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L’écouteuse de trépassés

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Dans cette région qui s’étend de La Roche-Bernard à Vannes, les paysans de la lande et les pêcheurs de la grève gardent aux défunts un souvenir d’autant plus inaltérable que nul d’entre eux ne croit à la mort définitive. 

Il est admis que les trépassés reviennent, qu’ils se promènent dans les maisons et surveillent tous les actes de leurs descendants. Ce culte influe sur les décisions des vivants qui n’osent rien entreprendre sans avoir sollicité l’approbation des ancêtres. Aussi, existe-t-il, dans les hameaux qui entourent Ploërmel, de pieuses pauvresses dont l’exode, de chaumière en ferme, n’est qu’une perpétuelle patenôtre et qui ont conquis un pouvoir redoutable : celui d’écouter et de comprendre les trépassés dans tous les actes importants de la vie.  

Elles sont consultées par les paysans et les pêcheurs et elles servent d’intermédiaires entre les vivants et les morts dont elles font connaître les décisions.

L’une d’entre elles, Corentine Le Clech, écouteuse de trépassés depuis plus de trente ans, qui venait de  doubler le cap de la quatre-vingt-septième année, a été trouvée rigide dans le cimetière d’un village voisin de Ploërmel : elle était morte dans son champ d’expériences,  emportant dans l’au-delà le respect que les habitants de cette région attachent à la fonction de confidente des morts. 

« L’Écho du merveilleux. » Paris, 1913.
Peinture : Georges Belnet.

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Les meneurs de loups

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On croit en beaucoup de pays de France à la puissance des meneurs de loups. Cette croyance est surtout répandue dans l’Ouest et dans le centre de la France, mais il semble qu’elle soit inconnue dans l’Est et le Nord, pays pourtant très forestiers.

Il est très dangereux d’être mal avec les meneurs de loups. Ces meneurs de loups sont des magiciens, fort mal intentionnés. Ils ne se font pas scrupule de se faire suivre par des loups affidés, avec lesquels ils sont de complicité, et auxquels ils livrent à dévorer les bestiaux de leurs ennemis. Aussi quand un loup quelconque a fait pendant la nuit quelque ravage fort naturel, on l’attribue sans hésiter aux meneurs de loups 1.

Dans le Bas-Maine, les meneux d’loups vivaient au milieu d’une bande de loups qu’ils dressaient à piller les environs. Si un passant était suivi par un de ces animaux, il devait courir au plus vite à sa demeure, en prenant bien garde de tomber. Une fois arrivé, il fallait donner au loup un chanteau de pain pour lui et un pain de douze livres pour son maître. Quiconque aurait essayé de se soustraire à cette taxe eût été dévoré dans l’année par les loups 2.

En Haute-Bretagne, les meneurs de loups étaient obligés à les « mener » de père en fils. Ils allaient dans les forêts, où ils avaient de beaux fauteuils formés de branches de chêne entrelacées, et garnis d’herbe à l’intérieur. Auprès on voyait l’endroit où les bêtes avaient allumé du feu pour faire cuire leurs viandes. Les meneurs leur ordonnaient parfois de reconduire les voyageurs égarés, mais ils recommandaient à ceux-ci de bien prendre garde de choir en route, et d’avoir soin de leur donner du pain ou de la galette une fois rendus à la maison 3.

Dans le Centre, les meneurs de loups étaient des sorciers qui avaient la puissance de fasciner les loups, de s’en faire suivre et de les convoquer à des cérémonies magiques dans les carrefours des forêts. Ils avaient le pouvoir de se transformer en loups-garous. On les appelait aussi serreux de loups, par ce que, disait-on, ils les serraient dans leurs greniers quand il y avait des battues 4.  

George Sand a raconté en détail les croyances berrichonnes sur ces sorciers. Voici deux de ses récits :

Une nuit dans la forêt de Châteauroux, deux hommes, qui me l’ont raconté, virent passer sous bois, une grande bande de loups. Ils en furent très effrayés et montèrent sur un arbre, d’où ils virent ces animaux s’arrêter à la porte de la hutte d’un bûcheron. Ils l’entourèrent en poussant des cris effroyables. Le bûcheron sortit, leur parla dans une langue inconnue, se promena au milieu d’eux, puis ils se dispersèrent sans lui faire aucun mal.

