tabac

Le poids de la fumée

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Walter-Raleigh

Voici une anecdote  qui attribue à sir Walter Raleigh l’honneur d’avoir, à propos du tabac, inauguré l’emploi de la balance pour les pesées par différence, auxquelles les chimistes ont journellement recours, depuis Lavoisier, dans leurs analyses.

Le favori assurant un jour galamment sa royale maîtresse qu’il n’était pas de difficulté qu’un désir exprimé par elle ne le rendît capable de surmonter :

En vérité ! s’écria la reine Élisabeth, je gage pourtant que vous ne pèseriez pas la fumée de votre pipe.
Je tiens le pari de Votre Majesté, répondit Raleigh après un instant d’hésitation.
— Oh ! voyons comment vous le gagnerez.

Un page reçut aussitôt l’ordre d’apporter au baronnet sa pipe, du tabac et les balances les plus justes qu’il pourrait trouver. La pipe étant chargée, Raleigh en pesa le fourneau. Puis il l’alluma, la fuma jusqu’au bout, en ayant soin de ne pas laisser tomber la moindre parcelle de cendre. Enfin, lorsque le tabac fut entièrement consumé, il mit de nouveau la pipe dans la balance. Il était évident que la différence entre le poids primitif et le poids trouvé dans la seconde pesée représentait exactement celui des produits volatils de la combustion, c’est-à-dire de la fumée.

Raleigh avait gagné son pari…

« Voyage scientifique autour de ma chambre. »  Arthur Mangin, Paris, 1886.
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Les bons de tabac

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maréchal-Canrobert.

Il est des anniversaires qui semblent insignifiants et qu’il convient pourtant de rappeler. Voici soixante ans que fut institué le bon de tabac par l’illustre maréchal Canrobert.

L’affection et l’amour du maréchal pour les soldats sont connus. Sa préoccupation constante était d’assurer leur bien être matériel. C’est pourquoi il provoquait fréquemment leurs réclamations. En 1854, au cours d’une tournée d’inspection qu’il faisait à Lunéville, il avise dans les rangs un soldat à la physionomie franche et intelligente et lui pose les questions d’usage :

Es-tu content de l’ordinaire ? La soupe est-elle bonne ?
Enchanté, monsieur le maréchal. Mais ça manque de tabac !
Comment, ça manque de tabac ?
Mais oui, monsieur le maréchal, on nous interdit d’en acheter aux contrebandiers et celui de la régie coûte cher. Dame ! un sou par jour !
C’est bien, dit le maréchal : tu auras satisfaction.

De retour à Paris, le maréchal n’oublia pas sa promesse. Quinze jours après, une décision ministérielle instituait les bons de tabac. Et depuis lors, les bons ont été distribués régulièrement.

Le troupier français, qui en bénéficie tous les dix jours, a-t-il encore un souvenir pour le brave Canrobert ?

« Nouvelles de France : chronique hebdomadaire de la presse française. » Paris, 1914.

Tabac à priser

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 boite-à-priser

La fraude et la falsification sont toujours là quand il manque un fait divers. Elles ne chôment jamais.

Un nommé Bailleur, récidiviste dangereux, était traduit devant le tribunal correctionnel de Rouen, qui l’a condamné à huit mois de prison et 300 francs de dommages-intérêts à verser à la régie, pour avoir mis en vente certain tabac à priser, ou plutôt une poudre quelconque, dont il a ainsi donné la formule au président : 

Je mets trois quarts de tan en poudre, un quart de poudre de tranches de pommes grillées. J’arrose le tout d’eau mélangée d’ammoniaque pour donner du piquant, et je parfume avec de l’essence de géranium.

Mais interroge M. le président Halay, il n’y avait donc pas du tout de tabac ?

Pas un grain, je vous l’assure !

On peut même se demander si ce contrefacteur était passible des peines édictées contre ceux qui attentent aux monopoles de l’Etat. En somme il ne vendait pas de tabac. Et s’il plaît à certains de se fourrer dans le nez de la vieille sciure de bois, la Régie n’a rien à y voir.

« La Joie de la maison : journal hebdomadaire. »  Paris, 1892.
Illustration : Joseph Jacobs.

Le centenaire de la pipe

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fumeurs...

