Théophile Gautier

Balzac épicier

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On sait qu’une des grandes préoccupations de Balzac fut d’arriver à la fortune, même par le commerce et l’industrie. Imprimeur, il en résulta pour lui des dettes qui l’angoissèrent presque toute sa vie.

Il voulut exploiter, en Sardaigne, des mines d’argent abandonnées par les Romains : on lui vola son idée. Aux Jardies, il rêva de battre monnaie avec un guano imaginaire, soi-disant déposé au pied des arbres. Il songeait aussi à cultiver les ananas, pour les vendre, en boutique, sur le boulevard Montmartre : chimères !

Un projet des plus chers à Balzac, en 1840, c’était la création d’une colossale épicerie, en pleine rue Saint-Denis. Mais il voulait, pour la faire prospérer, un personnel d’élite et qui eût attiré tout Paris ! On connaît les employés que se proposait d’appointer Balzac : lui, chef de la maison; Théophile Gautier, premier garçon; George Sand, caissière; Léon Gozlan, commis emballeur… Gozlan prit la chose en riant :

Attendons, dit-il, que les sucres soient en baisse. Et surtout,ne louez pas la boutique sans que je vous en parle.

Le silence obstiné de Gozlan enterra l’épicerie Honoré de Balzac.

« Revue Belge. »  J. Goemare, Bruxelles, 1926.
Illustration : montage fait maison 🙂

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Le centenaire de la pipe

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Un centenaire en l’honneur de la pipe s’organise en ce moment à Leipzig. Nous rappellerons sommairement à ce propos quelques souvenirs historiques intéressants.

C’est par les Portugais que l’usage de la pipe fut introduit au XVIe siècle en Europe, mais il était bien antérieurement répandu dans les Indes occidentales. Vers 1560, Jean Nicot, ambassadeur de France à Lisbonne, apporta dans notre pays la pipe et le tabac, d’où le nom de nicotine.

Pendant quelque temps, néanmoins, on se contenta de prendre le tabac par le nez. Ce n’est qu’un peu plus tard que la pipe commença à être adoptée. C’est sous Louis XIV que des distributions régulières de tabac furent faites pour la première fois aux troupes. Il y eut alors une sorte d’engouement pour la pipe, qui se répandit jusque dans les meilleures sociétés, et l’on vit même des grandes dames ne pas s’en priver. Saint-Simon raconte que les princesses du sang furent une fois surprises par le dauphin en train de fumer des pipes qu’elles avaient fait emprunter aux soldats du corps de garde du château de Marly.

On fuma un peu moins pendant le XVIIIe siècle, mais en revanche on prisa beaucoup. La pipe revint en grand honneur au moment de la Révolution, et l’on put même voir les plus illustres généraux de l’expédition d’Egypte fumer leur pipe à la tête de leurs soldats.

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Sous la Restauration, la pipe fut de nouveau dédaignée ; mais après 1830 sa faveur reprit de plus belle, et elle devint, aux belles époques du romantisme, le complément indispensable de toutes les fêtes littéraires et de tous les soupers qui suivaient les grandes premières représentations dramatiques du temps. Théophile Gautier a surtout fait valoir les délices de la pipe, dont il usa et abusa jusqu’aux derniers jours de sa vie.

Aujourd’hui la pipe ne se fume plus guère en public : c’est le cigare qui est seul de bon ton dans la rue ; mais dans le huis clos la pipe est le délassement des classes sociales les plus différentes.

Nous avons cité, dans notre dernier numéro, un certain nombre de lettres défavorables à l’usage du tabac ; mais nous avons démontré que cet usage, sous quelque forme que ce soit, pipe, cigare ou tabac à priser, tend de plus en plus à se généraliser.

Il y a vingt ans, les femmes du monde qui fumaient étaient une très rare exception ; aujourd’hui plusieurs d’entre elles se permettent de fumer, et ne s’en cachent même pas.

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  1890, Paris.

L’inventeur du phonographe

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invention-phonographe1Est-ce vraiment Edison ? Non, puisque le génial Américain prit son brevet le 19 décembre 1877, alors que, huit mois auparavant, Charles Cros avait déposé, sur le bureau de l’Académie des Sciences, un pli cacheté qui ne fut ouvert que le 3 décembre de la même année et qui contenait la description exacte et complète de ce merveilleux appareil.

