troupier

On ne discute pas les ordres

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armée-autriche

La garnison de Klausenbourg (Autriche-Hongrie) a été mise en émoi, samedi dernier, par le suicide qu’un officier de cette garnison a accompli dans des conditions véritablement extraordinaires.

Le lieutenant d’infanterie Charles Mangesius. en proie à un accès de désespoir causé par un événement que l’on ignore encore, donne l’ordre à un soldat de son régiment de se présenter à telle et telle heure, avec armes et munitions, dans son appartement.

L’homme arrive. Le lieutenant lui dit de charger son fusil. L’homme, étonné, obéit en hésitant.

Le lieutenant s’agenouille et ordonne au soldat de tirer sur lui. Le soldat refuse. L’officier insiste et fait comprendre au troupier qu’il n’a qu’un devoir : celui d’obéir à ses supérieurs et que, s’il n’obéit pas, il sera frappé des peines les plus sévères.

Le troupier obéit enfin, l’officier commande : Feu ! et tombe foudroyé.

Charles Mangesius était fils d’un général de division en retraite.

« Le Rappel. »  Paris, 1889.

Les bons de tabac

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maréchal-Canrobert.

Il est des anniversaires qui semblent insignifiants et qu’il convient pourtant de rappeler. Voici soixante ans que fut institué le bon de tabac par l’illustre maréchal Canrobert.

L’affection et l’amour du maréchal pour les soldats sont connus. Sa préoccupation constante était d’assurer leur bien être matériel. C’est pourquoi il provoquait fréquemment leurs réclamations. En 1854, au cours d’une tournée d’inspection qu’il faisait à Lunéville, il avise dans les rangs un soldat à la physionomie franche et intelligente et lui pose les questions d’usage :

Es-tu content de l’ordinaire ? La soupe est-elle bonne ?
Enchanté, monsieur le maréchal. Mais ça manque de tabac !
Comment, ça manque de tabac ?
Mais oui, monsieur le maréchal, on nous interdit d’en acheter aux contrebandiers et celui de la régie coûte cher. Dame ! un sou par jour !
C’est bien, dit le maréchal : tu auras satisfaction.

De retour à Paris, le maréchal n’oublia pas sa promesse. Quinze jours après, une décision ministérielle instituait les bons de tabac. Et depuis lors, les bons ont été distribués régulièrement.

Le troupier français, qui en bénéficie tous les dix jours, a-t-il encore un souvenir pour le brave Canrobert ?

« Nouvelles de France : chronique hebdomadaire de la presse française. » Paris, 1914.