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L’amour du merveilleux

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bucherLes philosophes, les moralistes, les esprits sages (il y en a encore quelques-uns, paraît-il),  reprochent à notre époque son amour excessif du merveilleux.

Ce n’est certes pas sans raison. Les répercussions lointaines de la guerre ont ébranlé les savants édifices géométriques que la science avait échafaudés sur les assises de la raison. La logique ne nous satisfait plus. Elle n’apaise pas nos inquiétudes. Notre imagination se sent captive dans les limites trop étroites du monde réel. Elle s’évade vers l’inconnu. Elle plonge dans le mystère, et la voilà, dès lors, esclave fervente du merveilleux.

Le merveilleux, qui de nous, en effet, ne le désire, ne le cherche et, au besoin, ne le suscite ? Nous le désirons par réaction contre la monotonie de la vie courante, de cette vie que Jules Laforgue accusait d’être vraiment trop quotidienne.Nous la cherchons par curiosité, poussés ainsi par le goût maladif de l’émotion rare, du frisson nouveau, et nous la suscitons avec le vague espoir de pénétrer les grands secrets qui nous angoissent au seuil de la vie, au seuil de la mort.

Il n’est badaud qui n’ait grimpé, le cœur battant, les escaliers obscurs de quelque voyante extra-lucide pour se faire dire la bonne aventure à l’aide de tarots, de marc de café, d’œufs et de billets de vingt francs. Il n’est Grosjean qui ne soit resté une demi-heure, les yeux écarquillés, les doigts écartelés sur le rebord de quelque guéridon bancal, pour consulter l’âme de feu son grand-père, de son épouse regrettée ou de quelque facétieux esprit en maraude dans les ténèbres de l’au-delà et d’ailleurs. De graves savants à lunettes se sont penchés sur le petit bout de caoutchouc ectoplasmique péniblement expectoré par l’ancien médium de la villa Carmen, qui fut, comme chacun le sait, le théâtre de manifestations trop étranges pour ne pas être comiques. On essaye de photographier des fantômes, on les prie respectueusement de bien vouloir laisser l’empreinte de leurs mains et de leurs pieds dans des blocs de saindoux ou des baquets de plâtre, ce qu’ils font ou ne font pas, car les fantômes, comme les humains, ne sont pas toujours de bonne humeur. L’au-delà a ses petits défauts et ce seul indice donne même fort à craindre que nous ne retrouvions, après la mort, un monde identique à celui que nous quitterons…

Mais pourquoi crier haro sur notre époque ? Un tel égarement ne lui est pas particulier. L’humanité a toujours eu l’amour et le culte du merveilleux. Conscient de sa petitesse, l’homme a toujours placé, au-dessus de lui, de formidables puissances occultes exerçant leur pouvoir dans une sphère inaccessible. Cette disposition native a existé à toutes les périodes de l’histoire. Selon les temps, les lieux et les mœurs, elle a revêtu des aspects différents, elle a donné naissance à des manifestations variables dans leur forme, mais le fond est toujours resté le même.

La divination, la croyance au pouvoir des oracles, des devins, des sibylles ou des thaumaturges, telle est la forme que le merveilleux nous offre dans l’antiquité et qui s’est conservée jusqu’à nos jours, à quelque modification près, chez tous les peuples de l’Orient.

Le paganisme reposait sur le merveilleux et l’exécution de phénomènes surnaturels, de miracles, de prodiges, était si universellement considérée comme preuve indispensable de divinité, que le christianisme lui-même dut y recourir. On vit alors deux sortes de merveilleux lutter l’un contre l’autre auprès de la crédulité publique. Le premier, résidu de l’ancienne science sacrée, ravalé par les innombrables magiciens du Bas-Empire, fut taxé d’hérésie et de satanisme. Le second prétendit, au contraire, puiser son inspiration dans les principes divins. Au nom du Dieu nouveau, on extermina, sans merci, force magiciens et sorciers, en réalité coupables seulement de connaître quelques tours de physique.

