T.S.F.

La T. S. F. et ses applications

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Le corbeau des ondes

fantomasRécemment, les habitants de la petite ville d’Oradea Mare en Transylvanie — ceux du moins qui possèdent la T. S. F. — étaient fort émus par des appels qui venaient les alerter régulièrement tous les soirs :

« Allô, allô! Ici Radio station clandestine d’Oradea Mare. Nous allons vous donner la chronique scandaleuse et secrète de votre cité. »

Après quoi, une heure durant, une voix d’homme alternant avec une voix de femme passait en revue les petits scandales de la ville. On se figure aisément la fureur des uns et la joie des autres. La police eut beau fouiller partout, le poste mystérieux resta introuvable. Puis un beau jour les émissions cessèrent aussi brusquement sans que l’on sût jamais quelle en était la provenance.

« Lectures pour tous. » Paris, janvier 1935.

Des nazis dans le placard

espionnageL’Allemagne hitlérienne a trouvé une application de la T. S. F. digne du Conseil des Dix à Venise, pour dépister ceux qu’on soupçonne d’être hostiles au Führer.

L’invention est fort simple : dans la maison ou l’appartement occupé par des suspects on introduit à leur insu un petit appareil ne mesurant pas plus de 18 centimètres carrés que l’on dépose n’importe où, dans le fond d’une armoire par exemple. Un appareil récepteur, dissimulé dans un camion spécialement aménagé, complète l’installation et permet à des policiers, cachés dans le camion qui se trouve à moins de 500 mètres de là, d’entendre et d’enregistrer les propos tenus dans la maison.

L’expérience a été tentée par le correspondant berlinois du Sunday Express. Dans le buffet d’une maison qu’il habitait, on plaça un de ces appareils « espions ». Le journaliste se mit à parler à mi voix et ses paroles furent fidèlement reproduites dans un camion.

Les murs ont des oreilles ! 

« Lectures pour tous. » Paris, janvier 1935.

Charles Cros

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charles_crosLa légende de l’inventeur méconnu, bafoué de son vivant et glorifié enfin, longtemps après sa mort, reçut naguère une illustration nouvelle au cours d’une cérémonie solennelle qui se tint à la Sorbonne le 30 avril 1927. 

Il y avait ce jour-là cinquante ans que Charles Cros avait déposé à l’Académie des Sciences un pli cacheté contenant la description exacte et complète d’un des plus merveilleux appareils qui soient nés du génie humain. Et c’était ce grand anniversaire qu’on célébrait en Sorbonne pour témoigner hautement et officiellement que la France était pleinement en droit de revendiquer la gloire de cette invention. 

Sans doute eût-elle pu la revendiquer plus tôt, rendre hommage à l’auteur de son vivant, mettre à sa disposition les sommes nécessaires pour lui permettre de réaliser son idée et de construire son appareil. Mais chacun sait qu’il n’est point d’usage, chez nous, d’en agir ainsi. La tradition veut que l’inventeur connaisse, sinon les persécutions, du moins les dédains de la foule, et qu’on ne lui rende justice que longtemps après sa mort, et quand l’étranger s’est emparé de son idée et lui a fait un sort. 

C’est là toute l’histoire de Charles Cros et de sa géniale invention. 

Les idées de Charles Cros 

Charles Cros fut un esprit des plus originaux. Savant, certes, et très grand savant, il se doublait d’un poète, d’un humoriste, d’un pince-sans-rire. Pour se reposer de ses travaux scientifiques, il écrivait des vers et de très beaux vers — son recueil le Coffret de Santal, contient des pièces admirables — et il faisait des monologues pour Coquelin cadet. Il était notamment l’auteur d’une « scie » fameuse, le Hareng-Saur, qui valut au célèbre comique ses plus francs succès. 

Mais ce n’était là, pour Charles Cros, que badinages nécessaires à la détente de son cerveau. Le savant se livrait à de plus utiles travaux. Tout jeune, il avait étudié concurremment et la médecine et les langues anciennes. A quinze ans, il savait autant de sanscrit qu’un vieux brahmane. Un des premiers, il réalisa la synthèse du rubis. Avec Ducos du Hauron, il découvrit la photographie en couleurs. 

