Versailles

La cour des Grands Hommes

Publié le Mis à jour le

louis-philippeCroirait-on qu’un certain nombre de statues des généraux de la Révolution et des maréchaux de l’Empire, qui décorent la cour d’honneur de Versailles sont truquées ?

Lorsque Louis-Philippe eut décidé de dédier Versailles « à toutes les gloires de France », il s’en alla visiter le dépôt des marbres, espérant y trouver quelques statues de guerriers illustres, propres à figurer dans la cour du Palais. Or, il n’y trouva que les statues des généraux Colbert, Despagnes, Roussel, commandées par Napoléon 1er. Le roi trouva que les uniformes étaient très bien, mais que les personnages n’étaient pas suffisamment célèbres, c’est pourquoi il acheta à bas prix tout le stock des généraux, moins les têtes.

On éleva sur les socles les statues ainsi décapitées, et l’on commanda d’autre part, les têtes de Masséna, Lanne, Jourdan, etc. Il ne restait plus qu’à raccorder ces têtes aux troncs et à graver une inscription sur le socle.

Il faut de l’économie en tout !

Publicités

Le tour du monde impromptu

Publié le Mis à jour le

bougainville

M. de Bougainville, le célèbre voyageur, traversait un jour les Champs-Elysées dans une chaise de poste.

Il avait un de ses amis, M. de…, cheminant dans une des contre-allées, et lui propose de monter dans sa voiture et de l’accompagner à Versailles, où il va déjeuner. M. de… accepte, et dit qu’il sera satisfait s’il peut être de retour à Paris sur les quatre heures. Bougainville le lui promet. On arrive à Versailles, et la chaise de poste traverse la ville sans s’arrêter. M. de… témoigne son étonnement :

 C’est à Versailles , dit-il, que nous devions déjeuner; où me mènes-tu ?
Nous allons à Rambouillet, dit froidement Bougainville; ne te fâche pas, je t’en prie; je vais dîner là chez un ami. Viens avec moi, tu seras reçu à merveille.

M. de… jure, tempête, et se rend enfin. Que faire d’ailleurs ? sa journée est perdue. 

 Eh bien ! dit-il, j’irai dîner avec toi. 

On gagne du terrain, on avance, on arrive enfin à l’endroit désigné. On arrête, mais devant une auberge. 

 Mon ami, dit Bougainville, nous allons dîner ici pour nous remettre en route. Je vais passer quelques jours à Brest, et j’espère bien que tu ne me quitteras pas en si beau chemin.

M. de… entre alors dans une véritable colère. Que fera-t-il, il n’a point d’habits, point de linge. Bougainville le calme, lui offre la moitié de sa garde-robe, et obtient qu’il l’accompagnera à Brest. Les deux voyageurs se remettent en route; ils arrivent au terme de leur course. Bougainville dit alors à son ami que son vaisseau est en rade, qu’il est fraîchement décoré, et il lui propose d’aller le visiter. Quand ils furent tous deux montés sur le navire :

 Mon ami, dit Bougainville, viens avec moi, je vais faire le tour du monde. Tu ne manqueras de rien ici; tu voyageras avec la plus grande commodité possible. On n’attendait plus que moi, et nous faisons voile à l’instant. 

M. de…, qui ne voulait pas reculer, accepta cette singulière proposition, et fit impromptu le tour du monde.

Félix-Marie Baudouin. Paris, 1830.

Louis XIV gastronome

Publié le Mis à jour le

repas-louis-XIV

Louis XIV n’était pas seulement un grand roi, mais bien mieux que cela, un grand gastronome, c’est-à-dire un rude mangeur, plus glouton peut-être que délicat, avouons-le sans flatterie.

Ceci n’est pas moins historique que ses amours avec Mmes de La Vallière, de Montespan, de Soubise, de Monaco, de Fontange et de Maintenon… le héros de Rabelais en eût été jaloux. Aussi le grand couvert était-il extrêmement rare à Versailles ! Pour se livrer sans scrupule à son royal appétit, Louis XIV dînait la plupart du temps seul, dans sa chambre, sur une table carrée, vis-à-vis de la fenêtre. Il ordonnait le matin un très petit couvert, composé toujours d’un grand nombre de plats et de trois services, sans le fruit. Il y avait d’ordinaire beaucoup de monde pendant le dîner : tous restaient debout, selon l’étiquette, à laquelle se conformaient respectueusement Monsieur, Monseigneur, et les Princes du sang. 

