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Décembre

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christmasEn octobre, le Gastronome a vu la terre promise. En novembre, il y est entré. En décembre, il y est en plein. Il n’a plus qu’à demander pour être servi, qu’à allonger le bras pour saisir, qu’à ouvrir la bouche pour qu’elle soit aussitôt remplie. C’est maintenant qu’il conçoit tout ce qu’avait d’horrible le supplice de Tantale. Tout abonde et tout est excellent : viande de boucherie, volaille, gibier, poisson, coquillages, légumes et fruits. Il n’est plus permis de mal dîner, et c’est un crime de faire mal dîner les autres. A cette époque, un amphitryon peut voir son nom voler de bouche en bouche, et un cuisinier devenir immortel ! Qu’on se le dise. 

Le mois de décembre est le mois des fêtes de la table. Jetons les yeux sur le calendrier. Depuis la Saint-Eloi jusqu’à la Saint-Sylvestre, depuis le premier jour du mois jusqu’au dernier, que de noms vont être, dans les familles, l’objet de toasts multipliés ! Saint François, Sainte Barbe, Saint Nicolas, Sainte Constance, Sainte Luce, Sainte Adélaïde, Saint Thomas, Sainte Victoire, Saint Etienne, Sainte Colombe ! Mais la fête par excellence, la fête des fêtes, c’est le réveillon de Noël ! 

« Un réveillon somptueux, dit un de nos maîtres, n’est pas une petite affaire. Bien que maître pourceau en fasse en grande partie les honneurs, un cuisinier habile doit s’y prendre plus d’un jour d’avance, pour ne pas rester au dessous de la grandeur de la circonstance. Le gril, la broche, les fourneaux suffisent à peine. L’armée culinaire est sur pied. Le cochon donne de sa personne, et l’avant-garde des rôtisseurs, des pâtissiers, des officiers, essuie un feu terrible durant vingt-quatre heures. » 

L’année va finir, mais déjà partout on se prépare pour celle qui va commencer. Les confiseurs se mettent l’imagination à la torture pour inventer de nouvelles combinaisons sucrées, les poètes passent leurs nuits à composer des devises, la rue des Lombards a la fièvre. Berthellemot, Génessaux, Durand, et tous les grands artistes de la pastille et du diablotin vont et viennent, montent et descendent, les yeux en feu, les cheveux en désordre comme des généraux à la veille d’une bataille. Ne leur demandez pas comment ils se portent. Ne leur parlez ni de la question d’Orient, ni de l’armée d’Afrique, ni de Mlle Rachel , ni des lions de Carter, ni du Massacre des Innocents. Ils vous répondraient toujours : Les étrennes ! les étrennes ! 

« La Gastronomie. » Paris, 1839. 

 

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Un hôtel en Amérique

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Paul Courty, du Journal amusant, a un ami de retour d’Amérique qui affirme y avoir lu dans un hôtel le règlement suivant :

Les messieurs sont priés de ne pas mettre leurs pieds, en hiver, sur le manteau de la cheminée; en été, sur l’appui des fenêtres.

Les dames sont priées de ne pas écrire leurs noms sur les glaces et les vitres avec le diamant de leurs bagues. Si elles se servent de souliers en caoutchouc, elles devront les nettoyer elle-mêmes.

Elles sont, de plus, invitées à ne pas sonner toutes les cinq minutes la femme de chambre, et à ne pas laisser leur porte ouverte la nuit, quand elles logent à côté d’un gentleman.

Le gentleman célibataire s’abstiendra de jouer du trombone; il ne doit pas peigner ses favoris à table, ou du moins ne pas laisser le peigne à côté de son assiette.

Les dames sont priées de ne pas mettre le nez dans les plats qu’on leur passe, à moins qu’elles n’aient la vue basse, et de ne pas tremper les doigts dans la sauce pour la goûter.

On ne doit pas se battre pour la croûte du gâteau de maïs.

Si une dame est pressée de quitter la table avant la fin du repas, elle est priée de le faire sans dire aux convives le motif qui l’oblige à sortir.

Conditions très libérales. La pension est invariablement payée d’avance, au commencement de chaque semaine.

Tout n’est peut-être pas prévu dans cet original règlement; mais il est curieux à conserver au point de vue des mœurs locales.

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1891.