Ceci est une histoire de paysan. Mais deux personnes riches, ayant reçu de l’éducation, vivant dans le voisinage d’une forêt où elles chassaient souvent, m’ont juré sur l’honneur, avoir vu étant ensemble, un vieux garde-forestier de leur connaissance, s’arrêter à un carrefour écarté et faire des gestes bizarres. Les deux personnes se cachèrent pour l’observer et virent accourir treize loups, dont un, énorme, alla droit au chasseur et lui fit des caresses. Celui-ci siffla les autres comme on siffle des chiens, et s’enfonça avec eux dans l’épaisseur des bois. Les deux témoins de cette scène étrange n’osèrent l’y suivre et se retirèrent, aussi surpris qu’effrayés 5.

Dans le Bourbonnais, les loups-garous perdant la forme humaine à minuit, conduisent à travers la campagne des meutes hurlant de loups, ils les font danser autour d’un grand feu. Partout on trouve cette tradition d’un homme qui arrive au milieu de cette assemblée hurlante, et qui est reconnu par le conducteur de loups, qui le fait accompagner par deux de ses chiens et lui recommande de ne pas se laisser tomber et de les récompenser en arrivant. Le voyageur oublie la récompense, mais il revoit à la porte les deux loups, et leur tire en vain des coups de fusil, car les balles s’aplatissent sur leur peau. Leurs yeux brillent comme des éclairs, et leur gueule laisse échapper des flammes. Et dans sa frayeur, il leur donne un énorme pain qu’ils emportent dans les forêts voisines 6.

Dans les forêts morvandelles, tout flûteur est véhémentement soupçonné de mener les loups, d’employer sa virtuosité à les assouplir et à les dompter. Métamorphosé en loup lui-même, à l’aide de quelque secret diabolique qui le met en même temps à l’épreuve des balles, il convoque son troupeau dans quelque sombre carrefour. Les loups assis en rond autour de lui, écoutent attentivement ses instructions, car il leur parle leur langage. Il leur indique les troupeaux mal gardés, ceux de ses ennemis de préférence. Si une battue se prépare, il leur indique par quels défilés de la forêt ils pourront se sauver, et il pousse même la sollicitude jusqu’à effacer leurs traces sur la neige 7.

Suivant une tradition ardennaise, un homme avait jadis le pouvoir de « charmer les loups », en leur récitant une oraison, et il leur était interdit de toucher à rien de ce qui avait été mentionné dans cette incantation 8.

1. L. DU BOIS. Annuaire de l’Orne pour 1809, p. 109.
2. GEORGES DOTTIN. Les Parlers du Bas-Maine.
3. PAUL SÉDILLOT. Contes de la Haute-Bretagne, t. II, n. 51. Traditions, t. II, p. 110.
4. JAUBERT. Glossaire du Centre.
5. GEORGE SAND. Légendes rustiques, p. 97.
6. A. ALLIER. L’ancien Bourbonnais, t. II, 2e partie, p. 12.
7. Dr BOGROS. A travers le Morvan, p. 142.
8. A. MEYRAC. Trad. des Ardennes, p. 215.

« Revue des traditions populaires. » Paris, 1899.

Les moissons joyeuses

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De nos jours les moissons sont bientôt faites. Le progrès a simplifié les durs travaux d’antan, mais, hélas ! il a supprime les riantes coutumes champêtres dont la simplicité ne manquait, ma foi, ni de grandeur ni de poésie. 

Dans certaines contrées de la France, les moissons se passent aujourd’hui sans faste ni solennités. A peine certains coins, dont les blés sont renommés, ont-ils conservé quelques anciens usages qui décorent d’un ton discret de gaieté cette période de la belle saison qui enrichit généralement plus d’un propriétaire.

Il n’en était pas de même, autrefois. Je me souviens, tout enfant, d’avoir entendu « narrer » des réjouissances qui précédaient et suivaient les premiers et les derniers jours de la Moisson. Je passais mes vacances en Bourgogne, dans cette riante Côte-d’Or qui justifie si bien ce nom mirifique que nos aïeux lui avaient octroyé ! A cette époque, ce n’était déjà plus la grande solennité du siècle dernier, mais c’était tout de même quelque chose de moins banal… de moins « sec » qu’aujourd’hui. 