Mais Charles Cros lui-même avait été devancé, si l’on peut dire, par Théophile Gautier, qui, en 1847, envisageait la possibilité de conserver les modulations de la sonorité. Et Théophile Gantier n’était pas encore le premier ! Ouvrez les oeuvres de Savinien Cyrano de Bergerac, telles qu’elles nous ont été restituées par l’éditeur Maurice Bauche. Un paragraphe de L’Autre Monde ou Histoire Comique des Etats et Empires de la Lune dit expressément :

« A l’ouverture de la boîte, je trouvai, dans un je ne sais quoi de métail presque semblable à nos horloges, plein de je ne sais quelques petits ressorts et de machines imperceptibles. C’est un Livre, à la vérité; mais c’est un Livre miraculeux, qui n’a ni feuillets, ni caractères; enfin, c’est un Livre où, pour apprendre, les yeux sont inutiles; on n’a besoin que des oreilles. Quand quelqu’un donc souhaite lire, il bande, avec grande quantité, toutes sortes de petits nerfs, cette machine; puis il tourne l’aiguille sur le chapitre qu’il désire écouter et, au même temps, il en sort, comme de la bouche d’un homme, ou d’un instrument de musique, tous les sons distincts et différents qui servent, entre les grands Lunaires, à l’expression du langage … »

Ne sont-elles pas merveilleuses, ces lignes tracées dans la première moitié du dix-septième siècle ? N’y a-t-il pas là le phonographe en germe? Qu’elle ait pour père Cros, Gautier ou Cyrano de Bergerac, la machine parlante est certainement française; ce qui ne diminue en rien les mérites d’Edison, le grand réalisateur.

Les Annales politiques et littéraires.  Adolphe Brisson, Paris, 1927.

Manies d’écrivains célèbres

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ecrivain

M. Mermeix, de la « France », a causé avec M. G. Claudin et lui a conté quelques anecdotes curieuses sur trois ou quatre écrivains célèbres:

Théophile Gautier croyait à la jettatura. Il craignait le mauvais oeil. Or vous savez qu’Offenbach était jettatore. On prétendait qu’il portait malheur. Gautier avait cette superstition. Jamais il ne voulut écrire le nom d’Offenbach. Quand ce nom devait même figurer dans sa copie, il faisait venir de l’imprimerie un compositeur et lui faisait découper dans un journal les lettres du nom d’Offenbach. Ces lettres, il les collait sur son papier. Le nom fatal était dans la copie, mais Gautier, ne l’ayant pas écrit, avait échappé à la jettatura ; il avait conjuré le « malin ».

Paul de Saint-Victor n’avait pas peur d’Offenbach. Mais il redoutait les encriers qui n’étaient pas le sien. Cet encrier était en bois noir. Il l’avait rapporté de Fribourg. Il pensait qu’il ne trouverait pas une idée au fond d’un autre encrier. Quand il partait en voyage, il emballait le précieux accessoire de son génie.

La manie de M. Barbey d’Aurevilly d’écrire avec des encres de différentes couleurs et de livrer à la composition des feuillets illustrés comme les vieux manuscrits du moyen âge est bien connue. On voit bien que M. Barbey d’Aurevilly n’est pas un écrivain du journalisme. S’il fallait à un journaliste changer de plume et d’encre à chaque membre de phrase, comme le fait l’illustre écrivain, les journaux quotidiens en arriveraient vite à paraître tous les deux jours.

M. Victorien Sardou écrit sur du papier qui lui coûte deux sous la feuille et qu’un papetier de la rue Croix des Petits-Champs fait fabriquer exprès pour lui. C’est un papier très épais et un peu rugueux.

Le grand Dumas, comme Sardou, avait la superstition de son papier. C’était un grand papier bleu quadrillé de quarante centimètres de hauteur. Il en avait toujours dans ses poches, pour être toujours en mesure de travailler n’importe où il se trouvait et à n’importe quelle heure, quand venait l’inspiration.

in « La Revue des journaux et des livres. »  Paris,1885.

