tombeau

Ce brave Léonard !

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arsene-houssayeLes fouilles qu’on va entreprendre, aux environs d’Amboise, pour retrouver le tombeau  de Léonard de Vinci, ne seront pas les premières. En 1863, Arsène Houssaye avait déjà tenté la même découverte. 

Depuis dix jours déjà, il faisait creuser des tranchées, lorsqu’il apprit qu’un très vieil homme habitant près du château du Clos-Lucé où mourut l’auteur de la Joconde, affirmait connaître l’endroit exact de la sépulture. 

Après bien des difficultés, le vieillard consentit à conduire lui-même Arsène Houssaye. 

Chemin faisant, on bavarda, Quel ne fut pas l’étonnement de l’écrivain en entendant le paysan abonder en anecdotes sur « ce brave Léonard » comme il l’appelait. 

On arriva au cimetière ce qui était fort imprévu, étant donnés les documents qu’on possédait. Le paysan se leva, arracha de mauvaises herbes, et découvrit une inscription :

« Ci-gît, Léonard, artiste peintre. » 

Il s’agissait d’un obscur rapin, mort à Amboise de longues années auparavant. Le plus beau est qu’Arsène Houssaye dut payer le déplacement du guide !

« Gil Blas. » Paris, 1906.

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Remords de Cauchon

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Le 18 décembre 1442, alors que, de passage à Rouen, il se rasait, l’évêque Cauchon, juge de Jeanne d’Arc, mourut subitement.

Où avait-il été enterré ? Dans la chapelle Jeanne d’Arc (Cathédrale de Lisieux) que, poursuivi par le remords, assurait-on, il avait fait construire à Lisieux ? Mais on n’avait de cela aucune certitude.

Pour mettre d’accord les historiens, on a ouvert, dans cette chapelle, au pied d’un pilier portant les armes du juge de triste mémoire, un tombeau clos depuis cinq siècles. Une crosse d’ivoire est apparue, posée sur un cercueil recouvert d’une chape de plomb, et reposant sur deux barres de fer. 

Les bras étaient croisés sur la poitrine, le tête légèrement penchée à gauche. Les os étaient nus. Derrière le crâne il y avait encore des touffes de cheveux, blonds et fins. On est maintenant certain qu’il s’agit bien du corps de l’évêque Cauchon.

Les ossements ont été remis dans l’enveloppe de plomb, puis replacés dans le tombeau.

« Chantecler. » Tananarive, 1931.
Illustration : https://www.la-nrh.fr/2010/11/pierre-cauchon-comment-on-devient-le-juge-de-jeanne-darc/

La tombe d’Eve

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Les musulmans, maîtres des contrées bibliques, ont reçu des Arabes un grand nombre de traditions et légendes qu’ils conservent, et dont ils font autant d’articles de foi. A en croire le fondateur de l’Islam, Adam aurait bâti la fameuse Kaaba de la Mecque, qui partout est devenue l’objet de la vénération des croyants.

Si donc le premier homme habita le pays et même la maison qui vit naître le prophète; rien d’étonnant à ce que, non loin de là, puisse se trouver le tombeau de la mère des humains. A quelque distance et à l’occident de la ville sainte, sur le territoire qui lui constitue une sorte de fief sacré, se trouve la petite cité maritime de Djeddah (ou mieux Médine-el-Djeddah, ville de la grand’mère). Dans son port débarquent chaque année un grand nombre de pèlerins, lesquels doivent acquitter une légère taxe pour l’entretien du tombeau de la grand’mère, qui a donné son nom à la ville.

Sur un plateau désert voisin des murs de la cité se voit, en effet, une clôture mesurant environ deux cents pas de long sur six de large. Un tapis de verdure formé de plantes odoriférantes couvre le sol qui, selon la tradition musulmane, recouvre la dépouille de la compagne d’Adam. Un palmier marque la place de la tête. Au milieu s’élève un petit bâtiment surmonté d’une coupole. Dans cette coupole, comme à la Kaaba, se trouve une pierre noire portant des caractères énigmatiques.

