Turin

Les restes de Niccolò

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paganini

On lit dans le Parlamento de Turin : 

Il y a plus de dix ans que le célèbre violoniste Paganini est mort sans sacrements. L’évêque lui a refusé la sépulture en terre sainte. Son héritier a fait déposer provisoirement le corps, de Paganini dans un endroit particulier, et il a ouvert une instance. 

Ayant perdu son procès devant la cour de Nice, il a interjeté appel devant la cour archiépiscopale de Gènes, qui a ordonné que le corps de Paganini fût inhumé dans le cimetière ordinaire. Le ministère public près la cour de Nice a interjeté l’appel, et la cour de Turin, saisie de cet appel, a confirmé l’arrêt de la cour de Gènes. Dans les tribunaux
ecclésiastiques, il faut trois sentences conformes pour exclure tout appel. Le ministère public de Nice a interjeté appel de la dernière sentence devant les juges que désignerait le Saint-Siège. 

Ainsi, depuis dix ans, il n’a pas encore été décidé formellement dans quel lieu les restes mortels de Paganini recevront la sépulture. 

« Journal des arts, des sciences et des lettres. » Paris, 1865.

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Confiant

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dom-boscoM. Cornély raconte une anecdote intéressante sur l’illustre dom Bosco. 

Un jour, dom Bosco prêcha une retraite dans une prison. Il y avait là trois cents misérables que la société gardait à grand renfort de gendarmes et de geôliers, de murs de pierre et de barres de fer. Il les confessa tous. Il n’y avait pas moyen de lui résister. Il leur passait les bras autour du cou et il les embrassait. 

Quand la retraite fut finie, il écrivit à Rattazzi, président du Conseil des ministres d’Italie, pour lui demander de vouloir bien leur accorder, en récompense, un jour de congé.  Rattazzi écrivit au bas de la lettre : « Accordé. » Vous voyez d’ici la tête du directeur de la
prison. 

 Il n’en reviendra pas un seul, dit ce fonctionnaire.
— Ils reviendront tous, répondit Bosco; je m’en charge. 

Et, un beau matin, au milieu de Turin terrifié, les trois cents prisonniers sortirent sous sa conduite. Il les mena dans un parc qu’on lui avait prêté, les baigna pendant tout un jour dans l’air pur de la liberté, et, le soir, les ramena jusqu’au dernier sous les verrous. 

Et il y a des gens qui s’étonnent de voir des dompteurs de bêtes féroces ! 

« La Croix. » Paris, 1888.

Défense concluante

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gaetano-pugnani

Gaetano Pugnani, célèbre violon à Turin, était maître de chapelle du duc de Savoie. C’était un homme de très grand talent, mais d’un amour-propre ridicule. Sa figure était très plaisante et surtout remarquable par les vastes dimensions de son nez, que ses élèves surnommaient l’éteignoir du cierge pascal.

Dans la maison qu’il habitait, demeurait un jeune peintre auquel Pugnani en voulait beaucoup, parce qu’il avait fait plusieurs fois sa caricature. Il l’avait représenté un jour conduisant son orchestre, et tous ses musiciens étaient abrités sous son vaste nez comme sous un immense parasol. Pour faire enrager ce pauvre musicien, notre peintre le peignit une autre fois dans le fond d’un vaste pot de chambre, et pour le faire bien endiabler, il déposa le vase nocturne sur l’escalier. Ce fut le premier objet que rencontra Pugnani en rentrant chez lui. 

Désirant se venger, le musicien manda chez le juge le jeune artiste. Après qu’il eut exposé ses griefs, le juge demanda à l’artiste ce qu’il avait à répondre. Sans se déconcerter, celui-ci tira de sa poche un mouchoir dont le fond représentait la tête du grand Frédéric. Après l’avoir étalé aux yeux du juge, il lui dit :

« Monsieur, quand je me permets de me moucher et de cracher sur la face du grand Frédéric, il me semble que je peux bien pisser sur la figure de M. Pugnani. »

Le juge rit et renvoya les deux plaignants. 

Victor Fournel. Paris, 1872.

Le cygne de Busseto

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verdi

Giuseppe Verdi n’eut dans sa vie qu’une préoccupation, qu’une passion, la musique. Il ne parlait que de cela, il s’en nourrissait, il la respirait comme l’air. Toutefois, il y avait des bornes : la petite histoire suivante en fera foi. 