Un centenaire en l’honneur de la pipe s’organise en ce moment à Leipzig. Nous rappellerons sommairement à ce propos quelques souvenirs historiques intéressants.

C’est par les Portugais que l’usage de la pipe fut introduit au XVIe siècle en Europe, mais il était bien antérieurement répandu dans les Indes occidentales. Vers 1560, Jean Nicot, ambassadeur de France à Lisbonne, apporta dans notre pays la pipe et le tabac, d’où le nom de nicotine.

Pendant quelque temps, néanmoins, on se contenta de prendre le tabac par le nez. Ce n’est qu’un peu plus tard que la pipe commença à être adoptée. C’est sous Louis XIV que des distributions régulières de tabac furent faites pour la première fois aux troupes. Il y eut alors une sorte d’engouement pour la pipe, qui se répandit jusque dans les meilleures sociétés, et l’on vit même des grandes dames ne pas s’en priver. Saint-Simon raconte que les princesses du sang furent une fois surprises par le dauphin en train de fumer des pipes qu’elles avaient fait emprunter aux soldats du corps de garde du château de Marly.

On fuma un peu moins pendant le XVIIIe siècle, mais en revanche on prisa beaucoup. La pipe revint en grand honneur au moment de la Révolution, et l’on put même voir les plus illustres généraux de l’expédition d’Egypte fumer leur pipe à la tête de leurs soldats.

fumeuse-pipe.

Sous la Restauration, la pipe fut de nouveau dédaignée ; mais après 1830 sa faveur reprit de plus belle, et elle devint, aux belles époques du romantisme, le complément indispensable de toutes les fêtes littéraires et de tous les soupers qui suivaient les grandes premières représentations dramatiques du temps. Théophile Gautier a surtout fait valoir les délices de la pipe, dont il usa et abusa jusqu’aux derniers jours de sa vie.

Aujourd’hui la pipe ne se fume plus guère en public : c’est le cigare qui est seul de bon ton dans la rue ; mais dans le huis clos la pipe est le délassement des classes sociales les plus différentes.

Nous avons cité, dans notre dernier numéro, un certain nombre de lettres défavorables à l’usage du tabac ; mais nous avons démontré que cet usage, sous quelque forme que ce soit, pipe, cigare ou tabac à priser, tend de plus en plus à se généraliser.

Il y a vingt ans, les femmes du monde qui fumaient étaient une très rare exception ; aujourd’hui plusieurs d’entre elles se permettent de fumer, et ne s’en cachent même pas.

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  1890, Paris.

Plaidoyer pour le tabac

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Nous trouvons, dans la Saint-James Gazette, un plaidoyer en faveur du tabac. Citons-en un passage :

On voit tous les jours des hommes se mettre à fumer, de propos délibéré, parce que cette habitude augmente leurs facultés de travail. Et de fait, sous ce rapport, le tabac a des vertus incomparables : êtes-vous naturellement indolent, il vous échauffe et vous active; votre tempérament est-il, au contraire, irritable et porté à l’agitation, il n’y a rien de tel, pour le calmer, qu’une pipe ou deux. C’est un fait universellement reconnu. Et le whiskey seul, au dire des Écossais, produit des effets analogues.

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II va sans dire que le tabac agit plus ou moins puissamment, selon les individus. On voit souvent des gens commencer leur journée, dès le matin, en fumant une pipe ou un cigare. Croyez bien qu’ils aimeraient tout autant s’en passer. Mais l’expérience leur a appris qu’ils y trouvent leur compte.

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Les gens de lettres, en grand nombre, fument tout simplement pour augmenter leur revenu. Ils ont reconnu que le tabac a la propriété, non seulement de faire naître, mais de coordonner leurs idées, et que le mot propre, souvent rebelle si la pipe est éteinte, arrive à l’ordre aussitôt qu’elle est allumée. C’est un fait des plus intéressants au point de vue psychologique. Si les fumeurs sont généralement incapables de l’apprécier, c’est que là psychologie ne fait pas encore partie du programme de leurs études.

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Enfin, s’il faut tout avouer, la meilleure des raisons pour rester chez soi, c’est un bon cigare. Un homme aurait l’air bête, au coin de son feu, s’il ne faisait rien. Son cigare l’occupe précisément assez pour qu’il ne songe pas à s’en aller; il le savoure paisiblement et ne demande, pendant ce temps, qu’à contempler sa femme à travers l’odorante fumée et à la trouver charmante. Point de crainte à ce moment qu’il montre de l’humeur, si irritable que soit son caractère. Où pourrait-il trouver un plaisir aussi innocent à la fois et aussi peu coûteux ?