L’amant d’Aurélia

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Gérard-de-NervalDe mémoire de Parisien il n’a jamais fait aussi froid qu’en ce mois de janvier 1855. De plus, il n’arrête pas de neiger et, tous les jours, des fiacres versent sur les congères. Les passants sont rares. Dans des tranchées de glace, on les voit avancer d’un pas incertain, ombres emmitouflées dans des pelisses. Ceux du moins, qui en ont.

Ce ne doit pas être le cas de ce petit homme émacié et fiévreux qui, en fin d’après-midi, ce 20 janvier, se glisse dans l’immeuble de La Revue de Paris, la feuille qui accueille ceux que la très glorieuse Revue des Deux Mondes a écartés…

C’est de la folie, Gérard ! dit-il au petit homme, un instant plus tard, Maxime Du Camp, l’ami de Flaubert. Où avez-vous laissé votre pardessus ?

— Tonique, ce froid ! crâne Nerval, l’immense poète d’Aurélia et des Filles du feu. A-t-on jamais vu un Lapon enrhumé ? …

— Tu es morfondu de froid, Gérard ! renchérit un géant à moustaches qui n’est autre que Théophile Gautier. Quelqu’un va te prêter un paletot que tu pourras garder tout le temps qu’il faudra…

Gérard de Nerval refuse encore. Il paraît blessé.

Ne sais-tu donc pas que je porte deux chemises, l’une sur l’autre, et qu’il n’est rien de plus chaud ?

Peut-être la sollicitude de « Gros Théo » a-t-elle tout de même réchauffé le poète, au cœur à tout le moins ? Mais voici que sans même dire pourquoi il est venu, Nerval remonte le col de son costume noir élimé et s’enfonce dans la nuit glacée…

Le 23 janvier, on le voit errer tout l’après-midi dans les petites ruelles sordides qui entouraient, alors, le Châtelet. Ce même jour, il remet à son ami Paul Lacroix la liste de ses œuvres complètes. A la dernière ligne, figure le titre d’un ouvrage qu’il a longuement hésité à publier: Pandora. Nul ne sait où il est allé en fin d’après-midi, mais certains assurent qu’il a pris à pied la route de Saint-Germain-en-Laye.

Le lendemain, il fait vingt degrés au-dessous de zéro. Chancelant de froid, il se présente chez le journaliste Géo Belle où il tient de biens étranges propos. Cela n’étonne pas Belle qui sait que Gérard vient de sortir de la clinique du docteur Blanche où il a été soigné déjà plusieurs fois pour troubles mentaux. Bientôt, il dit qu’il doit s’en aller, qu’il a un rendez-vous très important ? Belle veut le retenir, lui prêter un manteau, mais là encore il se fâche. On le voit ce soir-là aux Halles, attablé chez Baratte devant une absinthe.

Une rixe éclate. On alerte la garde. Un « sergot » l’emmène coucher au « violon ». Nerval se réclame d’un commissionnaire aux Halles. Dès le jour levé, celui-ci, un brave homme, se précipite. Il fait sortir Gérard du commissariat, l’invite à déjeuner, le force aussi à accepter sept sous.

Merci, dit le poète. C’est plus qu’il n’en faut pour attendre.

Attendre quoi ? Quel sens donner à cette phrase prémonitoire ? On sait qu’il se rend ce jour-là, par un froid toujours intense, à la Comédie-Française, pour y rencontrer Arsène Houssaye. Mais « Monsieur l’Administrateur est sorti ». Que voulait-il lui dire ? On le voit errer ensuite porte Saint-Martin où habite son père, le docteur Labrunie. Il aurait essayé de le voir; mais le docteur était sorti également. Il sonne en fin d’après-midi chez le critique Charles Asselineau. Il se fâche encore quand l’auteur des Sept Péchés capitaux de la littérature veut lui glisser un louis. Il est acquis qu’il dîne le soir, d’une portion à quatre sous, dans un bouge de la Halle comme on appelait alors le Ventre de Paris. Désespérante soirée… Il veut lier conversation, comme il a l’habitude de le faire. Mais les besogneux qui viennent bâfrer là ne sont pas disposés à écouter ses sublimes théories sur le roi d’Orient, et les astres-dieux de la Chaldée…

Alors, lentement, avec cette dignité qu’il mettait en toutes choses, il reprend sa canne et se dirige vers la porte en saluant le personnel.