Chaque été Verdi, celui que l’on surnommait « le cygne de Busseto » passait quelque temps aux eaux de Montecatini où il habitait une petite maison. Un de ses amis lui ayant fait visite fut très surpris d’être reçu dans une pièce qui servait à la fois au compositeur de salon, de salle à manger et de chambre à coucher. 

J’ai encore deux grandes pièces, dit Verdi à son visiteur dont il saisissait l’étonnement, mais elles sont actuellement envahies par une quantité d’objets que j’ai loués pour la saison. 

Sur ce, Verdi ouvrit deux portes et l’ami du maître aperçut deux énormes chambres littéralement encombrées par une centaine d’orgues de Barbarie. 

A mon arrivée, continua Verdi, tous les propriétaires de ces instruments me donnaient du matin au soir la sérénade. Et c’était sans discontinuer Rigoletto, le Trovatore et la Traviata

(Peut-être y avait-il aussi l’inévitable intermède de Cavalleria.) 

Alors, explique Verdi, j’ai pris une résolution. J’ai loué tous ces orgues pour la durée de la saison. Cela m’a coûté 1,500 francs. Mais maintenant, du moins, je suis tranquille et je vais pouvoir travailler ! 

Tout en ayant le sentiment de sa génialité, Verdi avait cette modestie, la plus rare de toutes, celle qui vient de la parfaite intelligence de sa vraie nature. La lettre que voici fait pénétrer dans sa conscience artistique, une des plus claires et des plus probes qui aient été. Il l’écrivait à son éditeur Ricordi pendant la composition d’Aïda, c’est-à-dire à un des plus grands moments de sa carrière. Elle a la forme et le ton habituel de la conversation de Verdi : la verdeur et l’humour :

12 novembre 1871.

Me voici donc en escapade à Turin avec mon brave paquet de musique à la main ! Malheur ! Si j’avais un piano et un métronome, je vous enverrais le troisième acte ce soir. Ainsi que je vous l’écrivais, j’ai substitué un chœur et une romance d’Aïda à l’autre chœur à quatre voix composé en imitation à la manière de Palestrina, avec lequel j’aurais pu subtiliser un bravo aux grosses perruques, et qui m’aurait permis d’aspirer (quoi qu’en dise Faccis) à une chaire de contrepoint dans un conservatoire quelconque. 

Mais il m’est venu des scrupules sur la facture à la Palestrina, sur l’harmonie, et aussi sur la musique égyptienne… 

Enfin, c’était écrit Je ne serai jamais un « savant » en musique je serai toujours un gâte-métier ! 

Ce qui est non moins écrit, c’est que la ritournelle du duc de Mantoue continuera de voler légère « comme la plume au vent », et que la plante amoureuse d’Aïda et les cris de jalousie d’Amnéris seront répétés longtemps par les lèvres des hommes. 

« Le Temps. » Paris, 1901.

La télépathie chez les animaux ?

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cheval-boulonnais

Un journal turinois publia dernièrement l’information suivante, que le général Ch. Spingardi a bien voulu nous signaler :

Le commandant d’infanterie Hector Zonca, qui comptait dans notre ville un grand nombre d’amis et de connaissances, est tombé valeureusement à la tête de ses soldats au cours de la prise de Gorizia.

La nouvelle n’est parvenue à Turin qu’il y a quelques jours, et a causé un profond regret parmi les collègues de l’officier défunt et les soldats qui furent sous sa dépendance. Mais le cas suivant est l’objet d’un intérêt tout particulier.

Le commandant Zonca, en partant pour la guerre, laissa au quartier, à Turin, son cheval, auquel il était très affectionné. Or, dans les jours de la prise de Gorizia, le cheval, jusqu’alors plein de vivacité, changea soudainement d’humeur et sembla s’affaisser. Le fait souleva la curiosité des soldats du quartier, qui se mirent à observer l’étrange abattement du quadrupède.

Ce cas fit plus de bruit encore lorsqu’on’apprit la mort du commandant; et c’est un continuel va-et-vient de militaires qui vont observer dans l’écurie l’animal qui n’a pas abandonné son attitude abattue, comme s’il était conscient de la fin de son maître.

« Annales des sciences psychiques. » Paris, 1916.
Illustration : dessin cheval boulonnais.