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La confession d’un soldat

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soldat

Parbleu ! Monsieur l’abbé, disait un vieux soldat à l’aumônier de son régiment, si jamais il me prend l’envie d’aller vous raconter mes péchés, ma confession ne sera pas longue.

Mon ami, l’homme le plus sage pèche au moins sept fois par jour, et s’il y a longtemps que vous ne vous êtes confessé…

Oui, il y en aurait long ; mais je vous expliquerais cela en peu de mots ; je vous dirais simplement ; tout ce qu’on peut faire de mal, je l’ai fait.

Vous mentiriez.

Non, foi de soldat , je ne connais pas de péché que je n’aie commis.

Vous vous flattez, mon cher.

Comment je me flatte ? puisque je vous dis que j’ai commis tous les péchés connus.

Mon enfant, la miséricorde de Dieu est infinie, et il laisse toujours au pécheur le plus endurci un moyen d’avoir recours à sa clémence. Je suis bien sûr qu’il y a des péchés bien condamnés par la réligion et que vous n’avez pas commis.

Oh ! mille bombes, s’écria le soldat, je parierais bien que non.

Ne pariez pas, mais répondez-moi. Avez-vous quelquefois prêté à usure ?

Prêté à usure ! comment ?

C’est un gros péché et que l’église défend et punit.

Ma foi, non ; j’ai quelquefois prêté et on ne m’a pas toujours rendu, mais à usure, jamais.

Vous voyez donc bien, mon ami, qu’il y a des péchés que vous n’avez pas commis, et quand vous voudrez que nous causions, je vous en indiquerai bien d’autres.

« Les souvenirs d’un vieux de la vieille. »  Arthur Halbert d’Angers, Paris, 1845.

Les canards

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canards

Dans une petite ville de Normandie, un homme riche et avare, dont tout le monde connaissait ses activités d’usurier et regardait comme un fripon, eût à donner un grand dîner suivi d’une orgie la suite d’une bonne affaire qu’il avait faite.

Il appela près de lui le meilleur traiteur du pays, et entre autres mets qu’il lui commanda, il exprima le désir d’avoir deux beaux canards sauvages. Le traiteur lui répondit que cela serait impossible, parce que la saison n’était pas assez avancée.

Comment, dit l’autre, impossible, mais il n’y a pas deux jours que j’en ai vu un vol magnifique au-dessus de mes prairies.

Cela peut être, Monsieur, répondit le traiteur, mais vous savez bien vous-même que tous ceux qui volent ne sont pas pris.

L’usurier se rendit à cet argument.

Hilaire Le Gai, Paris, 1852.