supplice

Le supplice du knout

Publié le Mis à jour le

knoutLa peine de mort n’existe point en Russie; la législation de ce pays (article publié en 1837) l’a remplacée par le knout, supplice horrible dont on punit les crimes capitaux et qui entraîne fréquemment la mort du condamné. Dans le cas où il résiste, celui qui a subi ce châtiment est presque toujours destiné à passer sa vie dans les mines, qui, en Russie, tiennent lieu de bagnes.

Voici les détails relatifs à cette peine infamante: On commence par dépouiller le patient de ses vêtements jusqu’à la ceinture, puis on l’attache au haut d’une échelle par les deux mains, que l’on a précédemment liées l’une à l’autre. Placé ainsi, les pieds pendants, sans cependant toucher à terre, le condamné présente le dos tout entier aux coups du bourreau. L’arme dont celui-ci le frappe est un fouet dont le manche peut avoir 48 centimètres de long, et dont la corde, composée de fines lanières de cuir blanc fort souple, a environ 64 centimètres. La veille du supplice, on met cette corde à tremper dans du lait, afin de la rendre plus pesante et plus flexible.

Chaque coup de fouet marque sa place et fait couler le sang. Un homme qui en a reçu quinze a la peau entièrement enlevée, et ses chairs sont aussi profondément incisées qu’elles pourraient l’être au moyen d’un instrument tranchant. On dit même qu’un exécuteur habile peut, au troisième coup, tuer le coupable, et que des familles riches le payent pour qu’il en soit ainsi, lorsqu’elles  veulent sauver un de leurs membres de la honte d’une flétrissure ou du malheur d’être envoyé aux mines.

Quand le bourreau a infligé le nombre de coups prescrit par l’arrêt (nombre qui varie suivant l’importance du crime), il détache le supplicié, qui est presque toujours évanoui; puis, aidé de ses valets, il lui coupe le nez, lui ouvre les narines avec un couteau, et le marque au front et sur les joues avec un fer rouge. Ce supplice terminé, on conduit le patient à l’hôpital, où tous les soins nécessaires à sa guérison lui sont prodigués. S’il se rétablit, on le transporte en Sibérie; on le descend dans les mines du gouvernement, et il ne voit plus la lumière du jour.

in Le Magasin pittoresque.  Edouard Charton, Paris, 1837.

Publicités