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Les Moissons, c’étaient les plus beaux jours de l’année, les plus joyeux, les plus rémunérateurs. En Côte-d’Or, dès la huitaine qui précédait le début des travaux, on préparait les réjouissances, on escomptait les jours de joie. Le dimanche « d’avant » le commencement des coupes, le patron des champs réunissait à sa table tous les ouvriers qui allaient, pour lui, couper les blés. C’était une joyeuse journée où la table craquait sous l’amoncellement des victuailles et les bouteilles de vins vieux. Cette agape se désignait de cette expression locale :  « Planter les épines » où, encore, « Boire les vins ». 

La dernière voiture de blé qui rentrait à la ferme, les moissons achevées, donnait prétexte à une nouvelle réjouissance qui surpassait encore la première en abondance et en allégresse. Ce repas fastueux s’appelait la « poêlée » ou, dans les campagnes plus « distinguées »… la « pêlée ». 

Bien souvent les moissonneurs, pour être sûrs que ce festin ne leur serait pas supprimé, arrêtaient la dernière charrette de blé à la porte de la ferme et se couchaient sur le sol devant la voiture. 

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On ne la rentrait pas tant que le maître des champs n’avait pas fait apporter aux moissonneurs les paniers de victuailles et les bouteilles de vin que, d’après la coutume, ils étaient en droit d’exiger. Si les paniers étaient copieusement garnis, les moissonneurs, pour glorifier la récolte, dételaient l’attelage de la voiture, se mettaient à sa place et rentraient triomphalement la charrette dans la grange, en chantant de vieux airs du pays. 

Puis on goinfrait, on se divertissait en refrains accompagnés des sons d’accordéon ou de violon et on terminait le repas de midi (bien souvent la nuit venue !) dans une sauterie champêtre dont les patrons devaient faire les honneurs et… les frais dans d’innombrables polkas ou mazurkas à la mode locale. 

« Almanach des coopérateurs. » 1935.
Peintures : Julien Dupré. Amédée Guerard.

Le théâtre en Chine

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Le goût des représentations scéniques est fort ancien en Chine, mais les théâtres chinois ne ressemblent pas aux nôtres.

Ce sont des constructions légères, faciles à démonter et à transporter, qui rappellent, d’autant mieux nos cafés-concerts, que le public y est groupé autour de petites tables chargées de consommations. La mise en scène est des plus simples et toute conventionnelle. Ainsi un personnage qui fera le geste de monter à cheval sera, pendant tout l’acte, considéré comme étant à cheval. 

Dans ces théâtres, on donne des tragédies interminables, qui ont le plus souvent pour sujet, des épisodes de l’histoire nationale. Notre goût européen ne supporterait, pas leurs péripéties terrifiantes. 

D’autres pièces tiennent de la féerie et font apparaître les divinités des cerisiers et des pêchers et d’autres génies imaginaires. Tout devient animé et parle : les animaux, les objets domestiques, jusqu’aux plats de porcelaine qui dénoncent les traîtres. On y voit des hommes qui se réveillent d’un sommeil de cent ans, des sorciers d’un grotesque achevé, en un mot, tout ce que la fantaisie peut inventer. 

D’un naturel observateur et fin, les Chinois se sont exercés également dans la comédie, mais leurs moeurs diffèrent tant des nôtres, que nous ne comprendrions pas toujours le comique de ces pièces. Par contre, des situations que leur théâtre prend au sérieux nous sembleraient bizarres et presque comiques. 

Dans une de leurs comédies, par exemple, un jeune homme ayant commis une faute grave, est amené devant le mandarin chargé de le juger. Au lieu de prononcer la sentence contre le coupable, le mandarin fait, appeler le tuteur du délinquant et condamne cet homme respectable à recevoir les coups de bâton que son pupille a mérités. 

Ce jugement paraît juste en Chine, où l’on punit la faiblesse des parents qui ont mal élevé leurs enfants. En Europe, il paraîtrait choquant. 

