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Qui inventa le téléphone ?

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L’Allemagne vient de célébrer (article rédigé en 1934) le centenaire de la naissance d’un modeste savant, Johann Philipp Reis, simple petit instituteur hessois, né en janvier 1834, mort en 1874, et qui aurait été le premier réalisateur du téléphone. 

Ce fut une révélation. Personne, jusqu’à présent, n’avait entendu parler de Reis et de son invention. Graham Bell, qui passe pour le véritable inventeur et Edison, qui perfectionna l’invention, ignoraient jusqu’à son nom. Il est cependant certain, d’après tout ce qui vient d’être publié en Allemagne sur Johann Philipp Reis, que celui-ci inventa et expérimenta, en 1860, un appareil qui transmettait les sons à distance, et auquel dans un mémoire adressé à la Société de Physique de Francfort, il donna le nom de Téléphone.

Les Allemands, après avoir laissé si longtemps dans l’oubli le nom du modeste savant hessois, viennent de l’en tirer avec fracas. Sans doute, mieux vaut tard que jamais. Leurs journaux exaltent le souvenir de Reiss, qu’ils appellent « le véritable inventeur du téléphone ». C’est fort bien. Mais des journaux français font chorus et attribuent au seul Philippe Reis tout l’honneur de l’invention. Et c’est sur quoi il nous parait bon de protester.

Six ans avant que Philippe Reis fit connaitre son invention, le principe du téléphone  avait été établi par un Français qui s’appelait Charles Bourseul. Que les Allemands ignorent ce détail, c’est fort naturel : nous ignorions bien nous-mêmes, jusqu’à présent, le nom de Johann Philipp Reis. Mais que des journaux français partagent cette ignorance, voilà qui semble moins explicable. C’est ainsi que s’affirme et que se perpétue la vieille légende de l’indifférence des Français à l’égard des inventeurs de leur pays.

Rappelons donc, pour ceux qui l’ignorent, l’histoire de Charles Bourseul, précurseur de Reis et de Graham Bell dans l’invention du téléphone moderne. Au début du Second Empire, le nommé Charles Bourseul, originaire de Douai, était employé comme commis des télégraphes au bureau de la Bourse à Paris. Esprit ingénieux et réfléchi, fonctionnaire modèle, très savant dans sa profession, Bourseul avait imaginé un appareil dont le principe était la transmission de la voix par la conductibilité électrique.

Quand son idée fut au point, il alla, en fonctionnaire discipliné, la soumettre à ses chefs. Ceux-ci lui rirent au nez, et l’un d’eux, qui remplissait les hautes fonctions de directeur du service télégraphique, lui déclara textuellement que c’était « de la blague », et l’invita à se tenir tranquille. Le téléphone, « de la blague » !… Voilà comment, trop souvent, l’administration ou la science officielle jugent les inventions les plus fécondes, les plus utiles au progrès humain.

Rebuté, l’inventeur se tint coi, mais ce ne fut pas sans avoir publié dans L’Illustration du 26 août 1854 une étude complète de son invention. Bien lui en prit, car, en 1882, au Congrès international d’électricité qui se tint à Philadelphie, Graham Bell qui, vingt ans après Bourseul, avait réinventé le téléphone, et Edison qui l’avait perfectionné, rendirent un hommage éclatant à l’inventeur français, et saluèrent en lui le génie méconnu à qui l’on devait le principe même de l’invention  nouvelle. De Reis, il ne fut pas question un seul instant. L’inventeur allemand était alors totalement ignoré.

Or, en 1882, Bourseul, retraité de l’administration des P.T.T., vivait de sa maigre pension à Saint-Ceré, dans le Lot. Devant la reconnaissance officielle des deux savants américains, le gouvernement, soucieux de réparer le tort que l’inventeur avait subi naguère, augmenta sa petite rente de deux mille francs et lui octroya par surcroît un bout de ruban rouge. Ce fut tout !… Le génie ne se paie pas cher en ce pays. Une fatalité singulière semblait, d’ailleurs, poursuivre les inventeurs du téléphone. Graham Bell, lui aussi, eut toutes les peines du monde à faire connaître son invention.

