseaux viennent la nuit, semblables à de noirs fantômes aériens, lutiner dans le lieu même où ils doivent périr. Toutes les parties dont ils se composent, carcasse, cordages, mâts et voiles, paraissent en feu.

La barque de la fée dite New-Haven apparaît, dit-on, sur les mers de l’autre hémisphère, chaque fois qu’un naufrage doit avoir lieu.

Trois hommes des environs de Paimpol qui étaient à la pêche au mulet virent sur le coup de minuit une embarcation toute blanche, montée par des hommes habillés de blanc. Ils continuèrent leur pêche et au retour ils passèrent près d’une chapelle, d’où ils virent sortir des hommes habillés de blanc, dont un ressemblait beaucoup à un « Paimpolais » de leurs amis.

Le lendemain, sur la grève, ils retrouvèrent leur compagnon qui leur dit qu’en effet il était allé la veille à un pèlerinage voisin.

Le paimpolais s’embarquait ce même soir, et quelques heures plus tard il sombrait en pleine nuit sur le rocher des Charpentiers.

« Magazine universel. »  Paris, 1903.

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Zola superstitieux

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emile-zola

Les esprits forts, ou réputés comme tels, font profession de ne pas croire au merveilleux. Et, par une étrange contradiction, ces gens, qui refusent de s’incliner devant des faits dûment constatés, sont généralement enclins à accorder la plus large créance à de puériles superstitions, à donner une signification à des détails importants pour eux seuls.

C’est ainsi que la fameuse enquête médico-psychologique, entreprise par le Dr. Toulouse sur M. Zola, a donné lieu à quelques observations particulièrement curieuses. Elle nous a initiés à une manie du fécond romancier, laquelle consiste, dès qu’il se trouve seul, à additionner mentalement tous les chiffres qui lui passent devant les yeux. Dans les rues, par exemple, il additionne les chiffres des numéros des maisons, des voitures, etc. Et lorsque le total de l’addition donne 7 ou un multiple de 7, voilà M. Emile Zola ennuyé pour toute la journée.

L’auteur de la Terre à une horreur véhémente du chiffre 7, et cette crainte superstitieuse est telle qu’il n’ose rien entreprendre le 7 du mois, quelle que soit l’urgence.

Or, c’est le 7 du mois de février que M. Zola doit comparaître en cour d’assises.

Mauvais présage !

« L’Écho du merveilleux. » Paris, 1898.

Manies d’écrivains célèbres

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ecrivain

M. Mermeix, de la « France », a causé avec M. G. Claudin et lui a conté quelques anecdotes curieuses sur trois ou quatre écrivains célèbres:

Théophile Gautier croyait à la jettatura. Il craignait le mauvais oeil. Or vous savez qu’Offenbach était jettatore. On prétendait qu’il portait malheur. Gautier avait cette superstition. Jamais il ne voulut écrire le nom d’Offenbach. Quand ce nom devait même figurer dans sa copie, il faisait venir de l’imprimerie un compositeur et lui faisait découper dans un journal les lettres du nom d’Offenbach. Ces lettres, il les collait sur son papier. Le nom fatal était dans la copie, mais Gautier, ne l’ayant pas écrit, avait échappé à la jettatura ; il avait conjuré le « malin ».

Paul de Saint-Victor n’avait pas peur d’Offenbach. Mais il redoutait les encriers qui n’étaient pas le sien. Cet encrier était en bois noir. Il l’avait rapporté de Fribourg. Il pensait qu’il ne trouverait pas une idée au fond d’un autre encrier. Quand il partait en voyage, il emballait le précieux accessoire de son génie.

La manie de M. Barbey d’Aurevilly d’écrire avec des encres de différentes couleurs et de livrer à la composition des feuillets illustrés comme les vieux manuscrits du moyen âge est bien connue. On voit bien que M. Barbey d’Aurevilly n’est pas un écrivain du journalisme. S’il fallait à un journaliste changer de plume et d’encre à chaque membre de phrase, comme le fait l’illustre écrivain, les journaux quotidiens en arriveraient vite à paraître tous les deux jours.