L’audace de certaines de ses conceptions scientifiques frisait parfois la plus invraisemblable fantaisie. L’idée d’une communication possible entre les planètes le hantait. En 1869, il publia dans le Cosmos un curieux mémoire (1) sur ce sujet. Comme, en ce temps-là, il n’était certes pas encore question de télégraphie sans fil, Charles Cros méditait de communiquer avec Mars au moyen de signaux optiques. Il proposait que, sur un immense espace de terrain, le Sahara, par exemple, on dessinât, en traits lumineux extrêmement puissants, la figure du théorème du carré de l’hypoténuse. Les savants de Mars, pensait Charles Cros, auraient reconnu immédiatement cette figure et auraient répondu, au moyen du même procédé, par la figure du théorème suivant. Et la correspondance se serait établie ainsi entre les deux planètes.

Cette idée, plus américaine que française, ne fut jamais réalisée. Elle montre du moins que le savant, chez Charles Cros, ne reculait pas devant des projets plus propres à exciter l’imagination d’un Jules Verne que celle d’un grave mathématicien.  

Charles Cros et Edison 

Mais venons-en à la conception du phonographe. Charles Cros avait déposé le 30 avril 1877, à l’Académie des Sciences un pli cacheté sous le titre que voici : « Procédé d’enregistrement et de reproduction des phénomènes perçus par l’ouïe ». Ce pli fut ouvert, lu en séance publique le 3 décembre de la même année et reproduit in-extenso dans le procès verbal de la dite séance.

Toute l’invention du phonographe y était nettement expliquée : membrane vibrante, pointe métallique suivant les ondulations de la membrane, appareil moteur faisant tourner la surface d’enregistrement : rien n’y manquait… Ou, plutôt, il n’avait manqué à Charles Cros que les fonds nécessaires pour construire l’appareil et présenter, au lieu d’une simple description, l’invention réalisée. 

Ces fonds, Charles Cros les chercha vainement… Vainement il esseya d’intéresser à son invention les constructeurs d’appareils scientifiques. N’ayant pas réussi, il voulut, au moins, en désespoir de cause, et pour s’assurer la priorité de la trouvaille, au cas où quelque réalisation du même genre serait tentée, publier la description de l’appareil avec tous les détails de son fonctionnement. Il chargea de ce soin un savant prêtre de ses amis, l’abbé Le Blanc, rédacteur scientifique de la Semaine du Clergé. C’est dans cette feuille que, le 10 octobre 1877, parut le premier article relatif à l’invention de Charles   Cros, et que fut imprimé pour la première fols, le nom de phonographe, qui devait lui être attribué. 

L’inventeur, à la vérité, eût préféré le nom de « paléophone « (voix du passé). C’est l’abbé Le Blanc qui proposa le terme « phonographe« ; et phonographe est resté. 

Or, c’est seulement cinq Jours après l’ouverture du pli de Charles Cros à l’Académie, c’est-à-dire le 8 décembre 1877, que Thomas Edison prit un brevet, d’ailleurs tout à fait informe, sur « les vibrations d’un tympan actionnant une plume chargée d’encre et frôlant une bande de papier sans fin. » Cela ne ressemblait guère au phonographe conçu par Charles Cros. Mais le 15 janvier suivant, Edison prenait un second brevet dans le quel se trouvait décrit le phonographe mécanique. Le grand adaptateur et réalisateur américain avait eu tout le temps de s’inspirer du mémoire original de Charles Cros, publié dans les comptes rendus de l’Académie, et de l’article de l’abbé Le Blanc, paru trois mois auparavant. 

On a dit avec raison qu’en cette affaire, Thomas Edison avait été à Charles Cros ce que Guglielmo Marconi fut à Edouard Branly dans la réalisation de la T. S. F. La comparaison est parfaitement judicieuse, avec cette différence, toutefois, que Marconi a proclamé la priorité des travaux de Branly, tandis qu’Edison s’est attribué à lui seul toute la gloire de l’invention. 

Or, cette gloire, il la doit surtout au fait qu’il a trouvé toujours autour de lui des capitalistes amis du progrès, confiants dans son génie, qui lui ont permis de puiser dans une caisse large ouverte et abondamment fournie pour réaliser toutes les inventions dont il s’occupait. 

Et c’est là ce qui, par contre, a manqué de tout temps aux inventeurs français. 

Les surprises du phonographe 

Cette invention du phonographe était une chose si singulière, si étrange, si inattendue, qu’elle suscita d’abord l’incrédulité générale. On raconte que c’est à elle qu’Edison dut ce titre de « wizard », c’est-à-dire de sorcier, de magicien, que ses compatriotes lui gardèrent depuis lors. 

Le soir oû il acheva la construction de son premier appareil, son principal commanditaire, M. Carman, se trouvait avec lui dans son laboratoire. Il regardait l’appareil, se demandant ce qu’il pouvait bien être, car Edison n’en avait encore parlé à personne.