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Il avait commencé ses expériences en 1874. Le 14 février 1876, il déposait sa demande de brevet pour l’invention du téléphone. Or, le même jour, un autre inventeur américain, nommé Elisha Grey, déposait une demande ayant le même objet. Mais ce dernier, ayant commis une omission de forme, le brevet fut délivré à Graham Bell seul. Ce brevet, d’ailleurs, passa inaperçu. En vain, Bell conviait-il le public aux expériences qu’il faisait dans son atelier de Boston, le public demeurait indifférent et ne répondait pas à ses appels.

En 1878, à l’exposition du centenaire de Philadelphie, l’inventeur avait exposé son appareil, et personne ne daignait y prêter attention. Le public défilait sans s’arrêter devant le stand du pauvre savant. Les membres du jury eux-mêmes étaient passés sans s’arrêter. Pendant des semaines, on vit le malheureux inventeur assis, triste et solitaire, devant la petite table qui supportait son merveilleux appareil, dédaigné de tous.

Or, un jour, l’empereur du Brésil, Dom Pedro, vint visiter l’exposition : il s’approcha de Graham Bell, qu’il avait connu professeur de physique dans un collège de Rio-de-Janeiro, et lui demanda quelques explications sur sa découverte. Un fil allait d’un mur à l’autre, traversait tout le hall. L’empereur prit le récepteur, tandis qu’à l’autre bout, Graham Bell se penchait sur le transmetteur. Et soudain, Dom Pedro releva la tête, frappé de stupeur :

— Mais il parle !… il parle !… s’écria-t-il.

Les visiteurs accoururent. On félicita Graham Bell. Le lendemain, les journaux étaient pleins de détails sur la nouvelle invention.

Et c’est ainsi que fut lancé le téléphone en Amérique.

Aujourd’hui, la plus grande compagnie téléphonique américaine, qui comporte plus de dix millions de postes, porte le nom de Graham Bell, et ce nom est illustre dans l’univers entier. Par contre, dans les pays d’Europe, jusqu’à présent, tout le monde ignorait Johann Philipp Reis, le petit instituteur hessois qui, dès l’année 1860, avait réalisé le téléphone. Et chez nous, je gagerais qu’il n’y a pas un Français sur cent mille qui connaisse seulement le nom de Charles Bourseul.

Les grandes inventions modernes sont, en général, des œuvres collectives. Elles doivent presque toutes quelque chose aux savants, aux ingénieurs des pays les plus divers. Il en résulte que, dans chacun de ces pays, on ne connaît (et encore quand on le connaît) que le nom de l’inventeur national, et l’on ignore celui des inventeurs étrangers qui ont collaboré à la même œuvre.

Il serait temps de remédier à cela. On charge aujourd’hui l’assemblée de Genève des besognes les plus diverses. Or, voilà un problème qui semble de son ressort. Pourquoi ne réunirait-elle pas un aéropage de savants choisis dans tous les corps scientifiques d’Europe et d’Amérique, et ne le chargerait-elle pas d’établir l’histoire précise des grandes inventions en fixant exactement la part qui revient à chacun des inventeurs qui y ont contribué ?

Un tel travail montrerait que ce sont les Français qui ont la part la plus considérable dans la mise au point définitive de tous les grands progrès d’à-présent.

Ernest Laut. « Le Monde illustré. » Paris, 1934.

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La maladie du téléphone

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Le téléphone a créé une industrie nouvelle, et cette industrie a donné naissance à une maladie professionnelle nouvelle.

En effet, M. Gellé a observé des accidents du côté de l’appareil auditif qui sont attribuables tantôt à ce que les sons téléphoniques sont trop éclatants, trop rapprochés de l’organe auditif, tantôt à la fatigue due à l’attention nécessitée par ce mode particulier de transmission des impressions sonores. 

Il faut cependant admettre non seulement une prédisposition nerveuse, mais encore il faut tenir compte, jusqu’à un certain point, d’un état pathologique secondaire ou préexistant de l’organe pour expliquer l’effet produit. 

Il est évident que chez les employés des téléphones, il y a surmenage de l’attention générale et surtout de l’attention auditive, d’où énervements et troubles mentaux que le repos peut heureusement faire cesser assez vite. 

En outre, le choc sonore du signal transmis par le téléphone exerce une action traumatique, dont la moindre lésion otique préexistante doit accroître l’effet et la nocuité. 