Après s’être cloîtrée chez elle pendant, des siècles, la Chine de nos jours est ouverte aux étrangers, et elle envoie en Europe des colonies d’étudiants, qui, une fois rentrés dans leur pays natal, y rapporteront le fruit de leurs études en tout genre. Alors sans doute, l’ancien théâtre chinois sera renouvelé. 

« Le Petit Français. » Paris, 1890.
Photo : http://www.voyages-chine.com/opera-de-pekin-attraction-pekin.html

Le père Noël existe…

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Un sénateur du Kansas, M. Robinson, est l’auteur d’un projet de loi qui rend passible d’une amende de trois mille francs les pères de famille qui révéleraient à leurs mioches que le père Noël n’existe pas.

Les légendes sont indispensables au bonheur des enfants, dit M. Robinson, les en priver devient un véritable crime.

M. Robinson a bien raison. Laissons à nos enfants leurs illusions, le plus longtemps possible. Ils connaîtront toujours assez tôt les tristes réalités de la vie.

« Nos lectures chez soi. » Paris, 1911.

Le mystère du Golem

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Parmi les contes mystiques, les légendes mystérieuses, nées dans les ghettos d’Europe Centrale il n’en est pas de plus attachante que celle du « Golem », cet être d’argile auquel la puissance de rabbins miraculeux donnait une âme. Les Américains en ont fait un inoubliable film, d’une extraordinaire puissance d’évocation et dont le « Frankenstein » n’est qu’une pâle transposition.

Mais l’histoire du «Golem» n’est- elle qu’une légende ? Il paraît pour nos esprit incrédules, niais de poser la question. Pourtant des journalistes en toute bonne foi ont examiné l’hypothèse de l’existence réelle de « Golems ». « Oran-Matin » publiait un remarquable article de M. Marcel Brion sur ce passionnant sujet. Il en est extrait le passage suivant, qui ne manquera pas d’éveiller de vives curiosités :

Qu’est-ce que le Golem ? Il faudrait pour vous le décrire le talent de mon très savant ami Gerhard Cholem, professeur de l’Université de Jérusalem. Gerhard Cholem qui est reconnu, en effet, par toutes les autorités du monde juif, comme le grand spécialiste de la Kabbale, travaille depuis longtemps à un grand ouvrage sur les Golem : car il y en a eu plusieurs ! Je l’interrogeai, donc, un jour, sur ce passionnant sujet et le souvenir de cette fantastique conversation dans un restaurant parisien qui nous réunissait, Cholem le grand écrivain allemand Walter Benjamin, et moi, demeure dans ma mémoire comme un rêve merveilleux et incroyable.

Tout en caressant un magnifique chat noir qui avait élu domicile sur ses genoux, Gerhard Cholem me raconta qu’un golem n’était autre chose qu’une statue d’argile, de taille humaine, que certains rabbins, détenteurs du grand secret, avaient animée en gravant sur la poitrine ou le front de cette figure le mot qui lui donnait la vie. A la suite de cette opération, le golem vivait et agissait exactement comme un être vivant, à cette exception près, me dit Cholem, qu’il était muet, le don de la parole, le verbe, ne dépendant pas de la création humaine, mais de Dieu seul.

La tradition a enregistré l’existence de plusieurs statues de terre animées de cette manière, la dernière ayant été fabriquée au dix-huitième siècle par un rabbin privé de domestique, dont le silencieux compagnon nettoyait la maison et faisait le marché. Y en a-t-il eu d’autres depuis ? Cholem l’ignore, et si cet homme omniscient en matière de golem, ne le sait pas, qui le saurait ?

Il advint donc qu’à l’époque où l’empereur Rodolphe II, ami des sorciers et des alchimistes, habitait le Hardschin de Prague qui dresse sa masse majestueuse au-dessus des rues tortueuses de Mala Strana, les citoyens de la capitale bohème déchaînèrent contre les Juifs un furieux pogrom; c’est alors que l’illustre Rabbi Loew fabriqua un golem qui défendit le Ghetto contre les agresseurs. Le 23 février 1592 à la suite d’une entrevue avec l’Empereur, qui devait arrêter les persécutions, Rabbi Loew décida de détruire le golem qui n’avait désormais plus de raison d’être. Il le transporta dans le grenier de la synagogue, et là au cours d’une cérémonie rituelle étrange, il tua le golem. C’est-à-dire qu’en remplaçant le mot Anmauth qui lui avait donné la vie, par le mot Mauth, qui signifie : mort, il refit une simple statue d’argile, inerte, de l’homme artificiel qu’il avait créé. Puis il interdit à qui que ce fût l’accès du grenier, où désormais l’homme de terre gisait sous un tas de chiffons.