« La Revue des journaux et des livres. »  Paris, 1885.

Prise de tabac

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On a calculé qu’un priseur ordinaire a recours à une prise de tabac toutes les dix minutes. Chaque prise avec ses accessoires exige « une minute et demie » de temps.

Or, une minute et demie sur dix font, dans une journée de seize heures, deux heures vingt-quatre minutes, et par conséquent un jour sur dix, ce qui ôte de l’année trente-six jours et demi.

Si donc on suppose l’habitude du tabac à priser pendant quarante ans, il en résulte que le nez absorbe, chez un priseur, l’occupation de quatre années entières.

« Gazette de Paris. » 1885.

De la vogue du tabac

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Dans un recueil intitulé Variétés historiques, physiques et littéraires, publié en 1752, nous trouvons ces remarques suivantes sur l’usage du tabac:

« Chacun sait que, l’usage du tabac étant devenu commun, on ne se contenta pas d’en mâcher et d’en fumer; on le réduisit encore en poudre dans de petites boîtes faites en forme de poires, qu’on ouvrait par un petit trou, d’où l’on en faisait sortir la poudre, dont on mettait deux petits monceaux sur le dos de la main, afin qu’on pût de là les porter l’un après l’autre à chaque narine. »

Le premier usage de ce tabac en poudre parut dans les commencement si bizarre qu’on crut qu’il ne convenait qu’à des soldats et aux personnes très vulgaires. Il n’y eut en effet que ces sortes de gens qui en usèrent les premiers.

Cependant, comme il arrive à l’égard des coutumes les plus extravagantes, l’imagination se fit peu à peu à celle-là. Des gens distingués commencèrent à l’adopter; on fit en leur faveur des boîtes beaucoup plus propres et plus riches, qui se fermaient avec une sorte de petit appareil qui ne prenait dans la boîte qu’autant de poudre qu’il en fallait pour chaque narine, et qu’on mettait toujours sur le dos de la main. Un second perfectionnement fut que cette même boîte contint une râpe que l’on faisait tourner sur un bloc de tabac (dit en carotte), de façon à produire chaque fois une petite quantité de poudre fraîche. (Notons que cette râpe portative resta très longtemps en usage chez les vrais amateurs de tabac.)

Dans l’estampe que nous reproduisons, et qui date de 1660, l’on voit aux mains d’un abbé mondain la râpe primitive, très volumineuse, sur laquelle le priseur frotte à pleine main la carotte, pour la réduire en poudre à mesure des besoins.

La répugnance qu’on avait eue d’abord étant levée, chacun se piqua d’avoir du tabac en poudre et d’en user; mais les personnes délicates eurent de la peine à s’accommoder de l’odeur de cette plante; on y mit différents aromates: et ce fut encore ici où la bizarrerie parut plus grande. Certaines odeurs furent en vogue et prirent le dessus, selon le caprice des personnes qui les mettaient en crédit, jusque-là qu’un marchand d’une ville de Flandre s’enrichit pour avoir su donner à son tabac en poudre l’odeur des vieux livres moisis, qu’il sut accréditer parmi les officiers français alors en garnison dans cette province.

L’odeur la plus généralement recherchée fut celle du musc, et c’est de cette époque que date la réputation de certains débits qui s’étaient placés sous le vocable de la Civette, que quelques-uns ont gardé jusqu’à nos jours.

Quoi qu’il en fût, l’usage du tabac était devenu général. « Au lieu d’en avoir, comme dans les commencements, une sorte de honte,—dit le même auteur,—chacun s’en fit une espèce de bienséance. En avoir le nez barbouillé, la cravate ou le justaucorps marqués n’a rien de choquant aujourd’hui, comme d’avoir en poche des râpes presque aussi longues que des basses de violes. Une fois en chemin, on n’y a plus gardé de mesure; plusieurs l’ont pris à pleine main non seulement dans les tabatières, mais jusque dans des poches tout exprès adaptées à leurs habits …»

« Curiosités historiques et littéraires » Eugène Muller, C. Delagrave, Paris, 1897.