Une fois la lésion établie, l’ouïe est facilement blessée. On peut donc rapprocher les effets nuisibles de ces bruits téléphoniques de ceux qu’on a signalés chez les individus qui vivent auprès de machines à chocs bruyants et chez lesquels on trouve des lésions très nettes du tympan, accompagnées de souffrances, de névralgies, de bruits énervants, de surdité et de vertiges. 

Donc, la science, en même temps qu’elle fait un pas en avant dans un sens, en fait également un autre, mais celui-là de côté : elle crée du côté du génie du bien et du côté du génie du mal, et, pas assez souvent malheureusement, elle guérit elle-même les blessures qu’elle fait. 

Etant donné que le téléphone est un instrument à l’usage du fort et du puissant, qu’il écrase de travail celui qui, n’ayant rien, doit se mettre au service de tous, n’avons-nous pas là un exemple des plus frappants de la vraie lutte pour la vie. C’est bien là, en effet, que le fort dévore le faible.

 « La Science française. » Paris, 1894. 
Illustration de Germaine Bouret.

Le Vatican à la page

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http://www.benedicte-illustration.net/

Les gens qui seraient portés à croire que l’Eglise retarde n’ont qu’à lire ce qui suit. On verra que le chef de la chrétienté est « dans le mouvement » et qu’il ne dédaigne aucune des conquêtes de la science, pas même celles qui jadis eussent fait rôtir leur auteur pour magie, sorcellerie et pacte avec Satan. 

Il est question d’éclairer le Vatican à la lumière électrique ! Il y a déjà au Vatican un très bel ascenseur. On y a installé également le téléphone. Un appareil fonctionne dans la chambre du Pape, ou plutôt dans un petit cabinet attenant, qui est tendu de rouge. Il est vrai que Léon XIII téléphone bien rarement. Il l’a fait, pourtant, dans les cas urgents, comme, par exemple, le jour où le P. Cornoldi, qui lui rendait visite, se trouva mal subitement. Le Pape courut à son appareil téléphonique pour avertir lui-même les jésuites. Et la Compagnie put ainsi envoyer chercher sans retard le malade. Mais, généralement, c’est le fidèle Centra qui téléphone pour le Pape. Parfois, aussi, ce sont ses neveux. 

Il y a au Vatican un bureau central, dans le poste des pompiers, on peut ainsi être mis en communication avec une vingtaine de personnes di primo cartello : le Pape, le secrétaire d’Etat, etc. Quand, de la ville, on veut téléphoner, par exemple, au cardinal Rampolla, on s’adresse au bureau de Rome, qui vous met en. communication avec le bureau du Vatican, et c’est celui-ci qui vous permet de correspondre avec le secrétaire d’Etat. Ce n’est qu’après la mort du cardinal Jacobini que l’on a pu établir au Vatican le téléphone, dont il était l’adversaire résolu, craignant que le Pape, qui l’appelait déjà assez fréquemment, ne s’en servît pour le déranger trop souvent… et l’empêcher de faire sa petite promenade.

« La Joie de la maison. »  Paris, 1892.
Dessin de Bénédicte.

Au téléphone

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En maints quartiers de Paris, les rues ont été éventrées. Ces travaux étaient nécessaires pour l’installation du téléphone automatique dont nous allons (enfin) être dotés. Le « téléphonage » va entrer dans une phase nouvelle. Mais il y a gros à parier que quatre petits mots, solidement implantés dans notre vocabulaire, courront encore le long des fils. Quels mots ? Voici :

Deux personnes parlent, à l’appareil. A un moment donné, pour des raisons qu’il serait vain de rechercher, la communication est interrompue. Quelquefois, il faut redemander le numéro. D’autres fois, la conversation reprend d’une façon aussi mystérieuse qu’elle avait été arrêtée. Et alors, toujours, le même phénomène se reproduit, exactement sous la même forme. L’un des deux interlocuteurs confie à l’autre :

On nous avait coupés.*

C’est une formule obligatoire, automatique, pour tout dire. Elle durera aussi longtemps qu’il y aura des téléphones et des gens qui téléphoneront…3%2010

*Il n’y avait plus de réseau, est en vogue de nos jours.