M. Victorien Sardou écrit sur du papier qui lui coûte deux sous la feuille et qu’un papetier de la rue Croix des Petits-Champs fait fabriquer exprès pour lui. C’est un papier très épais et un peu rugueux.

Le grand Dumas, comme Sardou, avait la superstition de son papier. C’était un grand papier bleu quadrillé de quarante centimètres de hauteur. Il en avait toujours dans ses poches, pour être toujours en mesure de travailler n’importe où il se trouvait et à n’importe quelle heure, quand venait l’inspiration.

in « La Revue des journaux et des livres. »  Paris,1885.

Etrange superstition en Hongrie

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Voici un pendant hongrois aux pratiques bizarres, que M. Gaston Vuillier a racontées aux lecteurs du Tour du Monde dans ses récits sur les Magiciens et les Sorciers de la Corrèze.

Dans le village de Reuschor, comitat de Fogaras, en Transylvanie, qui a été particulièrement éprouvé cette année par la grande sécheresse, le bruit se répandit l’autre jour que, si la pluie ne tombait pas, c’était parce que le vieux paysan Todor Bordas, décédé il y a quelques semaines, avait proféré en mourant d’horribles blasphèmes. Comme, de son vivant, cet individu passait pour avoir fait un pacte avec le démon, tous les habitants du village crurent sur le champ qu’il en était ainsi, et onze d’entre eux, plus savants et plus courageux que les autres, entreprirent de détruire l’effet des maléfices de Bordas.

Conformément aux indications d’un grimoire qui leur fut prêté par le « bon sorcier »   d’un village voisin, ils se rendirent, par une nuit noire, au cimetière, et, à minuit précis, exhumèrent le corps à moitié décomposé du mort, en prononçant des formules magiques. Les incantations terminées, le cadavre fut tourné sur le ventre, replacé dans la bière, et la fosse de nouveau fermée.

Quelques gouttes de pluie étant tombées le lendemain matin, l’heureux phénomène fut naturellement attribué à la macabre opération. Mais, bientôt, le soleil revint, plus implacable que jamais; l’eau baissa dans les puits; même le ruisseau du village cessa de couler. Les paysans s’assemblèrent de nouveau ; et, après avoir relu plus attentivement le grimoire, ils résolurent d’employer une recette plus complète, donc plus efficace. Le soir même, ils retournèrent au cimetière et, exhumant encore une fois le cadavre, ils le firent alors sauter à coups de fourche.

Le fils de Bordas, prévenu de ce qui se passait, vint les supplier à genoux de cesser leurs pratiques; mais les paysans, qui avaient à leur tête le fils du maire de la localité, le ramenèrent de vive force dans sa maison. Le lendemain, il ne plut point davantage. Mais la gendarmerie vint arrêter les onze violateurs du tombeau, y compris le fils du maire et le « bon sorcier » qui avait prêté le grimoire. Ils ont été immédiatement emprisonnés et mis à la disposition des autorités qui tiennent fort justement à faire un exemple.

« A travers le monde. »  Paris, 1904.

Les Possédés du Oualamo

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Oualamos

Le district de ce nom est à quatorze jours de distance de la capitale Addis-Ababa, raconte M. Wellby, et possède une déplorable réputation: tous ceux qui osent y mettre le pied deviennent la proie du diable. J’ai pris cela, naturellement, pour une superstition. Mais j’y ai vu se manifester un phénomène si bizarre, qu’aujourd’hui encore je ne peux me l’expliquer.

