tapage

Mourir d’ennui

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arnould-lauraguaisVivement épris de la célèbre actrice Sophie Arnould,  et ennuyé de la présence assidue près d’elle de certain prince, assez sot, d’ailleurs, qui était son rival, le comte de Lauraguais alla gravement chez un médecin et lui demanda s’il était possible de mourir d’ennui. 

—  Cet effet de l’ennui, dit le docteur, serait vraiment bien étrange et bien rare.
—  Je vous demande, reprit le comte, s’il est possible.

Le médecin ayant répondu qu’à la vérité un trop long ennui pourrait donner un mal tel que la consomption amènerait à la mort, il exigea et paya cette consultation signée. De là, le comte de Lauraguais allait chez un avocat, lui demandant s’il pouvait accuser en justice un homme qui aurait formé le dessein, par quelque moyen que ce fût, de le faire mourir. L’avocat dit que le fait n’était pas douteux et, sur les instances du comte, il écrivit, puis signa cette déclaration.

Muni de ces deux pièces, de Lauraguais portait une plainte criminelle devant la justice contre ce prince qui, prétendait-il, le voulait faire mourir d’ennui, ainsi que Sophie Arnould.

Ajoutons que cette bizarre affaire n’eut aucune suite mais qu’alors elle fit grand tapage.

« Nos lectures chez soi. » Paris, 1910.

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Paris-campagne

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Lucien-GENIN

Il est certain que l’on s’absente beaucoup moins de Paris : on s’aperçoit que le Bois est charmant, que la ville est beaucoup plus agréable que lorsqu’elle est encombrée, on est un peu débarrassé de la population qui y fait le plus de tapage tout en croyant briller.

Avant longtemps, c’est tout au plus si on s’absentera quelques semaines ou un mois de la capitale. Cela ne signifie pas que la province ne renferme pas une foule d’endroits charmants, où il est délicieux d’aller se promener, se reposer; mais on s’y rend continuellement, à présent, grâce à la rapidité des trains au développement de l’automobilisme. Pour notre part, nous avons constaté souvent que la différence entre Paris et la province diminuait de plus en plus. Paris est partout, ou si vous le voulez toute la province est à Paris.

Il y eut jadis plusieurs exemples de Parisiens enragés qui ne quittaient jamais les fortifications : ainsi Auber ne s’absenta de Paris que pendant la Commune et s’ennuya prodigieusement à Versailles. Xavier Aubrier, le spirituel chroniqueur, était tout aussi attaché à Paris : un jour, cependant, on avait réussi à lui faire passer une nuit dans la banlieue; mais il regagnait bien vite le lendemain sa chère ville, affirmant qu’il n’avait pas pu dormir à la campagne, « cet animal de rossignol ayant gueulé toute la nuit ! »

« Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire. »  Paris, 1905.
Illustration : Lucien Genin.