Tout-Paris

le Bottin des mendiants

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Il y a déjà quelque temps, la police parisienne arrêta un certain Alexandre Pretet, qui avait élevé la mendicité à la hauteur d’une institution. Il prenait, nous a raconté le Tout-Paris du Gaulois, des informations sur toutes les personnes riches et charitables de Paris.

On a trouvé sur lui une liste de noms, lesquels noms étaient invariablement suivis d’une note indiquant une grande connaissance du cœur humain.

Voici un extrait de cette liste :

M. le marquis de Boisgelin, 36, rue Saint-Dominique. – Dire qu’on est de l’Yonne.

M. le général Arnaudeau, sénateur, 53, rue du Four. – Dire qu’on est de la Haute-Vienne.

M. Cornil, sénateur, 19, rue Saint-Guillaume. – Dire qu’on est de l’Allier.

Mme de Tourville, 10, place des Vosges. – Bigote. Ne pas se présenter en personne. Faire une lettre où l’on expliquera sa situation misérable.

Mme la marquise de Talhouët-Roy, 13, faubourg Saint-Honoré. – Lui écrire, mais ne pas aller chez elle.

M. Bernard, directeur de la Belle-Jardinière. – Lui demander seulement des effets.

M. le prince d’Hénin, 18, rue Washington. – Joindre à la demande des certificats.

Mme la baronne Hottinguer, 8, boulevard Malesherbes. – Dire qu’on a beaucoup d’enfants.

« Journal littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1891.
Illustration : « La Belle et le Clochard. » Capture You Tube. 

Manifestations

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Pendant que le Tout-Paris villégiature, ce qui reste manifeste. C’est chose peu banale, en effet, que de voir de courageuses femmes du monde réclamer publiquement dans la rue la liberté d’enseignement.

En cent ans, la situation de notre pays a vraiment peu changé. Les descendants de ceux qui eurent le plus à souffrir de la Révolution se réclament à leur tour de ses principes — dits immortels — pour défendre leurs libertés menacées. Ce rapprochement est vraiment bien curieux et bien humain. Seulement il n’est plus de Bastille à prendre, et cela serait moins facile que jadis. M. Lépine veille et bien.

Il serait question de former une ligue pour le refus de l’impôt. Nul doute qu’elle ne trouve de nombreux adhérents dans toutes les classes de la société, ne fût-ce que pour le plaisir extrême d’économiser sur le dos de l’Etat. C’est un moyen tout trouve de rétablir quelque peu ses revenus sans cesse diminuant. Voilà une idée qui ferait fortune dans les campagnes, ou le paysan attend la dernière extrémité pour payer ses contributions, et avec quel chagrin ! car elles lui arrachent les quelques sous que la terre appauvrie lui permet de mettre de côté.

« La Revue mondaine : hebdomadaire, littéraire et artistique. »  Paris, 1902.
Illustration : F. Brard.