— Qu’est-ce donc que cela ? demanda M. Carman à l’inventeur.
— Cela, répandit Edison, c’est une machine qui parle. 

Carman éclata de rire, croyant que le savant se moquait de lui.

 Voulez-vous parier avec moi, reprit Edison, que cet appareil va répéter textuellement ce que je vais lui dire ?
— Je tiens le pari. 

Edison récita devant le diaphragme les premiers vers d’une fable, que l’appareil, en bon perroquet, reproduisit d’une voix aigrelette, mais distincte.

 You are a great wizard ! — Vous êtes un grand sorcier ! s’écria Carman. 

En Angleterre, quand on présenta le premier phonographe importé d’Amérique, il se trouva dans l’assistance un évêque, John H. Vincent, qui, soupçonnant, quelque supercherie, voulut se livrer à une épreuve. Devant un rouleau, il énuméra à toute vitesse, un certain nombre de noms propres tirés de la Bible. L’appareil les répéta correctement… et le prélat s’avoua vaincu.

 Il n’y a que moi dans tout le pays, dit-il, qui puisse réciter ces noms avec une telle rapidité. 

Mais l’incident le plus comique se produisit à Paris, à la séance de l’Académie des Sciences, où un représentant d’Edison présenta un phonographe pour la première fois. Le président de l’assemblée, un médecin, nommé Bouillaud, se fâcha tout rouge et, saisissant l’opérateur au collet, le secoua d’importance :

 L’Académie, s’écria-t-il, n’est pas dupe du charlatanisme d’un habile ventriloque !… 

Il ne consentit à prendre l’invention au sérieux que lorsqu’on l’eût prié d’impressionner lui-même un cylindre et qu’il eût entendu l’appareil répéter exactement les paroles qu’il avait prononcées. 

Tels furent les débuts du phonographe. On sait à quel degré de perfection est arrivé aujourd’hui cet appareil. C’est là une des grandes inventions de ce XIXe siècle, si injustement diffamé, et si fécond en progrès de toutes sortes. 

Nous avons le droit , de rappeler avec quelque fierté que cette merveilleuse invention est née dans un cerveau français.

« Le Petit journal. » Paris, 12 août 1938.

  1.  Dans un mémoire sur les moyens de communication avec les planètes, M. Charles   Cros, propose d’envoyer des rayons lumineux groupés en faisceaux, par le moyen de miroirs paraboliques. Le faisceau enveloppe toute la planète et la déborde; ainsi, des observateurs, s’il y en a sur l’astre, verraient un point lumineux, — celui d’où partent les rayons, — sur le disque amplifié de la terre.
    Les intermittences du signal servent d’abord à établir une numération, et, ensuite, à transmettre des séries numériques traduisibles en dessins tracés en points. Il y a plusieurs procédés graphiques pour arriver à ce but; on choisirait un des plus simples, qui serait aisément deviné par les habitants de l’astre suscité, du moment qu’on les suppose assez intelligents pour observer et noter les signaux.
    L’auteur évalue numériquement l’intensité lumineuse de Neptune vu de la terre, ainsi que celle du signal, étant donné le diamètre du faisceau lumineux au niveau de l’astre visé. Il conclut, de la comparaison des deux intensités, qu’on pourrait, par les moyens actuellement connus, rendre la lueur du signal assez intense, pour que, vu de Vénus ou de Mars, ce signal fût aussi visible, et même davantage au besoin, que Neptune vu de la terre.
    Enfin, M. Charles Cros signale à l’attention des astronomes, ces points brillants que divers observateurs ont vus sur les planètes rapprochées; car il émet la supposition que ces points pourraient bien être des appels au monde terrestre. « Cosmos : revue encyclopédique. » Paris, 3 juillet 1869.

Le projet du docteur Robinson

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tsf-messageLe Dr Manfield Robinson arrivé à Londres s’apprête à communiquer par T. S. F. avec la planète Mars Il veut télégraphier à la Martienne Oomaruru dont il se dit ami. II a déjà par télépathie dicté aux habitants de cette planète la réponse qu’ils doivent envoyer à son message de salutations interplanétaires. 

De notre correspondant particulier. Londres, 21 octobre — Par téléphone.

La planète Mars est-elle habitée ? Personne n’en jurerait. Personne. Sauf toutefois le docteur H. Manfield Robinson, docteur en droit, avoué à Londres et ancien fonctionnaire municipal du quartier de Shoreditch. 