« Les Annales politiques et littéraires. »  Paris, 1928.

Le téléphone au service de la télépathie

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Les journaux viennois se font l’écho d’une aventure assez curieuse arrivée à un commerçant de Lemberg.

Eloigné de sa femme et de ses enfants, demeurés dans une petite station balnéaire, M. Foltansky (ce n’est pas nous qui l’avons baptisé) entendit dans sa chambre d’hôtel la sonnerie du téléphone, à une heure de nuit où il savait qu’on ne pouvait pas téléphoner de la petite ville. Et c’était la voix de sa femme, lui disant d’accourir « car les enfants pleuraient au bord de sa tombe. »

Parti assez troublé (il y avait de quoi !) dès l’aube M. Foltansky retrouva sa famille. Sa femme était morte dans la nuit, à l’heure où il avait reçu la communication téléphonique, bien que ses enfants, ni personne n’avaient pu téléphoner, la ligne ne fonctionnant pas.

Une enquête prouva que nulle communication n’avait été enregistrée.

Rappelons que c’est le troisième fait de ce genre que l’on signale en deux mois.

 » Comoedia. »  Paris, 1927.
Image d’illustration.

Au quatrième top…

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On sait que, depuis un an ou deux, chaque central téléphonique parisien possède un « service horaire ». Il paraît qu’il a des gens à qui cela rend service et qui s’amusent a demander l’heure à la demoiselle du téléphone. C’est, convenons-en, une drôle d’idée. Il est si simple, quand on n’a pas de montre sous la main, de sauter dans un taxi et de venir consulter les horloges pneumatiques des boulevards !…

Or, il paraît que le service horaire va se perfectionner. Grâce à un dispositif imaginé par M. Esclangon, directeur de l’Observatoire, ce n’est plus une demoiselle qui renseignera les amateurs de précision chronométrique, mais une pendule, une pendule doublée d’un gramophone et qui, à la moindre sollicitation, vous dira avec la plus grande précision, l’heure qu’il est.

Cette invention n’est-elle pas merveilleuse ? Eh bien! vous verrez que, malgré cela, il y aura encore des personnes routinières qui achèteront un sablier pour faire cuire leurs oeufs, à la coque !

Bernard Gervaise.
« Le Quotidien de Montmartre. »  Paris, 1930.

Illustration : L’horloge parlante de l’Observatoire de Paris avec le directeur M. Ernest Esclanson

Un mariage par téléphone

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C’est dans le National que nous avons trouvé le récit de cet étrange mariage, et nous le reproduisons sous toutes réserves :

Ceci n’est pas une plaisanterie, comme on pourrait le supposer au premier abord. Un jeune homme et une jeune fille de l’Indiana, qui ne se sont pas encore vus et qui ne demeurent pas dans le même comté, se sont mariés par téléphone, et ce mariage d’un nouveau genre est déclaré parfaitement légal par les jurisconsultes les plus éminents de l’État.

L’affaire, d’ailleurs, est des plus simples. Mlle Minnie Woorley, âgée de vingt-deux ans, est employée au téléphone à South-Bend, et M. Frank Middleton, âgé de vingt-cinq ans, occupe la même position à Michigan-City (Indiana). Comme tous deux sont de service la nuit, et qu’en général ils ne sont pas très occupés, ils ont fait connaissance par téléphone.

Finalement, un soir, Frank, pour s’amuser, a proposé à Minnie de l’épouser par téléphone, et celle-ci, ne voyant en cela qu’une plaisanterie, a accepté la proposition avec empressement.

Là-dessus Frank a fait venir un clergyman, qui a célébré le mariage à Michigan-City, la jeune fille répondant par le téléphone aux questions d’usage. Il est vrai que Frank avait négligé de se procurer l’autorisation du greffier du tribunal requise par la loi de l’État. Mais l’omission de cette formalité ne saurait annuler le mariage.

Elle rend simplement le clergyman qui l’a célébré passible d’emprisonnement.

Lorsque Frank et Minnie ont découvert que leur mariage était valable, ils se sont donné rendez-vous. S’ils se plaisent, ils accepteront le fait accompli, mais, s’ils ne peuvent s’entendre, ils s’intenteront une action en divorce. 

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1890