Le Roi gardait le silence et employait bien son temps : souvent, en un repas, il mangeait quatre assiettes de soupes de diverses sortes, un faisan tout entier, une perdrix, deux salades, du mouton au jus et à l’ail, deux fortes tranches de jambon, des pâtisseries, des fruits et des confitures. J’espère que voilà un grand roi, un roi qui mangeait et digérait noblement ! Par exemple, il ne buvait que du vin trempé d’eau, et avec sobriété. Le grand chambellan, ou, à son défaut, le premier gentilhomme de la chambre, servait le Roi qui faisait en mangeant un bruit fort peu harmonieux avec la langue et les dents. Son plus grand régal était des œufs durs. 

Louis XIV avait, comme on sait, une rigidité, une manie d’étiquette qui descendait aux choses les plus minutieuses, et soumettait la cour à un brillant esclavage. On rapporte même à ce sujet plusieurs traits qui ne s’accordent pas parfaitement avec cette douceur et cette royale politesse dont parlent ses historiographes officiels. 

Au sortir d’un grand couvert à Marly, le Roi aperçut un valet qui, en desservant , dérobait furtivement un ravissant biscuit et le glissait dans sa poche. Au même moment, on lui présentait sa canne et son chapeau. Mais, à la vue de ce larcin, il ne put contenir sa colère, et, en présence des dames et des gentilshommes qu’il poussa de droite et de gauche pour s’ouvrir un passage, il se précipita sur le voleur gourmand, l’injuria, le frappa, et, d’un bras nerveux , lui brisa son bâton sur les épaules. 

— Ce n’était qu’un roseau, dit-il, en forme d’excuse.  

Le plaisant de l’aventure, c’est que le Roi, qui avait les juremens en horreur, au point de les punir sévèrement chez les autres, s’oublia tellement en cette circonstance qu’il en proféra de toutes les couleurs. 

Son appétit si généreux et si magnifique redoublait encore en voyage. Son carrosse était toujours parfaitement garni, bourré de viandes, de fruits et de pâtisseries : à chaque instant, il excitait ses compagnes de voyage à faire honneur à ses provisions et prêchait d’exemple. Celles qui n’avaient pas faim, ou qui mangeaient du bout des lèvres, encouraient bientôt sa disgrâce et souvent des paroles très aigres. Bon gré, mal gré, il fallait manger et manger avec appétit : Tel est notre bon plaisir, était la devise du roi Louis XIV ! 

Concluons de tout ceci, que le plus heureux, le plus triomphant des rois de la terre est celui qui possède un bon appétit et un excellent estomac ! Que Dieu qui mène le monde, suivant la sublime et profonde expression du chef de la cuisine doctrinaire, M. Guizot, vous les donne ou vous les conserve, ces deux vrais trésors, ô rois cons-ti-tu-ti-on-nels ! 

« La Gastronomie. » Paris, 1839.

Buffon : un petit bouquet d’anecdotes

Publié le Mis à jour le

buffon

Le châtelain de Montbard, mieux connu sous le nom de Georges-Louis Leclerc de Buffon, passait, à la Cour, pour posséder dans son parc un grand nombre de chevreuils renommés par la finesse de leur chair. Un jour, à Versailles, Louis XV fut pris de la fantaisie d’en goûter et il fit dire au comte de lui en envoyer quelque spécimen.

Le naturaliste, par malheur, n’en avait qu’une moitié à ce moment dans son garde-manger. Il l’adressa néanmoins au roi en le priant « de ne voir, dans l’envoi de cette pièce si peu digne d’être présentée à Sa Majesté, que l’empressement qu’il avait de répondre immédiatement à son désir ». 

Louis XV, à son tour, renvoya aussitôt au naturaliste la moitié d’un pâté qu’il avait fabriqué lui-même avec le duc d’Aumont. 

« De cette façon, dit le roi, nous serons quittes et M. de Buffon ne balancera plus à m’envoyer une moitié de chevreuil… » 

chevreuil

Buffon était un grand dormeur. Aussi, l’abus du sommeil l’empêcha-t-il longtemps d’accomplir à son gré la tâche qu’il avait entreprise. 

Lorsqu’il commença à travailler à son Histoire Naturelle, il prit pourtant une résolution énergique : il s’imposa d’être debout tous les jours à cinq heures en été, à six heures en hiver. Son valet de chambre, Joseph, stylé en conséquence, devait recevoir un écu chaque matin pour le réveiller et le faire lever à l’heure dite. Pour obtenir ce résultat, tous les moyens lui étaient permis. 

Un jour, Buffon, étreint par le sommeil, ne voulait absolument point quitter son lit.  Joseph le tira par les pieds. 

 Vous êtes un insolent ! criait Buffon, sortez ! je vous chasse ! 