Mais, avec trois sous en poche, où coucher à présent ? Il se rappelle qu’on loge à la nuit à peu près pour ce prix, punaises comprises, dans un cabaret borgne de la rue de la Vieille-Lanterne. Le froid, l’ivresse lui font battre les murailles. On se retourne sur cette ombre famélique, sur ce spectre qui paraît plus mort que les morts. Enfin, il arrive en vue du tapis-franc. Il frappe. Une fois, deux fois, trois fois. Personne ne répond…

Aux dernières heures de la nuit, des fêtards le découvrent, pendu à la grille d’un garni de cette même rue. Les traits sont décomposés, le corps, raidi, est grotesquement cambré, comme pour une ultime mise en garde aux vivants. Etrangement, son chapeau haut de forme est resté sur sa tête. Est-ce un clochard ou un mauvais drôle qui l’a ainsi coiffé de son couvre-chef qui n’a pu manquer de tomber d’abord sur le pavé ? Le rapport de police indique seulement la présence près du cadavre, au moment de sa découverte, d’une vieille bonne femme qui déclare n’avoir rien vu. Ce qui est certain, c’est qu’elle était en train de lui faire les poches…

A la morgue, le corps est identifié par Arsène Houssaye et Théophile Gautier. Le poète est inhumé le 28 en présence d’un petit nombre d’amis et le 29, le commissaire de police du quartier du Châtelet, Eugène Blanchet, écrit à Houssaye la lettre suivante :

« Monsieur, je m’empresse de vous faire savoir que toutes les informations que j’ai prises au reçu de votre lettre en date d’hier, n’ont fait que me confirmer dans les pensées que M. Gérard de Nerval s’est suicidé, ainsi que je l’ai constaté dans mon procès-verbal. Veuillez agréer… »

Est-il vraisemblable qu’un pendu, en proie aux affres et aux tressaillements d’une longue agonie (le médecin légiste a pu le prouver) ait pu garder son bolivar vissé sur le crâne ? Certes, la thèse d’une plaisanterie macabre a ses défenseurs. Mais longuement « cuisinée » la tenancière du bouge finit par avouer :

—  Ben oui ! j’ai entendu du bruit et des cris. Pourquoi je n’ai pas ouvert ?… La rue n’a qu’une lanterne, que le vent avait éteinte ce soir-là… Alors, avec toutes les escarpes qui rôdent la nuit et ce froid-là !… Ouvrir pour avoir une sale affaire sur les bras…

La mégère est une « mouche », une indicatrice de police, et c’est pour cela, sans doute, que les argousins n’insistent pas…

Comment, par ailleurs, un dandy aussi raffiné que Nerval a-t-il pu choisir pour sa fin, en dépit de sa détresse, un des lieux les plus abjects de Paris ? A l’époque ce n’était pas rien, en effet, que ce quartier-là !

« Sur le côté est du Grand Châtelet, se trouvait un groupe de ruelles immondes et sinistres, écrit Jacques Hillairet. Elles s’appelaient rue du Pied-de-bœuf, rue de l’Ecorcherie, rue de la Vieille-Tannerie, de la Place-aux-Veaux … Ces venelles étaient le quartier des tueurs et des écorcheurs de la Grande-Boucherie. Une exhalaison pestilentielle émanait des détritus et du sang caillé… »

Le procès-verbal est formel : Gérard de Nerval s’est pendu à la grille de fer d’une baie de rez-de-chaussée. Et pourtant !

A aucun moment ses pieds ne semblent avoir quitté le sol ! Quand on l’a retrouvé, c’est la première chose qui a frappé les témoins. Il était debout, raidi, mais les pieds bien à plat sur le pavé… Et d’où provenait la corde ?