S’il en fallait croire une des légendes ayant cours, la dimension de cet enclos donnerait la mesure du corps de la première femme. Une autre version affirmerait que, la tête d’Ève étant à Médine, ses pieds toucheraient à l’Afrique.

Quoi qu’il en soit, les pèlerins venant à la Mecque pour vénérer le berceau du prophète ne manquent pas de visiter la tombe d’Eve. Ils touchent du front la pierre noire et lisent pieusement les versets du Coran inscrits aux parois du petit sanctuaire. Il va de soi que ces actes de dévotion sont accompagnés d’offrandes, que les derviches gardiens du lieu se partagent, ou plutôt se disputent… car, dit-on, il n’est pas rare de les voir en venir aux mains pour s’attribuer les présents dus à la piété des visiteurs.

« Grands souvenirs historiques. » Eugène Muller / Joseph Bertal. Paris, 1902.

Les tombeaux vides de Paul et Virginie

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Une dame anglaise, qui a résidé pendant sept années à l’Ile-de-France (île Maurice) , s’exprime ainsi dans la relation de son séjour dans cette colonie. Le quartier de Pamplemousse est assurément un des sites les plus pittoresques de l’île, et les tombeaux de Paul et de Virginie l’ont rendu un des lieux les plus célèbres de l’autre hémisphère.

Chaque année, ces tombeaux sont visités par une foule de jeunes Anglais à grimaces sentimentales. Le fait est que ces tombeaux ne renferment pas les restes mortels de Paul et de Virginie, et ont été construits par le propriétaire actuel du terrain pour attirer les voyageurs, qui aiment à coucher sur leurs albums la description des déchirantes émotions qu’ils éprouvent à la vue des cendres de ces amants infortunés.

D’abord, il n’avait fait construire qu’une seule tombe, c’était celle de Virginie; mais, comme tous les lamentables visiteurs demandaient, les larmes aux yeux, ou reposait l’infortuné Paul, le propriétaire s’est cru obligé d’en construire une seconde pour compléter l’illusion. Ces tombes sont couvertes de noms ainsi que de vers, d’adages, de pensées, échappés à la méditation des sensibles voyageurs.

Après bien des recherches, j’ai trouvé que la seule trace qui existe dans l’île de l’histoire de Bernardin de Saint-Pierre, c’est que durant le temps que M. de La Bourbonnais en était gouverneur, une jeune personne appelée Virginie, fit naufrage à bord du Saint-Géran ; un jeune homme qui lui était fort attaché en mourut de chagrin. Tout le reste de l’ouvrage est fabuleux.

« Le Voleur illustré : cabinet de lecture universel. »  Paris, 1833.

Illustration-montage : Gavroche.

Le tombeau de Rousseau

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Tombeau de Jean-Jacques Rousseau à Ermenonville. Gouache de J. Moreth
Tombeau de Jean-Jacques Rousseau à Ermenonville. Gouache de J. Moreth

Un jeune abbé, léger d’argent, mais plein d’enthousiasme pour les écrits de Rousseau, se rend à pied de Paris à Ermenonville, attiré surtout par le tombeau du célèbre philosophe.

A peine arrivé, il va sur les bords du lac, demande à son conducteur le bateau pour passer dans l’île des peupliers. Celui-ci répond qu’il faut absolument une permission de madame Girardin; que les ordres à ce sujet sont précis: 

Je n’ai pas l’honneur de la connaître, répond l’abbé. 
En ce cas, vous ne passerez pas, réplique le conducteur. 
Je passerai
Vous ne passerez pas. 
Oh ! parbleu, je passerai. 
Je répète que vous ne passerez pas sans permission.

Pendant cette altercation, l’abbé met bas son habit, et dans un clin d’oeil, le voilà tout nu; à l’instant il s’élance dans l’eau, traverse le lac, aborde dans l’île, contemple le tombeau, rassasie sa curiosité, se rejette dans le lac, regagne le bord, s’habille et souhaite le bonjour au conducteur surpris et qui ouvrait de grands yeux.

« Dictionnaire encyclopédique d’anecdotes modernes. » Victor Fournel,  F. Didot frères, fils et Cie, Paris, 1872.