Les lecteurs du Matin se souviendront qu’il y a deux ans, à quelques jours près, le docteur Robinson fut l’objet dans ce journal d’un article de M. Charles Nordmann. L’astronome français n’ajoutait pas foi aux expériences de l’homme de loi londonien, qui assurait alors avoir communiqué par T. S. F. avec les Martiens et avoir reçu d’eux une réponse constituée par la seule lettre « M ». Et quand je demandai récemment à  M..Robinson pourquoi il n’avait pas relevé le gant, il répondit : 

Il eut été inutile d’engager une longue controverse à une époque où il ne m’était plus possible de faire la preuve de ce que j’avançais. 

Mars, en effet, s’éloignait alors de nous. Mais deux ans se sont écoulés et la planète nous revient. Elle va passer encore au plus près de la Terre dans la nuit de mercredi à jeudi prochain. Le moment est donc arrivé où le docteur Robinson tient à prouver qu’il a raison. 

Après d’innombrables démarches auprès des autorités du Post Office, il a enfin obtenu que la station de T. S. F. de Rugby, la plus puissante de celles se trouvant en territoire britannique, envoie un message dans l’infini au prix commercial de 1 shilling 6 pence le
mot. Le radiotélégramme sera expédié à 3 h. 15 du matin sur une longueur d’ondes de 18.500 mètres. Il sera répété à 2 h. 30. La réponse des Martiens est attendue environ 8 minutes plus tard sur la longueur d’ondes de 30.000 mètres. Mais comment les Martiens
comprendront-ils un message qui leur parviendrait en signaux Morse ou en anglais ? Le docteur Robinson a prévu l’objection. Grand adepte de la télépathie, qui lui fut enseignée jadis par Mahatma l’Hindou, il est entré, à maintes reprises, en communication avec ses collaborateurs martiens il y a même parmi eux une collaboratrice et il a pu prévenir ceux-ci de l’heure à laquelle il ferait son envoi radiotélégraphique. 

robinson docteurAfin de ne pas être accusé de supercherie lorsque le message qu’il attend en réponse lui parviendra, il a demandé aux opérateurs martiens de changer un mot ou deux dans le texte qu’ils renverront et il a poussé la complaisance jusqu’à leur dicter la phrase qu’ils devront toujours en signaux Morse et en anglais sans doute réexpédier vers la Terre. C’est ainsi que si M. Robinson envoie: « Salut de la terre à Mars », ses collaborateurs planétaires répondront « Salut de Mars à la Terre ». La seule crainte qu’ait le docteur, c’est que la réponse de Mars, qui doit être envoyée, comme on l’a vu plus haut, sur 30.000 mètres de longueur d’ondes, ne soit pas entendue sur notre monde où les stations équipées pour recevoir sur une telle longueur sont peu nombreuses. Aussi demande-t-il que la station La Fayette, près de Bordeaux, consente à écouter jeudi prochain entre 2 h. 15 et 2 h. 45. 

Depuis qu’il est venu me voir, le docteur Robinson s’est laissé complaisamment interviewer par de nombreux journalistes. Après leur avoir annoncé l’expérience qu’il va tenter, il leur a dévoilé maintes choses qu’il m’avait cachées. C’est ainsi qu’il leur a dit :

Je peux converser avec les Martiens aussi facilement qu’avec vous. D’ailleurs, je me suis rendu sur Mars. Mon corps éthéré a voyagé en 4 minutes depuis la Terre jusqu’à la planète, c’est-à-dire une vitesse aussi grande que celle de la lumière. 

Ce voyage inusité n’a pu être effectué que grâce à un petit appareil que le docteur appelle un « psychomotormètre » et qui a la forme d’une croix de Malte maintenue sur un pivot vertical, comme l’aiguille d’une boussole. Cet instrument fait la liaison entre l’esprit et la matière; c’est ainsi qu’il permet à M. Robinson de rester en communication permanente avec une Martienne nommée Oomaruru, ce qui, dans la langue de la planète, veut dire « La Bien-Aimée »… Cette charmante représentante du sexe faible martien a pu envoyer son portrait au docteur Robinson qui, en le montrant à la ronde, explique que les habitants de la planète sont plus grands que les hommes terrestres. Ils ont des oreilles énormes, vivent dans des maisons tout comme les Terriens, possèdent des avions, des autos et des chemins de fer et ils ont poussé si loin l’« électroculture » que trois pommes suffisent à nourrir un   Martien pendant une journée entière. 

Amateurs de T.S.F., à vos postes ! sur 30.000 mètres de longueur d’ondes. 