Pas un mot d’adieu à ses amis. Il en avait d’excellents, de généreux, et qui le tenaient en haute estime, malgré son irritabilité due à la maladie. Le poète avait bon cœur, il savait aimer, il n’avait fait que cela toute sa vie, écrire sur l’amour et les illuminations que donne l’amour… Il croyait de plus à son génie, comme aussi le docteur Blanche, qu’il vénérait. Comme sa tante qui venait de l’héberger longuement. Pas un mot non plus à son père, parfois lassé de ses frasques, mais chez qui il avait sonné quelques heures avant sa mort.

Alors, on a avancé l’hypothèse du crime de rôdeurs. Un crime crapuleux, maquillé en suicide. Houssaye et Théophile Gautier y croyaient absolument, et cette thèse a été reprise par quelques biographes du pauvre mort. Mais Houssaye et Gautier sont-ils tout à fait objectifs ? L’un et l’autre ont été (plus ou moins) en contact avec Nerval quelques heures avant sa mort. Si la thèse du suicide s’était révélée la bonne, n’aurait-on pas pu retenir contre eux une certaine responsabilité morale ? Peu satisfaisante, cette thèse l’est aussi par un fait qui a immédiatement sauté aux yeux des enquêteurs: la victime n’avait pas été fouillée, on a retrouvé dans la poche du gilet la petite somme d’argent dont elle disposait. Et puis pourquoi les arsouilles auraient-ils pris le temps de faire toute cette mise en scène, au risque d’attirer l’attention de la garde ou du voisinage ?…

Alors ? Il y a une troisième hypothèse qui a été émise dès après la mort du poète, aussi, et qui fait entrer en scène l’Invisible, les forces occultes, qui se retournent si souvent contre ceux qui en font un usage impie…

Dix ans auparavant, après avoir hérité d’une jolie somme, Gérard de Nerval s’était installé dans un bel hôtel qu’il avait fait richement décorer. Outre quelques beaux meubles, il y a là des Corot, des Chassériau, des Ribera qui valent, à l’époque déjà, une fortune. Mais sa folle générosité a bientôt raison de ces trésors et les besoins d’argent se font de plus en plus pressants. Pour échapper à ses soucis, mais poussé aussi par une nostalgie invincible, Gérard s’embarque pour l’Orient au premier jour de l’année 1843. Deux semaines après, il arrive à Alexandrie, puis parcourt toute l’Egypte et la Syrie qu’il visite à partir du 15 mars. Il achève son voyage en s’arrêtant à Beyrouth, Chypre, Rhodes, Smyrne et enfin Constantinople.

Rentré à Paris début 1844, il assure être le premier « roumi » initié par le peuple le plus mystérieux du Levant, les Druses. Or ces Druses, farouches sectataires de l’islam, massacraient tous les voyageurs assez téméraires pour tenter de pénétrer leurs mystères. Pourtant ils reçoivent Nerval, l’entourent de toutes sortes de marques d’estime et lui révèlent de redoutables secrets occultes …

Revenu à Paris, le poète divulgue la vraie légende d’Hiram où se trouve condensé l’essentiel du message de la haute maçonnerie et décrit la « Montagne du Qaf », centre mystique du monde, cette Agartha qui pour les Druses règle l’évolution de l’histoire universelle. Pis. Quelques semaines avant sa mort, il se risque à publier cette Pandora, écrite de longues années auparavant. Après de longues hésitations donc, car ce texte dévoile les arcanes du culte d’Isis. Au témoignage de Théophile Gautier, il regretta vivement d’avoir confié ces secrets à une revue. Comme Montfaucon de Villars, Cazotte, Fabre d’Olivet et d’autres hauts initiés, Nerval en savait trop, ou plutôt il en avait trop dit. Comme eux, a-t-il payé de sa vie ses indiscrétions ?

« Je n’ai pu percer sans frémir ces portes d’ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible… », écrit-il dans Aurélia, histoire d’une jeune fille qu’il veut aller chercher au royaume des morts pour s’unir à elle. Effroi révélateur. Cette histoire, il finit de l’écrire quelques jours seulement avant de rejoindre l’aimée dans l’éternité…

« Histoires fantastiques ».  G. Breton & L. Pauwels, Albin Michel, 1983.