Mais telle fut au moyen-âge la fureur d’exorciser et de rôtir que les moines ne tardèrent pas à découvrir partout et en quoi que ce fût des manifestations sataniques. La moindre maladie nerveuse devint un danger. Ils y voyaient un signe évident de possession. L’Europe fut, dès lors, terrorisée par la démonophobie de l’Eglise.

Accorder foi à l’existence des sorciers, lutter contre eux, les traquer, les excommunier, les condamner, les brûler vifs, n’était-ce pas en somme reconnaître la puissance du merveilleux sur l’esprit des foules ?…

L’Eglise admettait donc le merveilleux qu’elle combattait. Elle ne niait pas Satan. Elle l’affirmait.

Pendant le seizième et le dix-septième siècles on considéra comme un principe au-dessus de toute dispute la possibilité de la présence du Diable dans le corps de l’homme. Unepossession était-elle dénoncée, on la mettait immédiatement hors de doute. On ne discutait que pour savoir si elle avait été directement effectuée par le démon ou indirectement par l’intermédiaire d’un magicien. On la reconnaissait d’ailleurs à des signes extérieurs particuliers.

Le possédé, déclare le Rituel d’exorcisme, pouvait lire les pensées d’autrui, parler des langues étrangères sans qu’il les connût, prédire les événements futurs, savoir ce qui se passait en des lieux éloignés, hors de sa vue. Les facultés intellectuelles subissaient une mystérieuse exaltation. Ses forces physiques étaient accrues au delà de la moyenne ordinaire. Enfin, on lui attribuait le pouvoir de léviter, de rester suspendu dans les airs aussi longtemps qu’il le voulait. Bref, le possédé semblait appartenir à une espèce supérieure qui n’avait rien à envier à l’obscurantisme cruel des non-possédés.

Il va sans dire que les magistrats partageaient, sur ce point, les croyances des ecclésiastiques. Quant aux médecins de l’époque, plus ignorants encore que ceux de Molière, ils imputaient naturellement aux méfaits du Diable les troubles physiques que leur science était incapable de comprendre. On faisait flèche de tout bois contre les sorciers et il n’était de frère ignorantin qui ne pût envoyer son homme au bûcher, tant la démonomanie sévissait avec fureur. Alors que les lois, les coutumes, les mœurs étaient différentes d’une province à l’autre, il régnait au contraire, à l’endroit des apôtres du merveilleux, une unanimité touchante de jurisprudence Juges d’église, juges séculiers, juges royaux, juges civils, magistrats de Rouen, de Paris, de Bordeaux et d’ailleurs, tous étaient d’accord pour les condamner au supplice du feu. Une insupportable odeur de chair grillée empuantit toute l’Europe jusqu’à la fin du dix-septième siècle.

Ces sorciers, ces démoniaques n’existaient peut-être que dans l’imagination forcenée des moines. On en voyait partout. On en découvrait chaque jour. Voici à ce propos ce que dit le fameux légiste Bognet, grand juge de la terre de Saint-Claude, dans un rapport adressé à Henri IV :

« Je tiens que les sorciers pourraient dresser une armée, égale à celle de Xerxès, qui était néanmoins de dix-huit cent mille hommes; car s’il en est ainsi que Trois-Echelles (prêtre atteint d’une telle démonophobie qu’il dénonça, sous Charles IX, tant de personnes que l’on n’osa exercer des poursuites) déclara, sous le roi Charles neuvième, qu’ils étaient en France seule trois cent mille, à combien estimerons-nous le nombre qui se pourrait rencontrer les autres pays et contrées du monde ? Et ne croirons-nous pas encore que, dès lors, ils se sont accrus de moitié ? Quant à moi, je n’en fais nul doute, d’autant que, si nous jetons seulement l’œil sur nos voisins, nous les verrons tous fourmiller de cette malheureuse et damnable vermine. L’Allemagne n’est quasi empêchée à autre chose qu’à leur dresser des feux; la Suisse à cette occasion en dépeuple beaucoup de ses villages; la Lorraine fait voir aux étrangers mille et mille poteaux auxquels on les attache; la Savoie nous envoie tous les jours une infinité de personnes qui sont possédées des démons… Mais quel jugement ferons-nous de la France ? Il est bien difficile à croire qu’elle en soit repurgée, attendu le grand nombre qu’elle en soutenait du temps de Trois-Echelles, je ne parle point des autres régions plus éloignées; non, non, les sorciers marchent partout par milliers, se multiplient en terre comme les chenilles en nos jardins… Je veux bien qu’ils sachent que, si les effets correspondaient à ma volonté, la terre serait tantôt repurgée, car je désirerais qu’ils fussent tous mis en un seul corps, pour les faire brûler tout à une fois en un seul feu (Bognet, Discours des Sorciers. Dédicace). »