« Le Matin. » Paris, 22 octobre 1928.

 

Sans-filistes, la nuit prochaine le docteur Robinson lance un appel aux Martiens 

 

message marsA vos postes, avec le sourire. C’est demain, que, sous le signe de Oomaruru, « la Bien-Aimée », la Martienne aux longues oreilles, le docteur Manfield Robinson tentera d’inaugurer officiellement la correspondance intersidérale, ainsi que nous l’avons annoncé. 

Désireux d’associer tous les amateurs sans-filistes à cette expérience dont il serait au moins aventureux de pronostiquer le succès, M. Robinson leur rappelle que c’est décidément dans la nuit de mardi à mercredi qu’il enverra successivement, à 2 h. 15 et à 2 h. 30, le même message qu’il adresse aux Martiens, par, le poste de T.S.F. de Rugby et sur une longueur d’onde de 18.500 mètres. 

La réponse qu’il espère sera envoyée, dit-il, par la planète Mars, sur une longueur d’onde qui peut varier de 30.000 à 32.000 mètres et doit mettre huit minutes pour arriver à la Terre. Les personnes soucieuses de capter ce sensationnel message radio sont donc invitées à ne pas bouger, de leur poste d’écoute entre 2 h. 15 et 2 h. 45.

Il est bien permis de présager que cette demi-heure d’expectative ne sera pas dépourvue de gaieté !

« Le Matin. » Paris, 23 octobre 1928.

Le silence des Martiens

De notre correspondant particulier. Londres, 24 octobre. 

Les Martiens n’ont pas répondu à Mister Robinson, mais il ne se décourage pas malgré le scepticisme de sa femme.

« Si j’étais le plus grand comique du monde, je n’aurais pas mieux réussi à faire rire mes contemporains. »

Ces mots, prononcés par l’homme grave et sérieux qu’est le docteur H. Mansfield Robinson, m’ont accueilli ce matin au seuil du petit bureau d’avoué de la Cité où j’étais allé lui demander le résultat de ses expériences de la nuit dernière. Sans fausse honte, il continue :

« Cela a été un échec, je n’en disconviens pas, mais il y a à cela des raisons que je vais vous expliquer. Ne me croyez pas découragé ? En véritable John Bulle que je suis, j’ai la peau d’un pachyderme. Qu’on rie de moi autant qu’on voudra, rira bien qui rira le dernier. »

Un coup de téléphone interrompt ce monologue, qui ne m’avait pas encore permis de placer une parole. Je profite de cette diversion pour me faire montrer la lettre officielle envoyée, ce matin, à l’ami des Martiens par les autorités du general post office. Et tandis que mon interlocuteur discute avec son correspondant invisible les opérations de la nuit qui vient de s’écouler, je note hâtivement sur mon carnet les phrases principales du document émanant de M. F. W. Phillips, secrétaire de l’administration des P. T. T. Anglais.

Le poste de Rugby a envoyé votre radiotélégramme sur une longueurd’onde de 18.740 mètres. Celui-ci a été expédié à deux reprises une première fois entre 2 h, 15′ 37″ et 2 h. 18′ -26″, et une seconde fois entre 2 h. 30′ 35″et 2 h. 32′ 32″.

Le poste de Saint-Albans a, sur vos instructions, écouté entre 2 h. 15 et 2 h. 45 sur une longueur d’onde de 30.000 mètres. Aucun signal n’a été perçu. On a bien entendu quelques bruits, sons doute dus à des perturbations atmosphériques comme il s’en produit lorsqu’on travaille sur de grandes longueurs d’onde, mais rien n’a pu être interprété comme étant un message quelconque.

Et M. Phillips, a signé cela : « Votre obéissant serviteur. »

Mais M. Robinson, raccrochant son récepteur, se tourne à nouveau vers moi :

« Vous avez lu ? Cet échec ne me surprend pas. Si le post office avait consenti à envoyer mon message « Salut de la Terre à Mars » sur 30.000 mètres, je suis sûr que les ondes auraient pu percer les couches épaisses de l’atmosphère, et que nous aurions aujourd’hui le message-réponse que j’attendais.

Mais, vous savez que qu’est une ad-im-nis-tra-tion. Les fonctionnaires, d’abord, ont refusé de faire l’expérience à la date que j’aurais préférée, c’est-à-dire dimanche dernier. De plus, ils ont voulu émettre à 2 heures du matin, au lieu de 4 heures, moment de beaucoup préférable, et, enfin ils ont choisi eux-mêmes une longueur d’onde, insuffisante de moitié.

