testament

Le testament du poète

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tassoniIl est dû à la plume d’un poète, Alessandro Tassoni, décédé en l’an 1635.

« Mon intention serait qu’à ma pompe funèbre on ne vît qu’un prêtre, que pour la dépense on n’en fît point d’autre que celle d’un sac pour y fourrer mon corps, et d’un crocheteur qui voudra bien s’en charger. 

« Toutefois, je lègue à la paroisse où sera mon cimetière douze écus d’or, sans la moindre obligation. Le don que je lui fais me paraissant fort mince, et d’autant plus que je ne lui fais que parce que je ne puis l’emporter !« 

Le testament

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albert-ankerSamuel Giorgi était un enfant trouvé, un de ces nombreux enfants abandonnés, que l’on ramasse pour les déposer dans un hospice.

A une époque que nous ne pouvons préciser exactement, il fut transporté à l’hospice de Foggia, la ville des jardins et des fontaines. Là, un employé à soixante francs par mois, vieux, myope et ennuyé, le dota d’un nom, d’un prénom et d’un numéro. Puis nous ignorons totalement ce qui lui arriva, nous ne sommes pas en droit de connaître comment il traversa toutes les vicissitudes de la vie.

L’enfant trouvé de Foggia, favorisé par une heureuse destinée, réussit à conquérir sa place dans le monde, il amassa une immense fortune et se créa une famille. 

A Legnano, où il demeurait, il passa la meilleure partie de sa vie, et comme il n’avait jamais fait de dette, il ne voulut pas en laisser après sa mort. Lorsque vint pour lui l’heure du trépas, il pensa qu’il devait acquitter l’unique dette qu’il avait sur la conscience. Dette non commune, de nature tout à fait exceptionnelle, dette de gratitude. 

Il est évident de Giorgi ne prit pas le temps d’aller quérir un notaire. Il se contenta d’écrire ses dernières volontés sur une simple feuille de papier à lettres, léguant une grande part de sa fortune au profit de l’hospice de Foggia, l’institut où il trouva : berceau, refuge et vie. 

Quand la mort le prit, il partit heureux d’avoir payé l’unique dette qu’on aurait pu lui reprocher. 

Pour sa propre satisfaction, il parut oublier sa nombreuse famille, mais cette dernière découvrit la lettre dans les vêtements que Samuel portait encore à l’heure de sa mort, et pensa qu’il serait utile de détruire le document dictant ses dernières volontés. Une vieille, la belle-mère du défunt, proposa à tous les parents réunis et qui prirent connaissance de la lettre fatale, de la faire disparaître afin de pouvoir diviser entre eux la fortune de Giorgi. 

Se groupant tous dans la chambre même où se trouvait le cadavre, les parents se promirent réciproquement le secret. Dans la nuit, ils allumèrent les cierges, et, en présence du mort, firent le partage du riche testament. Selon le degré de parenté, chacun eut sa part et jura de nouveau le secret. 

Le lendemain matin, Samuel, cloué dans son cercueil, prit le chemin du cimetière accompagné par les pleurs et les regrets de tous ceux qui, quelques heures auparavant se partageaient sa fortune. Mais, quand les parents voulurent entrer en possession de leur richesse, le mort, Samuel lui-même, l’enfant trouvé, eut une idée tout à fait géniale. 

Dans le calme d’une nuit de décembre, il prit son apparence humaine, remit les habits qu’il avait lors de la cérémonie funèbre et dont ses pieux parents le revêtirent pour la dernière fois et alla rendre visite à deux de ses belles-sœurs qui avaient participé au partage de ses biens. Les deux sœurs furent réveillées en sursaut et eurent la terrifiante surprise de se trouver en présence de Samuel Giorgi. Au dire des deux dames, le fantôme leur fit d’amers reproches et des malédictions de toutes sortes. 

Dès que l’apparition s’évanouit, les deux sœœurs dénoncèrent, sous l’anonymat, la lettre détruite et le complot. L’autorité judiciaire procéda à une enquête autant à Legnano qu’à Foggia et le résultat ne fut pas ébruité. On apprit, toutefois, que l’hospice de Foggia entra en possession de son héritage et que de nombreuses arrestations furent opérées.

« L’Astrosophie. » Traduit du « Monda Occulta », Naples, numéro de Janvier-Février 1931. 
Peinture: Albert Anker.

Dernières volontés

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Les testaments fantaisistes sont nombreux. Il en est de saugrenus et de touchants. En voici un rigoureusement authentique dont la concision ne permet point d’équivoque :

A ma femme, je laisse son amant et l’assurance que je n’étais pas si bête qu’elle le croyait.

A mon fils, je laisse le plaisir de travailler : depuis vingt-cinq ans, il est persuadé que c’est mon plaisir à moi. Il se rendra compte qu’il avait tort.

A ma fille, je laisse 300.000 francs. Elle en aura besoin, parce que la meilleure affaire que son mari ait jamais faite, a été de l’épouser.

A mon chauffeur, je laisse ma voiture. Il l’a si bien abîmée que je voudrais qu’il eût le plaisir de l’achever.

A mon associé, je laisse le conseil de prendre avec lui un homme intelligent, s’il veut jamais entreprendre une autre affaire. 

« La Vie parisienne. » Paris, 1943.
Dessin : Auguste Belin.

Les mains propres

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Entre les mille intrigues de Goya, en voici une dont le dénouement  est pour le moins bizarre. Ici l’artiste cède, chose nouvelle, à un beau mouvement de conscience. Pourquoi pas ? Nous savons bien déjà que dans la vie il ne brillait pas absolument par la logique.