Voilà ce que l’on pensait et croyait des sorciers au seizième siècle. On peut en conclure que le merveilleux, tout comme la religion qui lui avait voué une haine implacable, a eu ses martyrs. Quelques noms sont restés…

A défaut de l’esprit humain, les temps ont changé. La fureur des tables parlantes, des esprits frappeurs, des médiums, des formations ectoplasmiques fait revivre sous nos yeux, de nos jours, les pratiques réunies du merveilleux d’autrefois. Ces phénomènes surnaturels, nous nous efforçons aujourd’hui de les comprendre, de les expliquer scientifiquement ou d’en dénoncer ouvertement la supercherie.

Mais la crédulité humaine offre, à qui sait l’exploiter, des ressources infinies. La formule magique l’emportera toujours sur la formule scientifique. Une forme de merveilleux paraît-elle surannée, il en surgit une autre qui attire l’attention, frappe l’imagination. De génération en génération, l’humanité se repaît des mêmes chimères. Le merveilleux en est une.

Chimère et industrie.

Le juge Bognet évaluait, sous Henri IV, le nombre des sorciers en France, à six cent mille. Ce chiffre était peut-être exagéré pour les besoins de la cause. Mais combien de gens pratiquent aujourd’hui l’industrie du merveilleux ? 

On en mourait autrefois.

Aujourd’hui, on en vit.

« L’Afrique du Nord illustrée : journal hebdomadaire d’actualités nord-africaines. » Pierre Berch, Alger 1923.

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Superstitions de vedettes 

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superstitionLes vedettes qui n’ont pas quelques superstitions lorsqu’elles tournent sur les plateaux sont très rares. 

C’est ainsi que Judy Garland refuse de chanter avec un orchestre dans lequel se trouve un cornet à piston de cuivre, qu’Una Merkel porte, au moins une fois, dans chaque film, une vieille paire de chaussures, en souvenir de ses débuts,que l’élégante Rosalind Russell, pendant la première semaine où elle tourne dans un film, n’utilise que la vieille robe de chambre qu’elle avait au théâtre.

La superstition « préférée » de Robert Taylor, est de mettre son chapeau sur un lit. Il assure que c’est son plus sûr porte-bonheur. Norma Shearer, pour rien au monde, ne voudrait se servir d’une autre table de maquillage que celle qu’elle eut lorsqu’elle débuta a l’écran. Fanny Brice, selon la vieille tradition du théâtre, ne peut supporter que l’on siffle dans sa loge Fernand Gravey ne commence jamais de tourner un vendredi 13. Joan Crawford ne veut pas d’autre loge que celle qui lui fut donnée lorsqu’elle devint vedette. Dennis O’Keefe ne va jamais sur le plateau sans s’être assuré que son dollar porte-bonheur est bien dans sa poche. Ce dollar lui a été donné par sa mère lorsqu’il débuta au théâtre.

Mais la plus amusante de toutes ces superstitions et petites manies est probablement celle de Jeannette MacDonald qui, où qu’elle soit, sur le plateau, ne peut voir le plus petit bout de ficelle, sans le ramasser.

Paris, 1938.

Petites superstitions 

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théatreLes acteurs anglais sont, paraît-il, très superstitieux. Aussi, les répétitions générales n’ont-elles jamais lieu le vendredi… et encore moins les premières ! Une pièce comportant treize rôles serait infailliblement refusée, ainsi que tout drame ou comédie dans laquelle un des personnages devrait entrer en scène avec un parapluie ouvert. 