J’ajouterai que je n’ai même pas été autorisé à aller écouter moi-même à Saint-Albans. Prévoyant donc l’échec, j’avais demandé au professeur A. M. Low, le célèbre homme de science anglais, de me permettre d’écouter avec lui dans son laboratoire de Chiswick, près de Londres. De 2 heures à 5 heures ce matin, nous sommes restés près d’un haut-parleur qui nous a donné, à l’heure prévue, une série de signes incohérents, des traits et des points, dépourvus de sens, qui se terminaient cependant par la lettre « L » en Morse, deux fois répétée.

J’avoue ne pas comprendre ce message si c’en est un, il me faudrait des confirmations que me donneront peut-être les sans-filistes français et américains, ainsi que les navires en mer, mais j’en doute fort, car mes collaborateurs martiens m’ont fait savoir, par télépathie, qu’ils ont vainement écouté, la nuit dernière, et que rien ne leur est parvenu. Ils ne semblent d’ailleurs pas contents d’avoir été dérangés pour rien.

Je suis prêt à recommencer, et puisque les autorités de mon pays ne sont pas sincèrement désireuses de m’aider, je voudrais faire appel à la France par la grande voix du Matin. Qu’on me permette d’envoyer sur 30.000 mètres un nouveau message par le poste La Fayette, à la Croix-d’Hins, et surtout qu’on écoute avec soin et sans scepticisme. Nous aurons alors, je crois pouvoir l’assurer, la réponse que le monde attend. »

message pour mars

Le professeur A. M. Low, mis en avant par le docteur Robinson, a déclaré de son côté que, s’il avait accepté d’installer un puissant appareil de réception et d’attendre les résultats, c’est qu’il a pour principe de ne jamais laisser passer une occasion d’étude.

« Autant que je sois à même de juger, expliqua-t-il, nous n’avons reçu aucun message. Les chances de succès étaient d’ailleurs des plus problématiques. Nous avons entendu quelques bruits très indistincts qui ont pu être produits par une foule de causes, et j’ai noté, vers 3 heures, pendant une période de quatre minutes, une série de points et de traits dont j’ai donné copie au docteur Robinson qui va chercher à en tirer une signification. Il a d’ailleurs essayé, devant moi, de déchiffrer les signaux à l’aide de « son code martien », mais sans y parvenir. Surtout ne répandez pas l’idée que d’essayer d’entrer en communication avec Mars était ridicule. Au contraire, ce l’eut été de ne pas saisir l’occasion de suivre de près semblable expérience. »

L’énorme publicité donnée par la presse londonienne aux expériences du Dr Robinson a produit dans tout le pays un grand mouvement de curiosité. La plupart des journaux de Londres, qui n’ont naturellement pas pu donner ce matin la moindre nouvelle sur le résultat de la transmission à Mars, ont publié des articles sur le mode sarcastique.

Le grave Times lui-même prend à partie, dans un éditorial, les autorités postales de Mars dont il soupçonne l’honnêteté, ajoutant que si par un hasard quelconque les Martiens répondaient d’une façon hargneuse, cela, sans aucun doute, ferait faire un grand pas à la participation américaine à la Société des nations, les Terriens devant forcément s’unir contre le danger nouveau que serait pour notre planète les relations tendues avec celui des corps célestes qui apparaît le plus civilisé en dehors du nôtre.

Il est à noter toutefois qu’il y a ici au moins une personne qui n’a pris aucun intérêt aux essais de communication interplanétaire et cette personne c’est… la propre femme du Dr Robinson.

Quand les journalistes se sont présentés ce matin à la maison qu’elle habite dans le village de Roydon, Mme Robinson a déclaré :

« Si vous venez m’interroger au sujet de ces histoires de Mars, ce n’était pas la peine de vous déranger. Je vous assure que tout cela est une stupidité. Je ne sais pas si mon mari a envoyé son message, car je n’ai pas voulu que notre maison serve à ces expériences absurdes. Je n’ai pas de temps à perdre avec ces bêtises. »

« Le Matin. » 25 octobre 1928.