Cette interdiction, solennellement prononcée, fut respectée jusqu’au jour où le rabbin de Lemberg, Joseph Saul Nathanson voulut visiter le lieu où reposait le Golem. Il sortit du grenier, le visage bouleversé, en commandant sous peine de châtiments liturgiques, que nul ne s’avisât de troubler le sommeil du golem.

Cela se passait en 1718.

Depuis cette époque, personne, je crois, n’étais monté dans le grenier auquel on ne peut accéder que de l’extérieur et très difficilement. Récemment, pourtant, un journaliste allemand, aussi célèbre comme écrivain que comme reporter, eut la curiosité d’entrer dans
ce grenier. Egon Erwin Kisch ne recule devant aucune audace. A grand peine il grimpa dans le lieu défendu, mais il n’y trouva rien. Pour fouiller dans les platras que le temps et l’humidité avaient transformés en un solide ciment, il aurait fallu démolir le toit.

Le golem était-il encore là ? Qui le dira… Il faut se rappeler alors une autre tradition d’après laquelle le Golem aurait disparu du grenier où l’avait caché Rabbi Loew. Sitôt achevée la scène funèbre de la déshumanisation ,le serviteur de la synagogue Abraham Chajim, et son ami Ascher Balbiener, qui se vantaient de connaître la formule de vivification du golem. qu’ils auraient découverte dans un vieux livre, emportèrent chez eux la statue d’argile pour la ranimer à l’aide de cette formule et l’utiliser à leur tour. Mais, soit que la formule fût erronée, soit qu’un élément mystique nécessaire fût absent, le golem, malgré tous leurs efforts resta simple statue. Renonçant alors à leur entreprise les apprentis sorciers malchanceux cachèrent l’homme de terre dans la cave de leur maison.

Quelques jours plus tard, la peste se déchaînait dans le Ghetto, si terrible pour tous les voisins de cette demeure, que Chajim et Balbiener prirent peur. C’était sûrement le Golem qui avait attiré le fléau. Craignant les pires châtiments si, par hasard, la statue était découverte dans leur cave, une nuit, ils l’emportèrent mystérieusement et s’en furent l’enterrer à deux kilomètres des murs, sous le gibet.

Voilà ce que la tradition rapporte, concernant le Golem. L’investigation hardie d’Egon Erwin Kisch laisse l’énigme intacte.

Le Golem est-il encore dans le grenier de la Vieille-Neuve, sous le ciment infrangible qui maçonne maintenant ses antiques poutres ? Dort-il son sommeil de terre, sous les faubourgs qui couvrent aujourd’hui l’ancien emplacement du gibet ? Cela nous importe peu. L’essentiel est que la vieille légende reste vivante, cette légende fascinante qui m’a si souvent amené dans l’antique synagogue, où j’ai  longtemps contemplé, rêveusement, ce plafond au-dessus duquel repose encore (qui sait ?) la fantastique créature animée par la science mystérieuse de Rabbi Loew.

« Le Journal juif. »  Paris, 1935.

Amourettes et noisettes

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Les fillettes qui ont un amoureux, et les jeunes fiancées nous sauront gré de leur indiquer une coutume observée à la Toussaint (Halloween), dans le pays de Galles, l’Ecosse et quelques-uns des comtés du Nord de l’Angleterre.

Pour s’assurer si l’on est aimée, pour savoir si on le sera toujours, le soir du jour consacré à tous les saints, on jette dans le feu quelques noisettes. Les noisettes fument-elles, mauvais signe. Si elles s’enflamment du premier coup, au contraire, on est aimée, on le sera longtemps, toujours. On peut aussi disposer sur la table du salon une meule de blé en miniature. On tire la tige d’un épi. Si l’épi manque, on restera fille; s’il sort avec sa tige, on se mariera sûrement.

Jean de Paris. « Figaro : journal non politique. »  Paris, 1878.
Peinture : Berthe Morisot.