Il y a aussi le préjugé des plumes de paon, si profondément établi qu’à l’ouverture de l’établissement le Prince Of Wales, beaucoup de personnes s’évanouirent parce que l’étoffe des fauteuils rappelait, par son dessin, une queue de paon. Le directeur dut la faire changer. Enfin, on ne doit pas siffler pendant les répétitions, ni dans les loges des artistes, car siffler porte malheur à la recette. 

Surtout quand c’est le public qui siffle ! 

« L’Écho du merveilleux. » Paris, 1906.

Abeilles et croyances populaires

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Dans le Bas-Berry, quand il y a un décès à la maison, on entoure la ruche d’une bande de drap noir. Il en est de même dans certaines parties de l’arrondissement de Châteaulin (Finistère), où le deuil des ruches dure un an. Les cultivateurs du pays sont persuadés que l’oubli de cette pratique amènerait le dépérissement de toute la ruche. On constate les mêmes croyances en Normandie et au pied des Pyrénées.

Les abeilles donnent lieu à de nombreuses superstitions. En Westphalie, on met dans le cercueil d’un mort de la cire et du miel, et, de la sorte, les ruches ne seront pas volées. En Souabe, quand les « mouches » sont paresseuses, on leur adresse des remontrances, qu’elles prennent à coeur sans tarder. On dit, dans la même région, que les abeilles meurent chez les avares et chez les époux qui ne s’entendent pas.

Ailleurs, si l’on transporte une ruche par-dessus la rue, on ne doit ni se retourner, ni dire un mot, ni rendre un salut, sans quoi l’essaim prend sa volée. Il ne fait plus de miel s’il a été déplacé la veille de Noël. Sur quelques points de l’Allemagne, au temps où les abeilles essaiment, on prononce ces mots devant la ruche : « Chère mère abeille, reste ici : je te donnerai une nouvelle maison, dans laquelle tu bâtiras et produiras miel et cire, dont tu gratifieras tous les cloîtres et églises. »

C’est encore là que le propriétaire des ruches ne doit pas partir en voyage le jour de la Chandeleur, ni même quitter la maison, sous peine de voir les abeilles s’envoler au printemps.

Bref, dans tous les pays, dans tous les temps, la superstition populaire s’est donné carrière autour des ouvrières des ruches, sans doute parce que leur activité, leur intelligence, l’aisance qu’elles apportent paraissent des choses merveilleuses et quelque peu surnaturelles.

« Nos lectures chez soi. » Paris, 1910.

Superstitions anglaises

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On ne saurait imaginer, dit M. Charles Roper (1858 –1940), à quel point les superstitions les plus enfantines sont répandues en Angleterre.

De nos jours les servantes achètent encore du sang de dragon et le jettent au feu, pour apercevoir dans la fumée ainsi produite, les traits de leurs futurs maris. Il n’est pas rare de voir quelques dames à équipage visiter des femmes qui exercent professionnellement comme sorcières, et qui prédisent l’avenir. 

Dans la grande majorité des maisons anglaises, on trouve un fer à cheval cloué sur la porte, pour porter bonheur. Au contraire c’est signe de malheur quand un soulier est posé sur une table ou que l’on met soit deux couteaux sur une assiette, soit deux cuillers sur une soucoupe. Au nouvel an, le propriétaire rural sort de sa maison à minuit moins le quart et y rentre au dernier coup de minuit. Il croit s’assurer une année de prospérité en franchissant ainsi le premier le seuil de sa porte. 

Dans le Norfolk, le monde redoute l’apparition de Chuck. C’est, au dire des paysans qui racontent tous l’avoir entrevu, une espèce de chien noir, hérissé, de mauvaise mine, avec des yeux flamboyants, qui suit le voyageur sur le sentier, tantôt demeurant caché dans l’ombre, tantôt apparaissant distinctement Notez que deux vers luisants et une broussaille un peu fournie peuvent parfaitement suffire à donner l’illusion de cette silhouette surnaturelle. 

