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Monstres des océans

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krakenJamais la superstition humaine n’a peut être imaginé un monstre plus horrible que la pieuvre… Au-centre d’une masse gélatineuse et molle, repoussante, s’arrondissent des yeux fixes, et froids, larges parfois comme une assiette de dessert. Au dessous des yeux, un bec de perroquet énorme, recourbé, puis une sorte de gueule informe, trou immonde… 

Autour de ce sac flasque et bizarre, des bras de géant, des tentacules horribles, atteignant jusqu’à dix-huit ou vingt pieds de long, gros comme le corps d’un petit enfant, ponctués de suçoirs irrésistibles, qui tiennent, détiennent et retiennent implacablement la victime, quelles que soient sa force et sa grandeur. 

Mais connaît-on bien encore les plus grandes et les plus formidables espèces de pieuvre ?

Il y a quelques années, M. Hophins, commandant de la goëlette Mary Ogilvie revenait d’Australie lorsque, à huit kilomètres du golfe Exmouth, il rencontra un monstre  stupéfiant qu’il suppose être un poulpe, c’est à dire une pieuvre gigantesque qu’il prit, tout d’abord pour la carcasse d’une baleine échouée. Ce colosse avait à peu près la forme d’un violon aux proportions extravagantes. A plat, sur la surface de l’eau, il soulevait à la hauteur de trois mètres, un de ses huit tentacules formidables. 

Le capitaine Hophins ne put prendre la mesure absolument exacte de ce colosse extraordinaire dont la structure bizarre et l’étonnante énormité terrifièrent l’équipage. L’honorable marin, qui est en même temps un naturaliste distingué, n’est pas éloigné de croire que si le monstre eut atteint le navire, il aurait pu arriver à le faire chavirer.  Jamais, dans sa longue carrière de marin, il n’avait rencontré de monstre pareil à cette pieuvre géante. 

creature-krakenA mesure que les mers sont de plus en plus explorées, étudiées, fouillées, draguées à des profondeurs immenses si bien que le Pacifique finira par être aussi connu que le lac de Genève, on découvre chaque jour, des espèces étranges et colossales qui feraient croire à l’authenticité possible du fameux serpent de mer. 

Revenant d’un voyage à Trunchim, le savant capitaine Laurent de Ferry aperçut au milieu des vagues une sorte de serpent gigantesque. Aussitôt, il saisit son fusil et tire sur le monstre. Atteint légèrement, le reptile énorme rougit les flots de son sang et disparaît dans l’abîme. Ce monstre inouï, tout l’équipage eut le temps de le voir : sa tête horrible s’élevait à quatre pieds environ au-dessus des vagues et ressemblait d’une manière stupéfiante à celle d’un cheval. Une sorte de byssus épais et verdâtre faisait comme une crinière à son cou extrêmement allongé. 

Outre la tête de ce reptile effrayant, on distingua avec une netteté parfaite une douzaine de ses plis énormes qui renaissaient à une toise l’un de l’autre, longueur vraiment fantastique…. La tête deux fois grosse comme celle d’un cheval ordinaire et plaquée de deux yeux énormes et saillants avait, dans des proportions colossales, le bizarre aspect de la tête des petits hippocampes que l’on peut voir dans l’aquarium du Jardin d’Acclimatation. 

Après Laurent de Ferry voici un naturaliste bien connu, le pasteur Donald Maclan qui, sur la côte de Coll aperçut, lui aussi, un reptile marin d’une grandeur prodigieuse. Sa tête était terrifiante, aussi grosse que celle d’un taureau et présentant l’aspect hideux de la face d’un crapaud gigantesque. Plus effilé que le reste du corps, le cou, très allongé, était garni d’une sorte de crinière, tout comme le monstre aperçu par Laurent de Ferry. La longueur de ce reptile qui s’étalait tranquillement sur la surface des eaux, mesurait au moins 60 pieds. Plusieurs témoins oculaires ont affirmé le témoignage de l’honorable Donald Maclan. 

serpent-merQuelques mois plus tard, vint s’échouer sur la plage de Stronsa, l’une des Orcades, le corps d’un gigantesque reptile marin. Aussitôt, en présence du docteur Barcklay, auteur d’études géologiques estimées, des notables et des juges du pays, on dressa un procès-verbal constatant que le monstre avait dix-huit mètres de longueur et trois mètres de circonférence, qu’une espèce de crinière s’étendait jusqu’à la moitié de son corps, que les soies de cette toison bizarre étaient phosphorescentes la nuit, qu’enfin ce monstre avait des nageoires de quatre pieds de longueur ressemblant aux ailes d’un coq déplumé. 

L’espace dont nous disposons nous force d’être bref et de couper court à de saisissantes relations de ce genre. Elles sont très nombreuses et presque toutes confirmées par des témoins oculaires, aussi dignes de foi par leur caractère que par leur savoir. Que faut-il en conclure ? Nous ne faisons que raconter…

La mer est le domaine mystérieux de l’étrange et de l’horrible. Variées jusqu’à l’infini, les espèces les plus singulières couronnent les vagues, s’entassent sur les rivages, grouillent dans les abîmes….. Combien de pages du grand livre de la Nature n’ont pas encore été coupées ! Ces pages inconnues ne vont pas se perdre dans les profondeurs de la terre ou dans les hauteurs du ciel : Elles trempent dans la mer. Ce ne sont pas les nuages ou les forêts qui nous les cachent, c’est l’abîme ! 

