surdité

Le Maître

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beethovenBeethoven avait le cœur naturellement bon, mais il était excessivement irascible et sa colère, lorsqu’elle faisait explosion, dépassait quelquefois toutes les convenances, et lui attirait des désagréments et des humiliations. Voici quelques faits que Ferdinand Ries, ami et élève de  Ludwig van Beethoven, rapporte à ce sujet.

Dans un concert donné par Beethoven, on exécuta pour la première fois sa fantaisie pour piano avec orchestre et chœurs. La clarinette se trompa de huit mesures, et, comme c’était dans un moment où peu d’instruments jouaient, la faute perça davantage. Beethoven se leva en fureur, et se tournant vers l’orchestre, adressa aux musiciens des injures qui furent entendues de tout l’auditoire. « Recommençons ! » s’écria-t-il enfin, d’une voix de tonnerre. Et l’orchestre, fasciné par le regard et la voix impérieuse du maître, obéit sans dire mot.

Cette fois l’exécution fut parfaite, et obtint un grand succès. Mais à peine le concert fut-il terminé, que les artistes, se rappelant les épithètes peu honorables dont Beethoven les avait largement gratifiés, se soulevèrent en masse contre lui, et jurèrent de ne plus jouer en sa présence. Cette colère cependant ne fut pas de longue durée. Beethoven, ayant terminé peu de temps après une nouvelle composition, la curiosité de l’entendre l’emporta sur la rancune des musiciens qui s’empressèrent de l’exécuter sous la direction du compositeur.

A cette irritabilité se joignit plus tard une méfiance outrée qui prenait ombrage de tout, et qui s’accrut à mesure que la surdité faisait des progrès. Cette surdité date de plus loin qu’eu ne l’a cru jusqu’à présent. Un lettre que Beethoven écrivit en 1800 à son ami Wegeler prouve que déjà à cette époque la maladie avait commencé. Mais alors ses amis ne s’en aperçurent pas encore et si Beethoven n’entendait pas toujours trop bien ce qu’on lui disait, on mit cela sur le compte de sa distraction, à laquelle on était habitué.

Ries lui-même ne connut la surdité de son maître qu’en 1802. Ce fut à une promenade à la campagne qu’il en fit la triste expérience. Dans un bois qu’ils traversaient ensemble, un berger jouait de la flûte. Charmé de cette musique champêtre, Ries voulut la faire remarquer de Beethoven. Celui-ci prêta l’oreille, mais n’entendit rien. Il devint morne et triste. Ries, frappé de cette circonstance, s’efforça de l’égayer, et mentit, en lui assurant que les sons de la flûte avaient cessé.

Mais Beethoven poursuivit son chemin en silence, plongé dans une profonde mélancolie.

« Figaro. » Paris, 1839.
Illustration de Carl Schweninger.

Les serpents sont-ils sourds ?

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Tout le monde sait avec quelle vivacité les reptiles fuient au moindre bruit.

Il semble dès lors audacieux d’affirmer qu’ils sont sourds. C’est pourtant ce que soutient un spécialiste, M. Clyde Gordon, directeur du zoo de Staten Island (New York), qui part en guerre contre les fakirs hindous et autres charmeurs de serpent, qu’il n’hésite pas à traiter de farceurs.

M. Clyde Gordon s’est livré à la démonstration suivante : devant un cobra couché, il a porté à ses lèvres une flûte qu’il a agitée comme le font les charmeurs de serpent, mais sans souffler. Le cobra s’est aussitôt dressé, dodelinant de la tête, puis s’est agité de plus en plus, jusqu’au paroxysme de l’excitation nerveuse.

Sans musique, M. Clyde Gordon est donc arrivé au même résultat que les fakirs avec leur flûte merveilleuse.

« Qui ? : le magazine de l’énigme et de l’aventure. » Paris, 1946.