Une grande dame, qui avait longtemps aimé l’artiste jusqu’à l’idolâtrie, mourut jeune en laissant dix fortunes de nabab. Voulant, jusque dans la mort, prouver son amour à l’inconstant Francisco Goya, cette noble dame lui avait légué une somme fabuleuse.

Goya se présente à l’ouverture du testament, comme un homme disposé à faire valoir ses droits, paraissant contenir à peine sa joie de ne se point apercevoir du dépit et de la colère des héritiers. Mais rien n’échappe à son œil oblique et scrutateur. Il se complaît à cette scène d’un haut comique, et, quand vient enfin l’heure du partage, il s’avance au milieu des légataires, et se campant de cet air de fierté castillane qui lui est familier, il leur fait cette dédaigneuse, superbe et cynique déclaration :

Caramba ! mes beaux seigneurs, le peintre Goya a bien voulu de votre parente, mais il ne veut pas de vos richesses. Gardez-les pour vous, elles saliraient mes mains.  

Et joignant l’action à la parole, il déchire, à la barbe des héritiers stupéfaits, le codicille qui l’enrichissait. 

La Gavinie / Laurent Mathéron . « La Lumière. » Paris, 1857.
Illustration : Francisco Goya par Vicente López y Portaña.

Un testament original

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Il y a eu de curieux testaments. Celui de lord Jeffreys, le terrible juge des « assises sanglantes » , est bien digne d’enrichir cette collection.

« J’ordonne que l’on achète une aune et demie de fine batiste et qu’on la transforme en mouchoirs destinés à essuyer tous les yeux humides à mes funérailles, ainsi qu’une demi-pinte de bordeaux pour être distribuée à tous ceux qui pleureront ma mort dans toute l’étendue du Royaume-Uni. »

« Le Pêle-mêle. »Paris, 1925.

L’âge avancé

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femme

Blanche Vogt raconte dans l’Intransigeant le curieux procès que voici :

Un monsieur vient de mourir en laissant toute sa fortune à sa cuisinière, sous la réserve d’une condition. Ce patron a stipulé sur son testament que pour jouir de ses biens, quand il mourrait, Julie devait être dans un âge avancé.

Un neveu intéressé, comme il s’en trouve quelquefois, attaque le testament sous le prétexte que Julie n’ayant que 49 ans à la mort de son maître, cet âge ne constitue pas un « avancement » suffisant pour justifier la nécessité d’hériter.

La question est portée devant un tribunal de province. Les juges seront sans doute bien embarrassés pour la trancher. Une femme de quarante-neuf ans est-elle une femme d’un âge avancé ? Julie, la cuisinière, l’assure d’une voix forte. Et c’est peut-être la première femme qui mette tant de franchise et si peu de coquetterie à cet aveu.

Le neveu, en galant chevalier, va partout clamant qu’à 49 ans une femme est à la fleur de l’âge, voire même qu’elle participe encore de l’adolescence. On dit que cette rare délicatesse semble suspecte à certains experts en toge.

Comment se comporteront les magistrats français ? Peut-être laisseront-ils la question indécise, de sorte que les femmes de 49 ans conserveront le bénéfice du doute.

« La Revue limousine. »  Limoges, 1927. 

Propos désabusés

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vieillesse

La  vieillesse, quoiqu’on en dise, est un heureux moment de l’existence. On n’a plus mal aux dents, puisqu’elles sont en or, à moins que le technicien chargé de les mettre en place n’ait été un damné propre-à-rien. On n’a plus mal aux cheveux, puisque le crâne est devenu un brillant skating pour les mouches. On a réalisé la plupart de ses ambitions et l’on n’a plus de passions effrénées. On est vacciné contre toutes les émotions.

La vieillesse serait le meilleur moment de l’existence, s’il n’était celui où l’on est peut-être le moins aimé pour soi-même. Les neveux, les cousins éloignés et ingrats, qui vous ont laissé dans le plus fâcheux oubli pendant tout le cours de votre existence, se réveillent et paraissent tout à coup bourrelés de remords pour leur indifférence. Plus vous êtes décrépits, plus ils se montrent empressés, aimables et souriants. Ils vous comblent de prévenances, vous accablent d’assiduités. Ah s’ils avaient toujours été ainsi,comme on les eût aimés ! Ils craignent qu’on les oublie au dernier moment et cherchent à mériter le petit souvenir qu’ils espèrent bien qu’on leur laissera. Bien des vieillards se contentent de cette monnaie de singe qu’on leur prodigue. Il en est qui sont sceptiques.

L’un d’eux, un Anglais, fit semblant de croire sincères toutes les protestations affectueuses que lui firent ses neveux, en ses derniers moments. Mais il leur réservait une surprise peu banale.

Quand ils se présentèrent, immédiatement après sa mort, chez le notaire du défunt, celui-ci les envoya dans un cinéma où l’on projeta sur l’écran l’image du de cujus et où ils entendirent un haut-parleur leur répéter, avec une énergie foudroyante, ce que le cher disparu pensait de chacun d’eux.

Non ! qu’est-ce qu’il leur cassa et leur passa ! Tout ce que l’oncle, longtemps dédaigné, avait sur le coeur, leur fut servi par lui, et aux petits oignons. Ils en faisaient une bouillotte, les neveux déconfits et consternés ! Ils entendirent leurs quatre vérités, je vous prie de le croire, et ne jugèrent pas à propos, après la séance, d’aller demander au notaire si, par hasard, il n’aurait pas un pli fermé à leur remettre.

Prosper. « Le conteur vaudois : journal de la Suisse romande. »  1932.
Illustration : Henry Monnier.