tabac

De la vogue du tabac

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Dans un recueil intitulé Variétés historiques, physiques et littéraires, publié en 1752, nous trouvons ces remarques suivantes sur l’usage du tabac:

« Chacun sait que, l’usage du tabac étant devenu commun, on ne se contenta pas d’en mâcher et d’en fumer; on le réduisit encore en poudre dans de petites boîtes faites en forme de poires, qu’on ouvrait par un petit trou, d’où l’on en faisait sortir la poudre, dont on mettait deux petits monceaux sur le dos de la main, afin qu’on pût de là les porter l’un après l’autre à chaque narine. »

Le premier usage de ce tabac en poudre parut dans les commencement si bizarre qu’on crut qu’il ne convenait qu’à des soldats et aux personnes très vulgaires. Il n’y eut en effet que ces sortes de gens qui en usèrent les premiers.

Cependant, comme il arrive à l’égard des coutumes les plus extravagantes, l’imagination se fit peu à peu à celle-là. Des gens distingués commencèrent à l’adopter; on fit en leur faveur des boîtes beaucoup plus propres et plus riches, qui se fermaient avec une sorte de petit appareil qui ne prenait dans la boîte qu’autant de poudre qu’il en fallait pour chaque narine, et qu’on mettait toujours sur le dos de la main. Un second perfectionnement fut que cette même boîte contint une râpe que l’on faisait tourner sur un bloc de tabac (dit en carotte), de façon à produire chaque fois une petite quantité de poudre fraîche. (Notons que cette râpe portative resta très longtemps en usage chez les vrais amateurs de tabac.)

Dans l’estampe que nous reproduisons, et qui date de 1660, l’on voit aux mains d’un abbé mondain la râpe primitive, très volumineuse, sur laquelle le priseur frotte à pleine main la carotte, pour la réduire en poudre à mesure des besoins.

La répugnance qu’on avait eue d’abord étant levée, chacun se piqua d’avoir du tabac en poudre et d’en user; mais les personnes délicates eurent de la peine à s’accommoder de l’odeur de cette plante; on y mit différents aromates: et ce fut encore ici où la bizarrerie parut plus grande. Certaines odeurs furent en vogue et prirent le dessus, selon le caprice des personnes qui les mettaient en crédit, jusque-là qu’un marchand d’une ville de Flandre s’enrichit pour avoir su donner à son tabac en poudre l’odeur des vieux livres moisis, qu’il sut accréditer parmi les officiers français alors en garnison dans cette province.

L’odeur la plus généralement recherchée fut celle du musc, et c’est de cette époque que date la réputation de certains débits qui s’étaient placés sous le vocable de la Civette, que quelques-uns ont gardé jusqu’à nos jours.

Quoi qu’il en fût, l’usage du tabac était devenu général. « Au lieu d’en avoir, comme dans les commencements, une sorte de honte,—dit le même auteur,—chacun s’en fit une espèce de bienséance. En avoir le nez barbouillé, la cravate ou le justaucorps marqués n’a rien de choquant aujourd’hui, comme d’avoir en poche des râpes presque aussi longues que des basses de violes. Une fois en chemin, on n’y a plus gardé de mesure; plusieurs l’ont pris à pleine main non seulement dans les tabatières, mais jusque dans des poches tout exprès adaptées à leurs habits …»

« Curiosités historiques et littéraires » Eugène Muller, C. Delagrave, Paris, 1897. 

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Passage à tabac

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no smoking sign

Les membres d’une des nombreuses sectes de la religion dite orthodoxe grecque professée en Russie (les stavié veri, anciens croyants), gens d’ailleurs très austères, tiennent en profonde horreur le tabac.

Le tabac, disent-ils, ne profane pas seulement l’homme qui prise ou fume, mais encore la chambre où a lieu cette distraction impie. Un voyageur raconte qu’ayant reçu asile dans un poste de soldats appartenant à cette secte, et s’étant mis à fumer, il inspira à ces soldats une telle aversion qu’ils ne lui permirent, ni à lui ni à son domestique, de puiser de l’eau avec le vase habituel. Ils en apportèrent un autre, qui dut être brisé après le départ de leurs hôtes, en même temps que des pratiques dévotes, des aspersions d’eau lustrale furent faites pour purifier l’appartement qu’ils avaient occupé.

D’autre part, un Anglais dit qu’étant un jour entré chez un paysan sibérien de cette secte pour allumer sa pipe, la maîtresse de la maison prit un bâton, et frappa si rudement sur le fumeur, qu’il dut s’enfuir en toute hâte, pour ne pas être assommé.

 » Curiosités historiques et littéraires  » Eugène Muller, C. Delagrave, Paris, 1897.