La superstition sert d’ailleurs quelquefois d’excuse aux défauts et même aux vices : témoin cet homme, qui s’enivrait tous les jours et qui répondait aux reproches qu’on lui adressait qu’il avait en lui un diable, un petit diable toujours altéré, et que c’était ce petit diable qui voulait boire. Il aurait bien voulu être sobre, mais son esprit familier l’obligeait à aller sans cesse au cabaret. Et, en disant cela, l’ivrogne était sérieux comme un évêque. 

« Revue générale des contes, légendes, chants, usages, traditions et arts populaires. » Paris, 1894.

Superstitions

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Les anciens attachaient des idées superstitieuses à l’intempérie des saisons. Ainsi, les Hérules massacraient leur roi quand des pluies détruisaient les biens de la terre.

« Six choses, disent les anciennes lois d’Irlande, témoignent de l’indignité d’un roi : opposition illégale dans le conseil, infraction aux lois, disette, stérilité des vaches, pourriture du fruit, pourriture du grain mis en terre. Ce sont là six flambeaux allumés pour faire voir le mauvais gouvernement d’un roi. » 

L’historien espagnol Antonio de Solís y Ribadeneyra raconte que lorsque l’empereur du Mexique montait sur son trône, on lui faisait jurer que, pendant son règne, les pluies auraient lieu suivant les saisons, qu’il n’y aurait ni débordement des eaux, ni stérilité de la terre, ni maligne influence du soleil.

En Chine, c’est aussi une maxime reçue que, si l’année est bonne, c’est que l’empereur est béni du ciel, et ses sujets lui en tiennent compte. Mais il court grand risque d’être détrôné s’il survient quelque tremblement de terre ou une suite d’inondations ou d’incendies, car alors on croit, voir un arrêt du ciel dans ces désastres.

« L’Impartial. » Djidjelli, 1931.

La chanceuse

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Alexandre Dumas fils est plein de superstitions, comme tous les gens d’esprit. Il croit aux dates, aux anniversaires, au bon et au mauvais œil, à tous les fétiches de l’existence. Un jour j’entre chez lui et je ne trouve que sa domestique qui donnait les signes de la plus vive douleur. 

Qu’avez-vous donc, Louise ?
— Ah ! Monsieur, nous sommes dans de beaux draps, nous avons perdu la chanceuse.
— Comment ! la chanceuse est perdue ?
— Perdue.
— Elle n’est peut-être qu’égarée.
— Dieu vous entende.

Deux jours après je vis le brillant auteur de la Dame aux Camélias, du Demi-Monde, de Diane de Lys et de la Question d’Argent, il était rayonnant.

Vous savez, me dit-il, que la chanceuse est retrouvée.
Je vous en fais bien mon compliment
Vous ne savez peut-être pas ce que c’est que la chanceuse ? C’est une pièce de vingt francs à l’effigie du roi Charles-Albert, Carolus-Albertus. Cette pièce est trouée par le milieu.

Dumas fils a remarqué que depuis trois ans qu’il a cette pièce de vingt francs en sa possession, tout lui a réussi. On ne saura jamais toutes les émotions que lui a fait éprouver cette monnaie sarde. Il ne croit à sa vertu qu’autant qu’il ne la serre pas dans un tiroir comme une pièce de monnaie ordinaire, mais qu’il la laisse traîner indifféremment sur tous les meubles de son salon, de sa chambre à coucher ou de son cabinet de travail. De sorte que cette pièce de vingt francs, livrée à elle-même, s’égare quelquefois.

Alors ce sont des recherches à n’en plus finir.

On dérange tous les meubles, on fouille sous le lit, on regarde sous les fauteuils, Louise met tout sans dessus dessous, jusqu’à ce qu’elle ait retrouvé la chanceuse

Me donne-t-elle du mal, cette gueuse de pièce ? disait-elle un jour. Mais, dame, si Monsieur la perdait, il n’aurait peut-être plus de bonheur ?

« Le Chroniqueur de la semaine : critique, salons, théâtres, coulisses… »  Paris, 1856.