Tamise

Expérience

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pendu

Le célèbre Bacon, (mort à Londres en 1626) , raconte dans son Historia vitae et mortis, un fait assez singulier qui ne pouvait guère se passer que sur les bords nébuleux de la Tamise. II a connu, dit-il, un gentilhomme à qui il prit un jour la fantaisie de savoir par lui-même si ceux que l’on pend souffrent beaucoup dans le moment suprême.

En conséquence, cet original disposa dans son appartement tout ce qui était nécessaire pour cette bizarre expérience; tel que corde à noeud coulant, bien savonnée et solidement attachée à la poutre, escabelle à renverser lorsque le lacs fatal aura été passé au cou, cravate ôtée, etc. Ces préparatifs étant terminés, notre gentilhomme se met a l’oeuvre, et, dans un clin d’oeil, le voilà suspendu en l’air dans la position la plus verticale possible, les pieds à 18 pouces du parquet. Il lui eut sans doute été difficile de rendre compte des résultats de son expérience, si elle se fut prolongée pendant un quart d’heure. Mais fort heureusement, quelqu’un survenant dans l’appartement, au bout de trois minutes, coupe la corde et, moyennant quelques frictions, met notre curieux dans le cas de raconter ce qu’il a éprouvé.

II déclare qu’il n’a ressenti aucune douleur, qu’il a seulement aperçu dans l’organe interne de la vue, une espèce de flamme qui s’était peu a peu changée en obscurité, puis en couleur bleue, effet que l’on éprouve ordinairement quand on tombe en syncope; qu’enfin cela lui suffisait, puisqu’il savait a quoi s’en tenir sur ce genre de mort, plus doux que ne le pense le vulgaire. Tel est le récit de Bacon.

II est présumable que ce gentilhomme, sujet aux attaques du spleen , désirait savoir quelle serait la manière la plus douce, c’est-à-dire la moins douloureuse pour se guérir radicalement de cette maladie inhérente au climat d’Angleterre; et il aura essayé l’expérience dont nous venons de parler. Si dès lors il a éprouvé quelqu’accès violent dudit mal, il aura sans doute choisi la pendaison pour s’en débarrasser.

 Gabriel Peignot. « Le livre des singularités. »  Dijon, 1841.

Le pari

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berge-tamise.

Un marinier remontait la Tamise dans une frêle embarcation. Un coup de vent survient et la chavire. Le pauvre homme s’efforce de regagner la rive.

La foule s’amasse sur le quai (on est aussi curieux à Londres qu’aux bords de la Seine), et tout aussitôt des paris s’organisent.

Il sait nager !
Il ne sait pas nager !
Il se noiera !
Il ne se noiera pas !
Dix livres qu’il se noie !
Dix livres que non !

Deux bateliers, témoins de l’accident, sautent dans leurs barques, et viennent de l’autre rive au secours du malheureux. Encore quelques coups d’aviron, et ils vont l’arracher au danger.

Mais, à ce moment, un cri général part de la rive opposée :

— Il y a un pari !…

A ces mots sacramentels, les bateliers s’éloignent aussitôt, l’homme se noie, le pari est gagné, et la foule se dissipe en grognant de joie d’y avoir assisté.

« Dictionnaire encyclopédique. »  Victor Fournel. paris, 1872.

 

Une maison hantée

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londres

Nous connaissons une rue de Paris où tout récemment on discutait fort autour d’une maison soi-disant hantée et dont le visiteur était un simple fumiste qui vient de se faire connaître. C’est là-un cas fréquent… mais les incrédules et les farceurs n’ont pas toujours raison. Exemple le cas raconté récemment par les journaux londoniens. 

Nous voulons parler de cette maison située sur les bords de la Tamise, que M. Schlosser, rédacteur au Daily Mail, voulut inspecter lui-même à ses risques et périls. Avec un de ses amis il alla s’installer la nuit dans cette maison, alors déserte. Les fantômes en avaient fait fuir les locataires. Les deux hommes fermèrent à clé toutes les portes, saupoudrèrent le sol de poussière de craie et, allumant leur pipe, attendirent, après s’être assurés que la maison était vide.

Bientôt les portes s’ouvrirent d’elles-mêmes, bien qu’elles fussent fermées à clé. Dans les pièces de la maison, on découvrit ensuite des traces de pas, ou plutôt de pattes, marquées sur la craie.

Cette expérience fit grand bruit dans le monde spirite. Un jeune poète, M. Lionel Johnson, qu’intéressait cette histoire d’esprit, loua la maison. Or, huit jours plus tard, il fut trouvé inanimé dans Flett Street, non loin de la maison hantée. Lionel Johnson avait trente-cinq ans et était un des littérateurs en vue de la jeune école anglaise. Le jeune poète jouissait d’une bonne santé et sa mort étrange fit beaucoup de bruit à Londres. On a fait une enquête et appris que deux des personnes ayant habité la maison avant Lionel Johnson étaient mortes également d’une manière mystérieuse.

Faut-il voir dans ces morts bizarres une simple coïncidence, ou bien… En tout cas le reporter du Daily a toujours affirmé l’exactitude des faits rapportés par lui.

« L’Universel : magazine hebdomadaire. »  Paris, 1903.