Jules Verne et la télévision

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jules verne et sa femmeOn n’a pas assez souligné la différence qui existe entre les anticipations de  H.G. Wells et celles de Jules Verne. Cependant, il faut noter que celles de Jules Verne se réalisent l’une après l’autre, tandis que Wells restera le maître du conte philosophique, mais a grande chance de n’être jamais reconnu comme l’annonciateur d’une grande invention.En particulier, dans le domaine de la T. S. F, Jules Verne a fait preuve d’une lucidité étonnante. Dans La Journée d’un journaliste américain en 2890, il prévoit et décrit non seulement les aérobus, les aérotrains, mais encore les journaux  projetés au domicile de chaque abonné et donnant, minute par minute, les nouvelles importantes. jules verneJules Verne  décrit aussi, avec une belle précision, le phonotéléphote, remplaçant le télégraphe et transmettant,  en plus de la parole, des images optiques. Or, quel sera pour Jules Verne le principe du phonotéléphote ? Le sélénium, dont les savants ne devaient s’occuper que 16 ans plus tard.

Dans un de ses derniers romans, et non des moins captivants, Le Château des Karpathes, il montre un grand seigneur transylvain, amoureux fou d’une cantatrice italienne, inventant d’étranges appareils qui, du théâtre, captent, à l’insu de tous, l’image et la voix de la cantatrice et les font s’épanouir à des centaines de lieues, dans une salle du château des Karpathes.jules verne cantatriceLa télévision est loin encore de pouvoir nous donner ces réalisations, mais nous sommes sûrs, maintenant, qu’elle y parviendra.

Les sans-filistes doivent célébrer le centenaire de Jules Verne, cet annonciateur de merveilles que nous attendons encore impatiemment.

La Parole Libre.
« Le Peuple : organe quotidien du syndicalisme. » Paris, 1928.

Pour la Science

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edouard_branlyEdouard Branly, inventeur de la T. S. F., ne possède pas encore de laboratoire digne de ses hautes recherches. Ce savant, dont la découverte a enrichi des foules d’individus dans le monde entier, vit presque pauvrement et poursuit ses travaux dans une sorte d’abri qui tient beaucoup plus de l’échoppe que du laboratoire. 

« Alors, ça continue ? s’écrie Sacha Guitry. Dans un pays comme le nôtre, un homme comme M. Branly n’a pas le nécessaire ? Mais c’est navrant, voyons, et ce n’est pas admissible ! » 

Bien sûr, mais que faire ? Le gouvernement, les facultés, semblent se désintéresser de cette situation précaire. Nous faisons nôtre l’indignation de Sacha Guitry lorsqu’il dit encore : 

« Est-ce qu’on va attendre que cet homme de génie-là, aussi, nous soit enlevé pour l’honorer comme on le doit  ? Est-ce que dans notre merveilleux pays on ne saurait rendre que des honneurs funèbres ?« 

Ce n’est que trop vrai !

Mais le geste que ni les pouvoirs publics, ni les grandes institutions, ni les riches particuliers n’ont pas eu, les Français possesseurs d’un appareil de T. S. F. pourraient peut-être l’esquisser. Si chacun d’eux envoyait seulement la somme misérable d’un franc papier à M. Branly, cela ne ferait pas loin de deux millions offerts par une multitude d’amis reconnaissants au grand savant. Quelle belle revanche sur l’indifférence passée ! Et quelle satisfaction pour l’isolé d’hier d’être à même de poursuivre ses recherches en toute quiétude et avec le secours de tous les instruments
perfectionnés qui lui font défaut ! 

Telle est l’idée de Sacha Guitry. Elle a sa valeur et elle porterait des fruits magnifiques si tous les postes de transmission se mettaient d’accord pour la propager chez leurs auditeurs, sans oublier— ce détail est de première importance — d’indiquer où seraient centralisés les fonds recueillis.

Jean Gaulois. « L’Écho de Bougie. » Bougie (Béjaïa), Algérie, 1931.

Messages de Mars, de la Lune… ou du Soleil ?

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astronomicum-caesareumSommes-nous en présence de l’événement le plus sensationnel et le plus imprévu ? L’homme est-il sur le point d’entrer en communication avec des êtres existant quelque part dans cette étendue interminable qui est le ciel ? Toujours est-il que des stations de T.S.F. auraient reçu des signaux particuliers qui sont aussi fréquents le jour que la nuit et qui prendraient la forme de combinaisons de lettres ne signifiant rien.

Le célèbre technicien de la T.S.F., M. Marconi, aurait déclaré que ces signaux paraissent venir de fort loin car ils sont perçus avec une égale intensité sur tous les points de la surface de la terre, et il aurait affirmé que le phénomène ne peut s’expliquer que si on donne à ces sortes de messages une origine située hors de la terre ou de l’atmosphère de la terre, laquelle ne s’étend probablement pas à plus de 200 à 300 kilomètres du sol. En un mot, ces radios inintelligibles pour l’homme viendraient des espaces interplanétaires.