L’autre sortit, en effet, mais pour revenir aussitôt avec une cuvette pleine d’eau glacée qu’il lança à la volée sur son maître, s’esquivant cette fois, non sans inquiétude sur les conséquences de son geste. Peu après, un coup de sonnette le rappela, tout tremblant. 

 Donne-moi du linge, mon bon Joseph, lui dit Buffon en riant, car tu m’as trempé jusqu’aux os… Mais tu as bien fait. Et voici ton écu, bien gagné ce matin… 

« Je dois à ce garçon-là, disait-il encore à la fin de sa vie, trois ou quatre volumes de l’Histoire Naturelle... »

chap1-3

Buffon ne fut père qu’une fois, et il avait alors cinquante-sept ans. Il donna à son fils, pour parrain et marraine, deux pauvres de la paroisse, bien que cet honneur fût recherché par les plus illustres personnages. Ce fils, du reste, s’il faut en croire la chronique, ne passa jamais pour un phénomène. 

Un soir, bien des années après, dans les salons de la duchesse de Lévis-Mirepoix, le laquais annonçait : 

 M. de Buffon ! 
— M. de Buffon, mais je le croyais mort ! s’exclama Mme de Choiseul-d’Amboise. 
—En effet, madame, dit Rivarol. Celui que vous voyez entrer n’est que le plus pauvre chapitre de l’Histoire Naturelle de son père.

« Les Annales politiques et littéraires. » Paris, 1907.

Changement de condition

Publié le

madame-louise

Passant à Saint-Denis, raconte  Madame de Genlis, j’entrai avec émotion dans le couvent des Carmélites, où une princesse, la fille d’un roi de France, (Louis XV) venait de s’enfermer pour toujours. Je demandai à la voir… Madame Louise permit les questions et y répondit brièvement, mais avec bonté. Je lui demandai quelle était la chose à laquelle, dans son nouvel état, elle avait ou le plus de peine à s’accoutumer.

« — Vous ne le devineriez jamais, m’a-t-elle répondu en souriant : c’est à descendre seule au petit escalier. Dans les commencements c’était pour moi comme un précipice effrayant. J’étais obligée de m’asseoir sur les marches, et de me traîner pour descendre. »

En effet, une princesse qui n’avait jamais descendu que le grand escalier de marbre de Versailles, en s’appuyant sur le bras de son chevalier d’honneur, et entourée de ses pages, a dû frémir en se trouvant livrée à elle-même, sur les bords d’un escalier bien haut, bien raide, et formé en colimaçon.

« Musée des familles. »  Charles Delagrave, Paris, 1897.

Le domino jaune

Publié le Mis à jour le

table

Dans un bal magnifique qui se donnait à Versailles, et où les rafraichissements de toute espèce ne manquaient point, on vit un masque en domino de taffetas jaune, qui vint à un buffet, y demanda une langue fourrée et une bouteille de vin de Champagne, qu’il expédia fort lestement.

Au bout d’un quart d’heure, ce masque revient ; une langue et une bouteille du même vin sont redemandées par lui, et disparaissent avec une égale promptitude.

Quelque temps après, le même domino montra encore le même appétit : cette cérémonie se répéta jusqu’à neuf fois, et il parut si étrange qu’un seul homme pût avoir cette soif et cette faim dévorantes, qu’on le remarqua et qu’on le suivit.

L’énigme fut bientôt expliquée ; on découvrit que ce domino était les hommes d’une compagnie de gardes suisses, qui se relevaient l’un après l’autre, à la faveur du costume qu’ils avalent en commun, pour aller au buffet.

On s’amusa beaucoup du domino jaune et de son bon appétit.

« Les mille et une anecdotes comiques, calembours, jeux de mots, énigmes, charades… »  Paris, 1854.

Il y a des jours comme ça…

Publié le Mis à jour le

courrier

Madame la Dauphine, belle-fille de Louis XV, était accouchée d’un prince, et comme la Cour était alors à Choisy-le-Roi, aucune personne de la Maison de France ne put assister à la naissance de cet enfant royal.

Le courrier qui en portait la nouvelle à Paris, tomba de cheval à la barrière Saint-Honoré, et mourut de sa chute.

L’abbé de Lanjon, qui avait mission d’ondoyer le nouveau-né, tomba en paralysie sur le grand escalier de Versailles.

Et enfin, des trois-nourrices recrutées par le Dauphin, deux moururent en huit jours, et la troisième eut la petite vérole.

Voilà qui n’est pas d’heureux augure, s’écria Louis XV.

L’enfant ainsi salué des mauvais présages, à son entrée dans cette vallée des larmes, devait s’appeler Louis XVI.

« Magazine universel. » Paris, 1903.