théâtre de marionnettes

Vertep ou le petit théâtre de marionnettes

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vertepA trois époques de l’année qui sont : la période qui précède Noël, celle du premier de l’an, et le jour des Rois, il y a des représentations théâtrales dont les acteurs sont de petites marionnettes hautes de quarante à cinquante centimètres à peine.

Le théâtre consiste en une boîte en bois sur laquelle sont peints des ornements assez grossiers; elle est longue de 1m. 50, sur une hauteur égale, les marionnettes manœuvrent à l’aide d’un morceau de bois fiché dans un des pieds de la figurine, et qui passe dans des rainures; la main de l’individu qui les dirige se trouve sous la planche du théâtre.

A l’occasion des fêtes ci-dessus, ceux qui possèdent ce petit théâtre ambulant viennent le montrer dans les châteaux et dans les maisons riches. Les trois principales pièces — qui sont des espèces de mystères — sont l’Annonciation, la Naissance de Jésus, et le Massacre des Innocents. Les personnages sont costumés et s’expriment non en vers, mais en prose; la personne qui les fait parler brode sur un canevas déterminé. Les Innocents, mis à mort par l’ordre d’Hérode sont, non pas en bois, comme les autres acteurs, mais en cire, et les soldats d’Hérode, costumés en Polonais, les embrochent au bout de leurs lances. A la fin de cette pièce, Hérode est puni, et deux serpents viennent le dévorer.

Ces mystères sont accompagnés de pièces satiriques, dans lesquelles la liberté la plus absolue est accordée aux acteurs de bois; ceux-ci ne se font pas faute de blâmer les fonctionnaires, de dire du du mal des propriétaires et des gens haut placés du pays, et de raconter toute la chronique scandaleuse des environs. C’est l’usage, et personne ne s’offense de cette licence passagère.

Depuis une dizaine d’années ce petit théâtre de marionnettes, qui se nomme en russe Vertep, c’est à dire spectacle, a une tendance à disparaître.

« Revue des traditions populaires. » Paris, 25 mars 1886.
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