Mais alors, nous voici revenus aux conceptions de plusieurs auteurs célèbres qui avaient imaginé que les planètes que nous admirons dans le ciel sont peuplées comme la terre et nous assisterions à des essais de communication avec notre globe. D’où viendraient donc ces messages. De la Lune ? Peut-être, puisqu’un astronome de haute réputation, le professeur Pickering annonçait dernièrement qu’il avait constaté des signes de vie dans notre satellite.

Ce serait alors des frères lunaires méconnus jusqu’ici qui nous souhaiteraient la bonne année à 400.000 kilomètres de distance, ce qui, en vérité, est assez mesquin en regard de l’immensité.

Mais ces messages peuvent aussi venir de la mystérieuse planète Mars, ce qui serait plus fort, car la distance qui nous sépare d’elle est de 77 millions de kilomètres. II est vrai que de récentes investigations faites par le professeur Lœwel, avec son télescope géant, lui auraient donné quelques raisons de croire que la vie existe dans Mars. Ses canaux dont la configuration ne peut s’expliquer sans une intervention spéciale, changeraient lentement de place avec le temps comme si des ouvriers conscients en modifiaient le plan suivant les circonstances. Wells aurait donc été plus qu’un romancier. Les Martiens, après s’être révélés à nous comme des ingénieurs extraordinaires, se montreraient maintenant des physiciens hors ligne capables de construire des instruments de signalisation pour correspondre avec les autres planètes.

En tout cas, ils seraient plus forts que les Terriens ; en effet, nos stations de T.S.F. ne pourraient envoyer des ondes jusque dans Mars, car nos ondes ne peuvent, pour ainsi dire pas, surtout de jour, traverser les hautes couches de l’atmosphère que le soleil rend conductrices et qui réfléchissent nos émissions vers le sol !

Malheureusement, le mystère est loin d’être éclairci, car nos postes de T.S.F. de la Tour Eiffel ou autres dont la puissance de réception est énorme, n’ont rien perçu de ces mes-sages extraordinaires. Or, s’il s’agissait d’émissions martiennes, celles-ci seraient reçues partout, pendant le même laps de temps bien défini, la nuit de préférence, et elles auraient partout la même longueur d’onde. Jusqu’ici, il ne semble pas qu’il en ait été ainsi. Il faut donc attendre de nouvelles observations.

Maintenant, ces « signaux » peuvent aussi être causés par des orages magnétiques, par des perturbations électriques se produisant dans le soleil et qui auraient affecté nos appareils de T.S.F. Les ondes solaires ainsi produites, auraient voyagé à travers l’éther et parcouru 148 millions de kilomètres.

Ce phénomène extraordinaire n’a rien qui doive nous surprendre, car il est bien connu. C’est un phénomène naturel qui se renouvelle fréquemment. Chaque fois qu’il se produit des perturbations dans le soleil, des modifications dans la forme des taches solaires par exemple, il se forme sur notre globe des courants qui impressionnent nos postes de T.S.F., gênent ou même interrompent nos communications et font croire aussi à des sortes d’émissions lointaines dont seulement certains traits ou points arrivent aux oreilles des radiotélégraphistes. C’est le brouillage depuis longtemps honni par les opérateurs, causé par les courants dits parasites auxquels on ne fait attention que parce que toutes les réceptions se trouvent souvent impossibles.

Souhaitons qu’il n’en soit pas ainsi et que nous puissions bientôt apprendre que nous sommes à la veille d’être renseignés sur la vie des habitants de Mars ou de la Lune, grâce à leur savoir très supérieur au nôtre.

 Paris, 1920. 

 Mon royaume pour…

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tutsisIl y a quelques mois, en Afrique du Sud, un roi de la tribu Watusi réunissait ses grands dignitaires et leur annonçait solennellement : 

Les soucis du pouvoir deviennent trop absorbants pour moi. J’ai décidé d’échanger mon royaume contre un appareil de T. S. F. perfectionné ! 

Cette déclaration ne fut d’abord pas prise au sérieux, mais, la semaine dernière, il leur fallut bien se rendre à l’évidence. Un jeune opportun, fils d’une des familles les plus riches de la tribu, homme entreprenant et que n’effrayaient pas les dangers d’un long voyage au Cap, est revenu au pays avec un poste récepteur dernier cri, grâce à quoi il a été admis à faire valoir ses droits à la succession au trône. 

Les journaux anglais, qui donnent sérieusement cette nouvelle, n’indiquent pas quelle est la marque de l’appareil. 

« Cyrano. » Paris, 1935.