Le premier indice, à mon arrivée dans cette région, qu’il se passait quelque chose d’extraordinaire, fut le cri de joie d’un Somali de mon escorte, qui dit brusquement « Oualamo ! Oualamo ! » et se précipita comme un insensé dans la campagne, en proie à une horrible surexcitation; tout son corps tremblait; il tournait et frappait dans le vide tout autour de lui. Dans un court moment de lucidité, il me cria qu’il était possédé du diable. Il demeura toute la nuit comme un fou furieux, mais recouvra sa raison le matin suivant. Dans le cours du voyage il eut un second accès. qui lui fit tirer son couteau et menacer de mort quiconque l’approchait. On me dit aussi qu’il y avait du danger à manger en la présence d’un naturel de Oualamo. Un de mes Soudanais se trouvant dans ce cas tomba sur-le-champ en pâmoison. Pendant deux jours il sembla s’être remis, mais, le troisième jour, il devint fou furieux. Un autre de mes domestiques, un jeune homme flegmatique, paisible, donna également des signes d’égarement semblables, dont il guérit au bout de vingt-quatre heures.

Dans le but de mieux étudier ce phénomène et d’en chercher la cause scientifique, je résolus de prendre un repas en présence de cent Oualamos. Je digérai parfaitement et n’en éprouvai aucune conséquence fâcheuse pendant toute la durée du voyage, sauf le surlendemain dudit repas, où je me sentis malade. Je ne le dis à personne; mais il me fut impossible de découvrir la cause de cette mystérieuse maladie. Je donne le fait tel quel, sans chercher à l’expliquer.

Oualamo ou Oualcita est situé sur les bords d’un lac que le capitaine Wellby a appelé Marguerite.

«  A travers le monde  » Hachette, Paris, 1899.

Les arbres à loques

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« Arbre à loques  » à Senarpont en Picardie

L’un des cultes païens les plus mystérieux pratiqués aujourd’hui encore en France est certainement celui des arbres à loques.

Les fervents viennent de nuit, seuls ou par petits groupes, suspendre dans les branches d’un arbre des vêtements, chaussons, layettes ou chemises appartenant à des malades proches. Cette besogne accomplie, ils invoquent les forces majestueuses de la nature pour obtenir les faveurs des dieux des forêts et des bosquets. Ces pèlerins, issus de toutes les couches sociales, célèbrent un culte venu du plus profond des âges, en psalmodiant de curieuses litanies gutturales, mélange d’ancien gaulois et de langue germanique.

On peut citer l’exemple de Thérèse Robin, agent comptable dans une grande surface de Châteaubriant, qui, à l’automne 1989, est venue tous les soirs en secret pendant cinq jours invoquer les bonnes grâces de sainte Pataude sur « la tombe à la Fille », au milieu de la forêt de Teillay. Dans ses prières, elle demandait la guérison de sa mère, victime d’un paralysie faciale et condamnée par le corps médical. Pour conforter les forces invisibles, elle avait suspendu aux branches d’un if un foulard appartenant à sa mère. Hasard ou intervention des forces invoquées, toujours est-il que sa mère sortit de l’hôpital au bout d’une semaine, en bonne santé.

« Tombe de la Fille » dans la forêt de Teillay

Aujourd’hui, le culte continue, et la tombe est toujours recouverte de tulipes, de camélias et de centaines de lettres adressées à sainte Pataude qui lui demandent santé, amour,  travail et … des gains au Loto. Derrière la tombe, suspendus à des branches, des vêtements de malades flottent au vent, et dans la fraîcheur du soir, de petits groupes prient. La légende veut que la tombe fleurie soit celle d’une jeune républicaine torturée et pendue ici-même il y a plus de deux cents ans par les chouans. Les pratiques magiques ayant lieu sur la tombe à la Fille ne sont pas des cas isolés.

La presse régionale cite régulièrement des exemples qui perpétuent le culte des arbres à loques et qui reproduisent sans en avoir connaissance les anciens cultes druidiques. Ainsi, à Senarpont, dans la Somme, les fervents viennent de toute la Picardie pour appeler la protection des dieux forestiers et de saint Claude, en suspendant aux branches d’un orme des loques, chaussons, chaussettes et vestes appartenant à des malades ont on souhaite ardemment la guérison. Certains dimanches, on compte plus de cent personnes priant autour de l’arbre sacré. Avec humour, les gens des alentours surnomment le site « l’friperie d’Saint-Gleude ».

« A la découverte de la France Mystérieuse »  2001.