Le Golfe Persique et la mer du Japon présentent quelquefois un spectacle saisissant, plein de grâce et de mystère : un champ de fleurs éblouissantes apparaît tout à coup sous les eaux transparentes, aux regards surpris du navigateur. Ce champ de fleurs sous-marines, plus éclatant que les bleuets et les coquelicots, n’est que la réunion de gigantesques tridacnes ou « grands bénitiers ». Comme les fleurs ouvrent leur calice, ces grands mollusques ouvrent leurs valves et, de leur coquille grande ouverte, resplendissent ces belles couleurs.
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L’écrin, c’est l’écaille, le diamant, c’est la bête. Soudain, on ne sait pourquoi, le bâillement général cesse sur toute la ligne et le parterre disparaît. Le grand bénitier est le roi des coquillages. C’est un géant et un hercule du monde des eaux. Souvent, chacune des valves de l’énorme coquille atteint jusqu’à sept pieds de long et ne pèse pas moins de trois cents kilogrammes. Des naturalistes affirment qu’il faudrait la force de trois chevaux attelés à l’une de ces valves pour faire bailler le colosse malgré lui. 

Jadis, la République de Venise fit présent à François Ier d’un gigantesque tridacne qui resta dans le trésor royal jusqu’au règne de Louis XIV. Cette splendide coquille sert aujourd’hui de bénitier dans l’église de Saint-Sulpice dont elle est la grande curiosité. En Chine, l’écaille du tridacne est appelée à d’autres destinations : quand les valves du grand bénitier sont vulgaires, on en façonne des auges pour les bestiaux. Quand elles sont intactes et fines, d’une remarquable beauté, elles servent de baignoires aux riches dames Chinoises. Dans ce cas c’est un objet de haut luxe, délicatement enjolivé d’ornements d’argent et d’or. 

Auge, baignoire ou bénitier, étrange destinée de cette fille des mers, qui conserve, dit-on, dans les replis de son écaille rose les âpres senteurs elles bruits confus des océans.

Fulbert Dumonteil. « Le Chenil. » Paris, 1902.

Duel retardé

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duelC’est en Allemagne que la chose s’est passée.  Deux hommes de caractère pointilleux s’étant querellés, il y eut échange de témoins. Mais les témoins de l’un d’eux firent remarquer que les chances n’étaient pas égales, puisque leur client était marié et son adversaire encore garçon.

L’adversaire s’inclina. Mais, quelques mois après, ses témoins se représentaient devant son ennemi, pour lui annoncer que leur client s’était marié, que les chances étaient devenues égales, et que le combat devait avoir lieu.

Pas du tout ! répliquaient les autres témoins : pendant que votre client se mariait, le nôtre devenait père d’un beau garçon, ce qui ne lui permet pas de risquer sa vie contre un homme qui n’a pas encore d’enfant .

Son adversaire s’inclina de nouveau. Mais, neuf mois après, ses amis se présentaient encore chez son ennemi, en leur annonçant que lui aussi était devenu père et que l’on se trouvait par suite à égalité. 

 Pas du tout ! s’écrièrent facétieusement les autres témoins, car notre client a eu un second fils…
— Très bien ! déclara l’autre : dans un an, j’aurai un second enfant, moi aussi !

Le diable est que, l’année suivante, l’adversaire avait trois enfants, et comme, dans l’intervalle, les deux femmes s’étaient connues et qu’elles ne veulent pas que leurs maris se battent, elles ont fini par réconcilier les deux adversaires.

C’est un moyen de repopulation auquel M. Edme Piot n’avait sans doute pas songé.

 « Le Journal du dimanche. » Paris, 1905.

Un étrange faire-part

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corde pendu« Le Révérend Philip-A. Goodwin a l’honneur de vous inviter à sa pendaison par les autorités de l’Etat de la Californie, dans la prison de Saint-Quentin, le 14 janvier 1927. »

Tel est, incontestablement, le plus étrange faire-part qui fut jamais envoyé.Goodwin, qui vient de mourir à l’âge de trente ans, fut successivement soldat, acteur et clergyman.

Tout en présidant aux destinées d’une petite paroisse de Los Angeles, il fut accusé, il y a quelque temps, d’avoir assassiné un de ses meilleurs amis, Patterson, lors d’une promenade en automobile dans une des nombreuses passes solitaires de la Californie. Le vol était le mobile du meurtre; on avait retrouvé le corps du malheureux Patterson en partie brûlé et le crâne défoncé..

Lorsque Goodwin découvrit que les lois de la Californie lui permettaient de convier cinq personnes de son choix à son exécution, il n’hésita point à profiter de cette dernière liberté. D’où cette idée de l’invitation, établie avec beaucoup de goût du reste, sur un papier épais, gravé à la gothique, et encadré d’un élégant liséré de deuil. Il paraît que son choix a porté sur trois vedettes de cinéma, un gardien de la prison, qui lui fut particulièrement sympathique, et un journaliste dont les comptes rendus du meurtre avaient beaucoup amusé le meurtrier. Les journaux ont gardé le secret en ce qui touche le nom des actrices de cinéma.

L’Amérique se vantera-t-elle de détenir ce nouveau record ? Il est, en effet, difficile de trouver p!us d’originalité dans une réception mondaine ou intime !

in Les Annales politiques et littéraires.  Paris, 1927.